Nous célébrons aujourd\’hui la Fête du Travail dans une ambiance de fin du confinement général. En effet, la vie économique redémarre lundi 4 mai.
Oui, mais comment?
Nous ne savons pas s\’il y aura des masques pour tout le monde, ni quel type, ni où, ni à quel prix. Seront-ils achetés par les travailleurs ou par leurs employeurs? Les ouvriers et petits métiers vont-ils avoir les moyens de s\’en procurer?
Et les désinfectants pour les mains? Et les outils et les produits pour désinfecter les locaux de travail?
Est-ce que les gens recevront des autorisations de leurs employeurs pour aller au travail lundi matin? Par courrier, par sms, par email, par pigeon voyageur? Seront-ils arrêtés par la police qui ne reconnait pas ces autorisations? Comment sauront les policiers quels travailleurs sont autorisés à reprendre ou pas, et selon quelle rotation?
Quel transport sera assuré? Les travailleurs prendront-ils leurs voitures ou les transports en commun? A-t-on un horaire de circulation des bus pour transporter les travailleurs selon les dispositions mises en place? Quels justificatifs devront être présentés aux guichets afin de pouvoir acheter des titres de transport? A-t-on calculé le temps moyen de traitement d\’un billet de bus, de métro, de train avec cette procédure? D\’ailleurs, quelles prérogatives autoriseraient un agent de guichet à me demander où je vais et pourquoi?
Comment font les parents qui ont des enfants pour reprendre le travail, les jardins d\’enfants et écoles étant fermés? Suppose-t-on encore que les femmes sont au foyer en Tunisie? Ou alors les parents devront-ils tirer au sort pour savoir qui ne reprendra pas le travail, et perdra peut-être son poste? Ou doivent-ils les déposer à la Kasbah?
Quel sera l\’horaire de travail? Les 50% qui reprennent le travail en rotation, ça sera sur la base du fonctionnement opérationnel de l\’entreprise ou réellement sur la base de la lubie des numéros pairs/impairs de CIN?
Les déplacements entre les villes et les régions restant encore interdits, comment font les gens (stagiaires, jeunes travailleurs, célibataires, commuters, enseignants dans les régions isolées, ouvriers du bâtiment) qui sont partis passer leur confinement en famille? Peut-on à ce point ignorer les réalités sociales de notre pays?
Les entreprises vont-elles prendre le risque de recevoir leurs employés au bureau sans y être prêtes? Ou vont-elles leur dire de rester chez eux encore? Sous la responsabilité de qui? Là, la décision ne serait plus couverte par le confinement imposé par le gouvernement. Quelles en seraient les implications légales et financières? La suspension de la force majeure dans le cadre du contrat de travail est-elle encore en vigueur?
Combien d\’employés ne reprendront pas le travail parce qu\’ils ne peuvent pas ou parce que leurs entreprises ne les reprendront pas?
Remettre le pays au travail, ça doit s\’annoncer largement en avance afin de permettre aux entreprises, aux familles, aux travailleurs, aux commerces de s\’organiser. 4 jours ce n\’est pas suffisant et c\’est un appel au désordre.
Les préalables logistiques ne sont pas en place. L\’information n\’est pas suffisante. Les délais sont trop courts.
Encore une fois, dans cette crise, les entreprises se retrouvent à subir le flou du gouvernement. Ces mêmes entreprises que l\’ont a rackettées, menacées et qui n\’ont pas vu le 1er sou des supposées aides venir, ni pour elles ni pour leurs employés.
Et beaucoup ne pourront tout simplement pas reprendre. On se retrouve dans quelques semaines pour faire le décompte de la mortalité des entreprises. Et des emplois détruits. On fera de jolis Power Point pour ça aussi. Et on abandonnera tout ce beau monde à son sort. Juste pour la rentrée scolaire.
Ça tombera à pic avec la reprise du cycle économique dans le monde. Reprise dont nous serons exclus puisque notre économie aura agonisé. Parce que nous n\’avons pas voulu décider si on allait aider les entreprises à maintenir les emplois ou aider les citoyens à survivre sans revenus. On a voulu racketter tout le monde pour collecter quelques maigres impôts et redevances, sans avoir l\’imagination ni le talent de mettre ce butin à bon usage.
Quant au bilan sanitaire des mesures prises (ou pas), il est inexistant.
Bonne fête du travail.










