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    La scène politique tunisienne est actuellement tendue à l’extrême. Mais, ceci est loin d’être surprenant.

    Dossiers de corruption, motion de censure et menaces de limogeage et de démission cohabitent dans un flot d’insultes et de violence en tout genre. Il est devenu presqu’ordinaire qu’un député se filme dans l’enceinte du Parlement pour accuser sa consœur de « vouloir lui chier dessus » ou qu’une députée profite de chacune de ses apparitions pour brandir slogans, pancartes et t-shirts militants et contestataires. Les commentaires takfiristes, sexistes, régionalistes et racistes se mêlent aux interventions d’élus qui ne sont pas très sûrs des raisons qui font qu’ils sont là où ils sont aujourd’hui.

    Qui est au pouvoir et que fait-il avec ? On se le demande…

     

    Le président du Parlement roule des mécaniques et s’accapare des prérogatives qui ne sont pas siennes. Le chef de l’Etat rappelle, lors de ses vœux de l’Aïd, qu’il est « le seul maître à bord ». Si c’était réellement le cas, il n’aurait eu nullement besoin de le faire. Le chef du gouvernement utilise l’institution de la Kasbah pour régler ses comptes politiques et montrer que c’est (encore) lui qui mène la danse. A-t-il réellement le pouvoir qu’il prétend ?

     

    Régime parlementaire mixte, Parlement tout puissant, lois anticonstitutionnelles encore en vigueur. La porte est ouverte à toutes les dérives. Face à nous, des gouvernants agressifs et de mauvaise foi. Des gouvernants à notre image.

     

    Toute l’agressivité que nous observons au Parlement, à chaque plénière, aux réunions des commissions et même en dehors de toute réunion officielle n’est que la manifestation la plus criarde des maux qui nous rongent. Elle n’est en rien différente de l’agressivité que nous vivons au quotidien dans nos rues, dans les files d’attente du supermarché, devant les écoles, dans les entreprises…

    Celle qui fait que nous brûlons le feu rouge en insultant ceux qui klaxonnent, que nous arnaquons l’épicier en le traitant de voleur, que nous nous insurgeons contre notre banquier car il nous tient à sa merci, que nous rageons contre notre employeur car il nous empêche de glander…

     

    La déception tunisienne et le grand dégoût et dépit généralisés font que nous sommes devenus irritables, désabusés et dégoûtés. La haine et la rancœur que nous ressentons chaque jour les uns envers les autres s’expriment de la plus vile des manières dans les agissements de ceux qui nous gouvernent et nous explosent en plein visage dans les réunions publiques du Parlement.

    Dépités de voir que cette révolution, tant attendue et tant fantasmée, n’aura pas apporté les grands espoirs que nous avons placés en elle. Dépités de voir que la religion n’a pas été protégée par les islamistes, que les libertés n’ont pas été instaurées par les modernistes et que la dignité n’a pas été défendue par les populistes.

     

    Pourquoi s’étonner de voir Seif Eddine Makhlouf devenir rouge de rage en traitant sa consœur d’être une pourriture et une moins que rien, alors que nous faisons la même chose dans nos bureaux. Pourquoi s’étonner de voir Abir Moussi touchée par les propos les plus sexistes ? on la compare à des animaux, on évoque sa vie intime, sa vie de famille et même ses menstruations pour expliquer son emportement à l’hémicycle. Les propos sexistes et dénigrants envers les femmes n\’ont pourtant rien d\’inhabituel chez nous. Pourquoi s’étonner de voir les élus d’Attayar se cacher face à une corruption qu’ils n’ont aucun intérêt à dénoncer. Nous ne sommes pourtant pas connus pour notre courage dans la défense des causes justes. Pourquoi s’offusquer de voir tous les députés devenir plus déchaînés lorsqu’on s’attaque à eux et à leurs convictions qu’aux véritables intérêts du pays qu’ils disent pourtant défendre? L\’égoïsme et la mauvaise foi ne nous sont pourtant pas si étrangers…

     

    Ces députés sont là grâce (à cause des) aux gens qui les ont placés là où ils sont. Des gens qui estiment qu’ils sauront représenter au mieux le peuple et servir ses intérêts. Des gens qui leur ressemblent. Ceux qui ont élu les islamistes l’ont fait par peur que leur religion soit touchée. Ceux qui ont élu les progressistes (ou ceux qui se présentent comme tels) l’ont fait par peur de voir leurs acquis menacés. Ceux qui ont élu des populistes l’ont fait par peur de ne pas avoir suffisamment de considération dans la société.

    Au final, nous avons tous peur de quelque chose. Pour plusieurs d’entre nous, la haine supplée la peur et s’érige en principale motivation.

     

    « La haine est la plus puissante source d\’énergie chez un être humain » écrit l’auteur danois Sven Hasse. C’est cette haine qui motive cette guerre politique dont personne ne sortira gagnant. C’est aussi cette haine qui motive nos choix politiques et nos voix accordées plus par vengeance, par dépit et par peur que par réelle conviction en ceux en qui nous accordons notre confiance.

    Cette même haine qui a permis de bâtir des arguments de campagne, de rendre puissants des vagabonds improvisés hommes et femmes politiques, de justifier les travers les plus invraisemblables. De condamner une jeune fille à de la prison ferme pour une simple publication sur les réseaux. De craindre que la religion, que les fondements de la société, que nos habitudes et traditions soient compromis par des photos publiées sur la toile et de simples avis partagés par les plus courageux d’entre nous.

     

    Tous ces députés qui ne sont là que pour mener des combats personnels, tous ces gouvernants qui n’en ont que faire des promesses qu’ils ont fait miroiter au peuple, le pays attendra…ou pas…

     

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