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Vous reprendrez bien un coup de populisme !

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    Quand on n’a ni vision politique, ni le « coffre » nécessaire pour en faire et pour tenter de tirer le pays vers le haut, il ne reste que le populisme. Le populisme peut être savant, ordonné voire même séduisant, comme celui pratiqué par le président de la République, Kaïs Saïed. Il peut être bruyant et nostalgique, basé sur le « c’était mieux avant », comme celui de Abir Moussi. Le populisme peut aussi mener à des décisions et des initiatives qui font joli sur le papier, mais qui sont aussi de vraies arnaques.

     

    Un nombre de députés de la nation a jugé utile de présenter une initiative législative concernant des mesures exceptionnelles de recrutement dans la fonction publique. Selon ce projet de loi, les personnes qui sont au chômage depuis au moins dix ans et qui ont des diplômes ne sont plus soumises aux concours d’entrée dans la fonction publique. Pareil pour les diplômés qui ont 35 ans et plus, et pour ceux dont toute la famille est composée de chômeurs. Selon le projet de loi, toutes ces personnes bénéficieront également d’une période de formation adéquate, et ce sera au gouvernement de fixer les modalités d’application de cette « loi ».

    Donc, nos chers députés ont fait le service minimum pour pondre un projet de loi populiste et qui n’a pas de sens. Un projet qui consacre le fait que la fonction publique devienne un bouche-trou qui est obligée, par la loi cette fois, d’employer des personnes qui n’ont aucune valeur ajoutée. C’est par le pouvoir de la loi qu’on vient aujourd’hui formaliser l’emploi fictif en Tunisie, comme le faisait l’Etat pour les entreprises publiques ou pour les sociétés de jardinage. Les élus qui ont concocté ce projet de loi sont soit des populistes malhonnêtes ou des incompétents qui n’ont aucune idée de la manière dont marche l’Etat. Il est malhonnête et franchement dégueulasse de faire miroiter un espoir d’emploi et de stabilité à des chômeurs en sachant pertinemment que cela n’arrivera jamais. L’Etat n’a pas pour vocation de donner un emploi à ces personnes sur le compte des caisses publiques, déjà chancelantes. Il faudrait une vraie réflexion sur le rôle de l’Etat en 2020 et dans les décennies à venir pour fixer un cap. Mais une telle réflexion suggère une honnêteté intellectuelle dont ces élus sont dépourvus, car ils devraient être conscients que c’est au niveau financier que ça coince, aussi. Ce fût d’ailleurs l’objet de la correspondance envoyée au Parlement par le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh. L’Etat tunisien n’a pas les moyens de faire ces recrutements, et c’est aux élus, qui proposent des mesures qui coûtent de l’argent, de dire quelles sont les sources de financement possibles.

     

    C’est ce qui nous amène à supposer l’ignorance totale des rouages de l’Etat dans la conception et dans la réflexion autour de ce projet de loi. Soyons clairs et disons à nos chers élus ce qu’un commis de l’Etat ne leur avouera jamais : ce projet de loi, même adopté en plénière, ne sera jamais appliqué. Personne ne prendra la responsabilité de faire et de publier les décrets d’application d’une telle aberration législative. Par ailleurs, les élus, auteurs de cette initiative, semblent ignorer qu’il existe des équilibres financiers au niveau de l’Etat et que décider des mesures sans disposer des fonds nécessaires ne les fera pas apparaitre sur le terrain comme par magie. Recruter des personnes dans la fonction publique suppose disposer de l’argent nécessaire pour les payer et verser leurs salaires, c’est pourtant simple comme concept.

    Le fait que cette loi soit inapplicable et n’a aucun sens ne semble pas déranger les députés de la nation. Dans leurs discours grandiloquents, ils se cachent derrière les slogans creux de lutte contre le chômage et d’aide aux régions intérieures. Les petits génies ont trouvé une solution à ces problèmes : que l’Etat emploie tout le monde !

    C’est consternant de bêtise et de populisme, de concevoir des projets de lois aussi vides et aussi destructeurs. Cette loi institue le fait que le seul mérite que l’on doit avoir pour intégrer la fonction publique est la longévité. Aucune compétence particulière n’est demandée pour travailler au sein de l’Etat. C’est une honte.  

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