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Les ambassadeurs tunisiens ne sont pas des Kleenex !

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    A l’instar de l’économie, du social ou du politique, la diplomatie tunisienne n’échappe pas au délabrement de la Tunisie et de son Etat. Un ambassadeur qui claque la porte, des ambassades, et non des moindres, vacantes et des nominations basées sur le népotisme et les amitiés. Pour l’instant, quatorze ambassades sont vacantes depuis des mois. Du jamais vu. Les soutiens de Kaïs Saïed découvrent qu’il procède comme avant 2011, avec beaucoup moins de tact.

     

    Kais Kabtani, représentant permanent de la Tunisie aux Nations-Unies, a très mal pris la nouvelle de son remplacement dans la prestigieuse représentation tunisienne auprès de l\’ONU à New York. Dans une déclaration à l’AFP le 9 septembre, l’ancien ambassadeur assure qu’il va quitter le corps diplomatique tunisien pour « une question d’honneur, de principes ». M. Kabtani n’a pas apprécié d’apprendre son prochain limogeage sur les réseaux sociaux. Il a été nommé fin mars à ce poste en remplacement de Moncef Baati qui lui-même en avait été limogé en février après seulement cinq mois d’exercice, pour avoir « perturbé la relation avec les Etats-Unis au profit des Palestiniens ». Kaïs Saïed n’a toujours pas expliqué cette décision, lui qui semble si attaché à la cause palestinienne.

    Dans la même déclaration, M. Kabtani dit « ne plus faire confiance » au président de la République et met en cause son entourage, à qui il fait porter la responsabilité de son limogeage. Certains échos venant du palais évoquent même la possibilité que la directrice de cabinet du président, Nadia Akacha, soit en pole position pour occuper ce poste. Elle serait elle-même remplacée à son poste par l’ancien ministre de la Justice, Mohamed Salah Ben Aissa, reçu par le président le 8 septembre.

    Quel que soit le nom du remplaçant de Kais Kabtani, il est clair que le va-et-vient au poste de représentant permanent de la Tunisie auprès de l’ONU ne peut que porter préjudice à l’image de la Tunisie. Ceci est particulièrement vrai dans le contexte où la Tunisie est membre non-permanent du conseil de sécurité de l’organisation onusienne pour le mandat 2020-2021. De l’avis de plusieurs observateurs, cette opportunité a été tout simplement gâchée par la diplomatie tunisienne hormis l’appel, d’initiative tuniso-française, pour l’obtention d’un cessez-le-feu dans les pays en conflit pour faciliter la lutte contre le Covid-19. L’image renvoyée depuis New York de la diplomatie tunisienne n’est pas très reluisante, contrairement à la tradition instaurée depuis l’indépendance.

     

    La représentation de la Tunisie à l’ONU n’est pas la seule ambassade à faire les frais d’une gestion chaotique. L’ambassade de Tunisie à Paris revêt une importance capitale. Quoi que puissent en dire les populistes, il s’agit d’un pays qui est notre principal client et notre principal fournisseur. Pourtant, Kaïs Saïed n’estime pas urgent de nommer un ambassadeur dans la capitale française, ni même un consul. C’est le lundi 30 décembre 2019 que le décret présidentiel portant le limogeage de Abdelaziz Rassâa, ambassadeur à Paris, avait été publié au Journal Officiel. Le même jour, le consul général de Tunisie en France, Ali Chaâlali, connait le même sort. Près de neuf mois plus tard, les deux postes sont encore vacants.

    Le limogeage de MM Rassâa et Chaâlali avait été présenté comme une sanction. Le 21 décembre 2019, soit une semaine avant la publication des décrets présidentiels au Jort, le ministère des Affaires étrangères publiait un communiqué selon lequel Kaïs Saïed avait autorisé l’ouverture d’une enquête concernant des soupçons de corruption à l’ambassade de Tunisie à Paris. Le ministère s’était engagé à rendre publics les résultats de l’enquête et les sanctions décidées. Plus de neuf mois plus tard, aucune nouvelle sur cette question. Par contre, l’ambassade reste vacante avec tout ce que cela implique comme complications pour les affaires du pays. Il ne faut pas non plus oublier le Sommet de la francophonie qui doit se tenir en 2021 en Tunisie, et pour lequel nous n’avons pas encore préparé grand-chose.

    La cacophonie est également perceptible au plus haut niveau de la diplomatie tunisienne, à savoir le poste de ministre des Affaires étrangères. Etant une prérogative régalienne du président de la République, il est généralement admis que c’est le chef de l’Etat qui choisit ce ministre, même si la Constitution évoque des consultations entre Carthage et la Kasbah. Ceci n’a pas empêché Kaïs Saïed de choisir un ministre qui n’a même pas fait un an de service, à savoir Noureddine Erray. Le président s’est même amusé à l’humilier, pour une mesure qui n’est même pas du ressort du ministre ! Le président a ensuite placé son conseiller diplomatique, Othman Jerandi, à la tête du ministère dans le cadre du gouvernement de Hichem Mechichi. Un des architectes du triste congrès des « amis de la Syrie » le 24 février 2012.

     

    Kaïs Saïed veut garder son pré-carré qui est la politique étrangère et entend bien le faire savoir, sauf qu’il s’y prend très mal. Le président de la République, près d’un an après sa prise de fonctions, n’a fait que des déplacements protocolaires en Algérie et en France notamment. La visite éclair, pleine de dédain et de désorganisation du président turc en tout début de mandat n’a pas rassuré. Comme il le fait dans son propre cabinet, et même au gouvernement, Kaïs Saïed veut placer ses hommes aux postes-clés, même s’ils ne possèdent aucune connaissance en diplomatie. Une liste fuitée a fait le tour des réseaux sociaux. On y trouve notamment l’ancien ministre de la Défense, Imed Hazgui, à Paris ou encore l’ancien ministre de l’Intérieur, Hichem Fourati, à Beyrouth. Des nominations de non-diplomates à des postes importants, ce qui a le don d’irriter le syndicat du corps diplomatique qui a longtemps milité en faveur de la nomination de vrais professionnels de la diplomatie, uniquement. Le ministère des Affaires étrangères s’est empressé de démentir et d’affirmer que la liste est fausse. Toutefois, les connaisseurs savent qu’il y a une grande partie de cette liste qui est vraie.

    L’un des champs d’action dans lesquels Kaïs Saïed pourrait éventuellement s’illustrer est celui de la politique étrangère. Mais il semble complétement démuni face à ces problématiques, en dépit de quelques points positifs à l’instar de la visite effectuée en France. Pour l’instant, la Tunisie est amputée de son bras extérieur, sans parler de problématiques régionales et internationales avec, à leur tête, la situation en Libye. Il est temps que le président de la République redresse la barre.

     

    Marouen Achouri

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