Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

La Tunisie aime les voleurs !

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

     

    Ce serait romanesque voire romantique d’affirmer que la Tunisie aime les voleurs si ce n’était pas aussi triste en même temps. Il existe une sympathie bizarre de notre gouvernement et de notre Etat envers les voleurs, et la fameuse rigueur prônée par Hichem Mechichi n’existe pas dans ce genre d’affaires. On préfère plutôt gazer et agresser les personnes qui travaillent la nuit, artistes, cuisiniers, serveurs musiciens, mais on libère en même temps un contrebandier à Tataouine.

    Un homme accusé d’avoir attaqué un poste douanier pour récupérer deux camionnettes remplies de cigarettes de contrebande se trouve soudain élevé au rang de prisonnier politique à cause de son activisme dans la tristement célèbre coordination du Kamour. Pour le récupérer, ses amis ont bloqué une rue à Tataouine et brûlé des pneus. Cela a suffi pour que le pantalon ne tienne plus en place, lui qui était déjà très chancelant, et le monsieur a été libéré. Peu importe qu’il ait volé, l’Etat va oublier, puisque ce dernier a signé un accord comprenant l’arrêt total des poursuites contre les membres de la coordination.

    La Tunisie aime aussi, contrairement à ce qui est clamé ici et là, les voleurs économiques. L’Etat tunisien se perd en contorsions diverses pour essayer d’intégrer le secteur parallèle dans l’économie formelle, sans succès. A coups d’amnisties diverses, les différents gouvernements auraient pu supplier les voleurs de bien vouloir se conformer à la loi et de se faire une patente. Sous des appellations savantes comme « élargissement de l’assiette fiscale », on ferme les yeux sur des années de vol manifeste des ressources de l’Etat et de l’argent des Tunisiens. Les réglos, quant à eux, sont spoliés car entretenir ce petit monde coûte de l’argent. Les réglos font face à une grande pression fiscale que ni la crise, ni le Covid-19 ne sauraient atténuer car pour prendre son argent, l’Etat fait preuve d’une réelle rigueur. Les entreprises et les citoyens honnêtes avec le fisc se retrouvent donc à payer la route empruntée par les contrebandiers ou le coût du racket opéré par El Kamour par exemple.

     

    Il y a aussi les voleurs de la politique. Eux sont élevés au grade de députés à l’Assemblée ou de chefs de partis qu’il est obligatoire de consulter. Des voleurs épinglés par le rapport de la Cour des comptes avec force preuves et détails. Des élus qui aujourd’hui, sans aucune vergogne, discutent de loi de finances complémentaire, de gestion des ressources de l’Etat et d’intérêt du peuple. Comble de la mauvaise foi et du mensonge, un Safi Saïd qui déclare vivre avec 272 dinars par mois ! Tout en donnant des leçons à tout le monde, en plus. Ces criminels-là sont élus, parce que la Tunisie aime les voleurs. On aura beau présenter des preuves, ouvrir des enquêtes et même fournir des enregistrements sonores sur les intentions de certains politiciens. On continuera quand même à les élire car on cherche une contrepartie pour leurs vols. « Tu peux te servir et voler, mais en contrepartie qu’est-ce que tu auras fait pour nous ? », voilà comment la « transaction » s’organise, il n’est aucunement question de condamnation de principe, tout est négociable.

    C’est la même dynamique qui était en place du temps de Ben Ali et des Trabelsi. Mis à part quelques exceptions, on ne condamnait pas le principe de voler ou de se trouver favorisé grâce à une certaine proximité avec le palais de Carthage. Si l’on trouve un moyen de se rapprocher de la famille, si l’on a un ou deux numéros de téléphone ou si l’on est en affaires avec eux, il n’y avait plus rien à dire et tout allait bien. Combien de petits chefs du RCD ont fait leur beurre de cette manière, combien de RCDistes locaux ont soutiré de l’argent à des familles pour trouver du travail à leurs enfants, car monsieur est introduit là où vous savez. Combien se sont servis sur les aides destinées aux pauvres gens. Mais tout cela est aujourd’hui oublié. Il est d’ailleurs étrange de constater que ces parasites qui vivaient au crochet des voleurs de plus grande envergure sont devenus par la suite les pires des « révolutionnistes » et les plus enragés des anti-régime. Une recherche bruyante d’un nouveau mac qui les prendrait en charge.

     

    Dans une grande majorité, on ne dénonce pas le vol ou le crime sur une base intellectuelle. Nous cherchons en fait à faire pareil, et le voleur qui ne se fait pas attraper est un héros. C’est la jalousie qui nous anime et non la colère de s’être fait voler. L’Etat est un butin que l’on s’arrache depuis dix ans, de manière un peu plus éhontée qu’auparavant. Nous avons aujourd’hui des contrebandiers notoires au Parlement. Nous avons des évadés fiscaux qui nous donnent des leçons de probité et d’honneur. Nous avons des dizaines d’élus qui ont vécu et subvenu à leurs besoins grâce au régime de Ben Ali et qui aujourd’hui nous donnent des leçons en honnêteté intellectuelle et en vertu philosophique. Nous avons des voleurs qui débattent de l’administration des fonds publics. Il n’y a aucun doute : la Tunisie aime les voleurs.

     

    .

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *