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On ne touche pas à l’armée nationale !

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    Heureusement que le flot continu de mauvaises nouvelles, de gaffes gouvernementales et de contestations régionales ont permis de ne pas trop s’attarder sur les récentes déclarations du ministre de la Défense, Brahim Bartegi. Ce dernier a déclaré devant l’ARP que des militaires sont soupçonnés de collusion avec les terroristes et les contrebandiers et qu’ils ont été renvoyés de l’armée.

    Il est vrai que sa formation d’enseignant universitaire n’est pas en adéquation totale avec la nature des fonctions qu’il occupe. Sa spécialisation en droit public et en droit administratif soulève certaines interrogations quant à sa désignation à la tête du ministère de la Défense. Toutefois, l’un de ces prédécesseurs, au cursus universitaire similaire, avait réussi son passage à la tête de ce ministère. Il s’agit là de Farhat Horchani, la clé étant la discrétion.

    On n’appelle pas l’Armée nationale la Grande Muette pour rien. Dans ce climat délétère de remise en cause de l’autorité de l’Etat et de ses symboles, il est tout à fait hasardeux d’aller exposer l’armée devant les députés. Il est tout à fait plausible que le ministre ait fait cette déclaration dans un souci sincère de transparence et d’honnêteté. Mais politiquement, ces choses-là ne doivent pas être dites car il ne faut pas risquer, en ce moment, de porter atteinte à la confiance qu’a le peuple dans son institution militaire. C’est là aussi que l’on constate les effets pervers de l’absence de toute dimension politique chez le ministre en question, mais également chez tout ce gouvernement, à commencer par son chef.

    La confiance du peuple en son Etat et en ses institutions est au plus bas. Certains vont même jusqu’à entrevoir un plan étudié et mis en œuvre pour dépecer l’Etat tunisien en s’attaquant à ses différentes institutions. L’Armée nationale tunisienne a toujours bénéficié d’une popularité certaine auprès du peuple et de l’opinion publique. Ceci est confirmé par plusieurs sondages sur la perception des institutions. Le rôle central et prépondérant que joue l’institution militaire en Tunisie doit interdire à quiconque d’y porter atteinte, de quelque manière que ce soit. Jeter des soupçons sur l’Armée à cause de la probabilité que certains de ses membres se soient égarés est non seulement dangereux mais également irresponsable.

    Il existe un juste équilibre à trouver lorsqu’on évoque l’Armée. Il ne s’agit pas d’en faire une institution opaque, imperméable à tout regard extérieur et même au contrôle quand cela est justifié. Il ne faut pas non plus que l’Armée soit dénudée devant la situation d’instabilité qui règne dans le pays. Personne ne serait gagnant à ébranler l’une des seules institutions qui reste éloignée des tergiversations politiques et qui ne soit pas infiltrée par la gabegie et le désordre. Le ministre de la Défense n’aurait pas dû dire ce qu’il a dit devant l’ARP. Même s’il s’est trouvé dans l’obligation de faire une telle déclaration, il aurait dû relativiser les choses et mettre l’accent sur le fait que cela ne remet pas en question le sérieux de l’Armée et ne veut absolument pas dire que celle-ci pourrait être infiltrée.   

    Le rôle du ministre de la Défense, dans la configuration choisie par la Tunisie, est d’être le bouclier politique de l’Armée. Il doit la défendre contre toute tentative d’infiltration de politisation ou d’en faire une partie dans les tergiversations politiques du pays. Le ministre doit veiller à immuniser l’Armée contre tout cela, y compris en travaillant sur les rémunérations des membres de l’Armée, qui eux, n’ont ni vanne à fermer ni syndicat. Il doit veiller à les éloigner de toute tentation pécuniaire ou autre. Le ministre de la Défense nationale doit être le syndicaliste acharné et têtu de toute l’Armée, et pour cela il doit être un fin politicien sans le paraitre. Il s’agit certainement d’une gymnastique qui n’est pas évidente pour tout le monde. Mais elle est nécessaire pour protéger l’une des dernières institutions qui tiennent le pays et qui est le recours en cas de catastrophe. On ne joue pas avec l’Armée nationale et on ne joue pas avec son intégrité. Brahim Bartegi gagnerait à tempérer ses déclarations et à prendre en considération le caractère tout à fait particulier du département dans lequel il se trouve. Le chef suprême des forces armées, Kaïs Saïed, a également un rôle à jouer dans cette problématique car c’est à lui que réfère directement l’Armée et il est de son rôle de la protéger. Pour cela, il faudrait déjà arrêter de partir en voyage en compagnie de sa cheffe de cabinet, laissant le palais de Carthage sans autorité administrative… 

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