Bravo à Samia Abbou à qui je souhaite un prompt rétablissement, bravo à Abir Moussi. Nos deux députées ont bien brillé la semaine dernière face à la barbarie de leurs collègues députés et de leur président Rached Ghannouchi.
Ce qui s’est passé ? Samia Abbou a observé, ainsi que trois de ses collègues, une grève de la faim exigeant que le parlement publie un communiqué dénonçant la violence verbale et physique des députés d’Al Karama. Pendant plusieurs jours, Rached Ghannouchi s’est refusé à publier ce communiqué protégeant ainsi, par son silence, les agresseurs. Il continuait à travailler normalement, alors qu’à quelques pas de là, Samia Abbou agonisait. Les médecins, appelés en urgence, étaient clairs : l’état de santé de Samia Abbou s’est bien détérioré vendredi dernier et sa situation devenait dangereuse. Il a fallu que Abir Moussi crie au scandale et empêche le déroulement d’une séance parlementaire présidée par Rached Ghannouchi pour que ce dernier ressente le danger et prenne ses responsabilités. Après plusieurs jours d’atermoiements, le communiqué dénonçant la violence est enfin publié ! Il est bon de rappeler que Abir Moussi et Samia Abbou sont deux ennemies jurées.
Aussitôt ce communiqué publié, Seïf Eddine Makhlouf, président d’Al Karama, ainsi que plusieurs islamistes ont déversé un flot d’injures à l’encontre de Samia Abbou et Abir Moussi les qualifiant de divers noms d’oiseaux et autres amabilités. Aucune injure, en revanche, contre Rached Ghannouchi sévèrement critiqué certes, mais à aucun moment injurié contrairement aux deux députées.
Cette bataille menée par Samia Abbou et cette montée au créneau de Abir Moussi n’ont rien de surprenant. La dernière à avoir observé une grève de la faim est Radhia Nasraoui, il y a quelques mois de cela. A leurs corps défendant, nos femmes militent pour que nous autres Tunisiens (mâles) obtenions des acquis considérables et historiques. Cela n’a rien de surprenant, cela n’est pas une première. On le sait depuis des décennies.
Le souci est ailleurs. Au lendemain de la bataille spectaculaire de Samia Abbou, le chef du gouvernement a remanié son équipe. Une nouvelle équipe où ne figure aucune femme ! Zéro ! Nada ! Walou !
L’article 46 de la Constitution énonce pourtant clairement que « L’État garantit l’égalité des chances entre l’homme et la femme pour l’accès aux diverses responsabilités et dans tous les domaines ». La parité est bel et bien garantie dans nos assemblées conformément à ce même article 46 de la Constitution.
Quelle mouche a donc piqué Hichem Mechichi pour décider ainsi d’exclure la gent féminine du gouvernement ?! Le comportement de notre chef du gouvernement est le fruit d’une société patriarcale machiste qu’on observe bien dans notre pourtour méditerranéen (au nord comme au sud) et dans nos pays arabes. Dans cette culture-là, la nôtre, la femme est exclue des cercles de décision, est exclue des cercles du pouvoir, est exclue des dividendes.
Pourtant, quand il y a une bataille, nos femmes sont souvent, voire toujours, en première ligne. Pourquoi donc nos hommes acceptent-ils d’être défendus par des femmes quand il y a une bataille et refusent de partager les fruits de ces batailles avec elles ?
Ce qu’a fait Hichem Mechichi samedi dernier est une insulte à l’encontre de nos femmes. En les excluant de son gouvernement, il a exclu 50% de la société tunisienne, il a tourné le dos à l’un des principes de la constitution. C’est insensé, c’est ingrat, c’est politiquement idiot et incorrect.
Il n’y a pas que Hichem Mechichi. La société toute entière se doit d’être reconnaissante à l’égard de ses femmes. Ce n’est pas normal qu’on fasse appel à elles quand il y a une bataille engagée et des problèmes et qu’on leur tourne le dos quand il y a des dividendes à engranger et des postes à pourvoir ! Il faut que cela cesse, c’est anachronique, c’est indigne de la Tunisie du XXIe siècle !
L’autre sujet phare de la semaine est le remaniement justement. Hichem Mechichi est aujourd’hui seul maître de son destin. De son gouvernement, il a exclu les femmes, il a exclu les ministres de Kaïs Saïed et il a exclu (théoriquement) les ministres des partis. Il a un gouvernement qu’il a choisi tout seul, qui ne lui a été imposé par personne. Il va pouvoir gouverner sans pression de quiconque. Il ne va pas pouvoir dire que le président ou les partis l’ont empêché de travailler normalement comme plusieurs de ses prédécesseurs.
Saura-t-il mener à bien son gouvernement ? C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Mais il est mal parti, admettons le.
Limoger des ministres et remanier un gouvernement moins de cinq mois après l’avoir composé reflète de l’instabilité dont Mechichi est l’unique responsable. Ne pas avoir le tact pour nommer des femmes dans son gouvernement reflète un manque de flair politique aigu. Se mettre à dos gratuitement le président de la République et 50% de la société est idiot.
Hichem Mechichi est mal parti et c’est dommage. Jusqu’où pourra-t-il aller sans de véritables alliés à ses côtés et sans président de la République pour le soutenir ? Pas trop loin… S’il ne se redresse pas dans les meilleurs délais, il ne durera pas quatre ans.










