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L’heure de vérité pour Ennahdha

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    Les partisans islamistes fanfaronnent déjà à l’approche de la manifestation « millionième » du 27 février. Aucune surprise, elle le sera sans aucun doute. C’est que le parti islamiste n’est pas grand amateur d’improvisation et ne verse pas dans les pratiques des politiciens de la 25ème heure. « Laisser faire les choses », « compter sur la chance » ou « improviser en faisant confiance au peuple…ou à sa popularité », jamais !

    Ennahdha, fidèle au principe qui veut que la politique est une opération commerciale et que tout s’achète, met les bouchées doubles pour faire réussir sa manifestation. L’enjeu est, en effet, de taille et tous les moyens sont déployés pour faire réussir ce tour de force. Des appels à la mobilisation, des bases gonflées à bloc, des affiches placardées et une tentative de louer un train pour transporter « les honnêtes citoyens venus spontanément prêter allégeance au mouvement ». Qui irait jusque-là ? Certainement pas une personne sure de gagner la partie.

     

    Le 27 février, Ennahdha annonce une manifestation « pour défendre les institutions de l’Etat », mais qui peut croire que sortir manifester dans la rue pour soutenir un Etat et un régime politique a le moindre sens ? Ceci est inédit dans un régime démocratique qui se respecte et dont la seule manière de « mesurer » le poids d’une force politique reste le seul et unique passage par les urnes.

    En vrai, c’est lui-même que le parti cherche à défendre, ainsi que sa place sur la scène politique…mais aussi (surtout ?) la place de son leader, plus que jamais contesté. Jamais un président de Parlement n’a été aussi critiqué que Rached Ghannouchi. Alors que l’étau se resserre, chaque jour un peu plus, sur de lui, le leader islamiste ne perd pas le nord et continue à employer les bonnes vieilles méthodes de 2012-2013.

     

    Alors qu’il est à l’origine de la crise, Ennahdha veut montrer qu’il détient la solution, ou plutôt la légitimité nécessaire pour imposer SA solution. Si, en l’absence d’une cour constitutionnelle, la solution ne peut être que politique, il faut s’assurer du pouvoir nécessaire pour prendre les devants.

    Le fait est que, dans la crise politique actuelle, la clé est entre les mains d’Ennahdha. Le parti constitue, pourtant, une des sources du problème puisqu’il a envenimé la crise entre le Parlement et Carthage mais aussi entre la Kasbah et Carthage en isolant encore plus un chef de gouvernement qui patauge.

     

    Par cette marche, qui divise déjà avant son début les membres du mouvement, Rached Ghannouchi souhaite restaurer une popularité plus que jamais en berne. « Vous souhaitez me destituer au moyen d’une motion de censure, mais le peuple est avec moi », tel sera le message (subliminal) qu’il essayera de faire passer par ce roulement de mécaniques. Comprenez par-là que ceux qui appellent à la destitution du tout puissant Ghannouchi s’élèvent, donc, contre la volonté même du peuple et sa légitimité conférée par les urnes.

     

    Cette manifestation – ou plutôt démonstration de force – n’a pour unique but que de montrer aux Tunisiens que le parti n’a pas perdu de sa superbe et qu’il est capable de faire mieux que les « hurluberlus qui sont sortis ces dernières semaines défendre les libertés et – ô terreur ! – appeler à la chute du régime ». Mais c’est aussi une réponse à la manifestation – massive aussi – de leur ennemi juré le PDL de Abir Moussi, organisée samedi à Sousse. Une façon de dire que, quoi qu’on en dise, eux restent les plus forts et que les résultats des élections de 2019 ( !) le prouvent donc.

    Mais cette manifestation est aussi un pied de nez à Kaïs Saïed, une façon de lui dire que la rue ne lui appartient pas uniquement à lui et que « le peuple veut Ennahdha aussi », empruntant le slogan si cher au chef de l’Etat. Histoire de battre le locataire de Carthage à son propre jeu, lui qui fait des émules à chacune de ses sorties.

     

    Encore une tentative de diviser pour celui qui ne cesse de clamer à qui veut l’entendre qu’il prône l’union et le rassemblement. Mais ceci est tout sauf étonnant de la part du chef de file des hypocrites  « Ibn Saloul », comme aime bien le surnommer le chef de l’Etat…

     

    En attendant, l\’agence de notation Moody\’s annoncera, dans les heures à venir, qu\’elle dégrade la note souveraine de la Tunisie à B3 avec perspective négative prouvant qu\’en marge des petites guerres politiques surréalistes, nous sommes vraiment dans la merde. Mais je ne vous apprends rien…

     

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