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Les 3D de la politique tunisienne

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    Par Sofiene Ben Hamida

     

    Détrompez-vous. Il ne s’agit nullement de la technologie tridimensionnelle qui nous permet de visualiser et de reproduire l’espace qui nous entoure tel qu’il est perçu par notre cerveau. Ces trois dimensions sont la longueur, la largeur et la profondeur. Je ne me hasarderai jamais à vous imposer, un dimanche, un article sur une technologie de pointe que je ne maitrise pas, ni aucun autre article scientifique. Il s’agit par contre de notre politique tunisienne. Les 3D  sont donc les trois acteurs politiques qui ont été les plus décevants au cours de cette semaine. Ils ont été totalement décevants en long, en large et en profondeur. Une déception tridimensionnelle, d’où l’analogie avec la technologie 3D.

     

    D’abord, il y a le président de la République, Kaïs Saïed. Il a annoncé cette semaine que la constitution de 2014 manquait de légitimité et qu’il faudrait la remplacer. Les spécialistes qui devraient lui concocter une nouvelle constitution ont déjà les pieds sur les starting-blocks. Seulement en annonçant que la constitution actuelle manque de légitimité, le président de la République entre totalement dans l’illégitimité. N’oublions pas qu’il a été candidat aux élections présidentielles en 2019 sur la base de cette constitution. N’oublions pas aussi qu’il a prêté sermon, après son élection, de veiller au respect de la constitution, celle qui est en vigueur et non celle qui gambadait déjà dans sa tête. N’oublions pas encore que jusque la semaine dernière, il affirmait qu’il agissait dans le cadre de l’article 80 de la constitution et qu’il se conformera toujours à la loi.

     

    Il est évident aujourd’hui que Kaïs Saïed a bafoué tout le monde. Lui qui semble si attaché à la souveraineté du peuple qui peut accorder ou retirer le mandat accordé aux dirigeants, il doit se rappeler que ce peuple souverain l’a mandaté pour être le président de la République dans le cadre de cette constitution. S’il veut changer la constitution, il n’a qu’à remettre son mandat au peuple souverain, se représenter devant lui dans le cadre de nouvelles élections présidentielles avec un programme clair qui mentionne explicitement qu’il va modifier la constitution s’il est mandaté de nouveau par le peuple souverain. A-t-il le courage et la candeur nécessaires pour le faire ? J’en doute fort, et c’est en cela que Kaïs Saïed a été décevant.

    Ensuite, il y a Rached Ghannouchi. Il a donné la preuve qu’il mérite son statut de personnalité politique la plus détestée par les Tunisiens. Sa déclaration à peine quelques instants après le décès d’un membre de son parti politique, immolé par le feu, au siège du parti, ce qui a déclenché un incendie provoquant beaucoup de dégâts, est un exemple de manque d’humanité, d’absence de compassion. Il était, comme à son habitude, dans le tout politique, dans l’instrumentalisation, même s’il faut mentir grossièrement et travestir la vérité.

     D’ailleurs, toute la carrière politique de Rached Ghannouchi, une carrière qui a débuté dans les années soixante dix du siècle dernier, a été entachée de mensonges, de combines et d’instrumentalisation. Beaucoup de ses compagnons de première heure ont été ses  premières victimes. Mais avec sa dernière déclaration, Rached Ghannouchi est allé trop loin dans l’instrumentalisation politique d’un véritable drame. Il est tombé trop bas et c’est en cela qu’il a été décevant.

     

    Enfin il y a l’inévitable Abir Moussi. Elle est décevante depuis quelques années déjà. Mais cette semaine, elle a multiplié les gestes et les déclarations dans son style de toujours saccadé, désordonné et décousu. Elle a avisé de la reprise de son sit-in devant le siège de la section des frères musulmans. Elle a annoncé qu’elle dépose une plainte, avec un retard de cinq mois, contre Seifeddine Makhlouf pour agression. Elle a déclaré qu’elle va assigner les membres du gouvernement pour qu’ils n’appliquent pas les décisions du président de la République, etc.

     

    Il est évident que la présidente du PDL ne supporte pas qu’elle soit reléguée à un second plan dans les médias et dans l’opinion publique. Elle se démène donc et multiplie les « actions » qui sont en fait des effets d’annonce que rien ne semble relier à part peut-être sa volonté farouche d’occuper les devants de la scène. Concrètement, elle ne présente aucune alternative, aucune idée nouvelle, sauf peut-être l’appel à organiser des élections législatives et présidentielle dans l’immédiat. Paradoxalement, elle rejoint par cet appel les islamistes censés être ses pires ennemis. Ne dit-on pas que les extrêmes se rejoignent ?      

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