Un fait d’actualité économique n’a visiblement pas eu la part qu’il mérite de débats au sein de la classe politique et des milieux économiques et d’affaires.
Il s’agit du document fuité qui présente schématiquement ce que contiendrait la « Lettre d’intention » du gouvernement Bouden envoyé aux instances dirigeantes du Fonds monétaire international (FMI) à travers laquelle il solliciterait officiellement un appui financier supplémentaire de l’institution pour faire face à la crise économique que vit le pays. Ce n’est que la première étape d’un processus. En effet, c’est sur cette base que des négociations directes sont engagées. Celles-ci devraient aboutir à l’élaboration d’un « Mémorandum de politique économique et financière » (MPEF) qui établit le programme de réformes et fixe son calendrier et son timing de réalisation. C’est ce document qui fixe aussi les besoins de financement d’un tel programme et partant, fixe le montant de l’enveloppe financière qu’apportera le Fonds en appui à ce vaste chantier de réformes.
Malheureusement, là aussi l’opinion publique a été laissée sur sa faim. La raison ? Simple. On a privilégié de débattre des formes que du contenu proprement dit du document qui pourtant consigne les objectifs et les orientations que déclinent la loi de finances et le budget de l’Etat pour ce qui concerne l’année 2022 et, au-delà, propose un « Programme de réformes pour une sortie de crise » à l’horizon de 2026.
On en a voulu au gouvernement de n’avoir pas associé les forces vives du pays. La critique s’est focalisée essentiellement sur la forme. Parce que le gouvernement n’a pas associé ce qu’on appelle les forces vives du pays dans l’élaboration de cette « Lettre d’intention ». Faut-il rappeler que ces mêmes forces vives n’ont pas été consultées préalablement lorsque le gouvernement de Ali Laârayedh a adressé la sienne au FMI, en mai 2013, pour obtenir un crédit Stand by de 2,7 milliards de dinars sur 3 ans?
Il en a été de même du gouvernement de Habib Essid, s’agissant de la Lettre d’intention et du programme de réforme sur la base duquel le FMI a accordé un crédit de 2,9 milliards de dollars sur 4 ans pour sa mise en œuvre.
Pourquoi, aujourd’hui devrait-on s’offusquer d’une telle initiative ? Surtout que, en guise de programme, le gouvernement de Najla Bouden n’a fait que reprendre en majeure partie les réformes qui devaient être entreprise depuis 2016 et même 2013 mais ne l’ont pas été ou si peu. Et quand bien même des consultations et des concertations auraient été engagées par les gouvernements de l’époque, à quoi ont-elles servi en fin de compte ? A pratiquement rien.
Depuis, la crise s’est accentuée davantage. Car l’Etat a continué à distribuer des revenus, à tout va, sans investir, ni réformer, soutenu en cela par certains de ceux qui dénoncent aujourd’hui les cachotteries de ce gouvernement. On sait ce qu’il est advenu des deux crédits du FMI. Ils n’ont servi au demeurant qu’à permettre aux gouvernements successifs depuis 2013 de s’endetter davantage auprès des autres bailleurs de fonds et des marchés financiers et pratiquer une politique de saupoudrage qui ne pouvait mener qu’à l’impasse actuelle : être à tout moment en situation de défaut de paiement des salaires fonctionnaires ou des dépenses de subvention (transferts et compensations) ou encore de service de la dette. Hier, c’était l’exigence de réformes structurelles qui étaient absolue. On n’a rien fait pour. Aujourd’hui, cela se double d’une exigence tout aussi absolue, celle de maîtrise des dépenses publiques. Et le tout dans l’urgence absolue.
Qu’est-ce qui dans le document fuité pose problème ? C’est sur cette question qu’il convient de débattre et d’apporter des réponses, ou mieux, des alternatives opérationnelles claires, pertinentes et cohérentes. Le reste n’est qu’effet de manche et posture théâtrale.










