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Nous n’avons rien à envier à la France

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    Les Tunisiens, du moins ceux que le monde enchanté de la politique intéresse, ont suivi avec beaucoup d’enthousiasme le scrutin qui a donné – sans grande surprise – Emmanuel Macron grand gagnant de la présidentielle en France. Pour la deuxième élection consécutive, Marine Le Pen rentre bredouille disant adieu à un Elysée qu’elle a côtoyé de trop près. Ce n’est pas aujourd’hui qu’une femme – ou l’extrême droite – accèdera à la magistrature suprême en France.

    Grande leçon de démocratie, exercice politique des plus élégants, débats d’entre-deux-tours. Beaucoup de Tunisiens se sont pâmés d’envie devant le beau spectacle qu’offrait cette présidentielle sous haute tension, dans une France plus que jamais fracturée. Du beau spectacle rappelant presque les piques historiques de  Valéry Giscard d’Estaing à François Mitterrand en 1974 ou encore de François Mitterrand à Jacques Chirac en 1988 pour ne citer que ces deux-là. Avouez quand même que les débats français d’entre-deux-tours avaient plus de panache avant.

     

    Avouez aussi que la présidentielle tunisienne était plus palpitante. Oui, oui. En 2019, un candidat au scrutin sort de prison quatre jours avant le vote pour affronter un enseignant universitaire aussi éloigné de la politique que Rached Ghannouchi est honnête. Le tout lors d’un scrutin durant lequel aucun des deux candidats n’a réellement fait sa campagne. Le premier a été empêché de le faire car flanqué en prison par un adversaire politique et le deuxième a préféré nager à contre-courant pour  faire campagne « avec 50 dinars et quelques cafés » (sic). Ce sera le contre-courant qui l’emportera dans un plébiscite qui rappellerait presque celui de Ben Ali. 73% de voix pour un homme qui n’a jamais fait de la politique avant de fouler le palais de Carthage et qui pourrait, deux ans après, donner des leçons d’autocratie à tout dictateur digne de ce nom. On peut dire qu’il a pris sa revanche.

     

    N’ayons pas la mémoire courte. Le débat d’entre-deux-tours de 2019, rappelez-vous, était un fait inédit dans l’histoire politique contemporaine. Plusieurs pays, à la démocratie historique, pourraient nous envier ce face-à-face gêné et gênant entre un austère professeur à l’arabe littéraire incompréhensible et cet homme d’affaires peu sûr de lui et aux réactions mal préparées…et tout aussi incompréhensibles.

    Mais les Tunisiens ont l’habitude de ces exercices basiques de la démocratie. On ne nous la fera pas. Nous avons déjà eu les fantastiques débats du premier tour. 26 candidats se sont affrontés sur des questions – tirées au sort – d’économie, sécurité, libertés publiques et autres. « Exercice extrêmement rare dans le monde arabe », « la consécration du processus démocratique, dans un pays arabe »…s’étaient à l’époque extasiés les commentateurs.

     

    Nous avons, nous aussi, suivi avec grande émotion ces débats télévisés attablés dans des cafés, ou avachis chez nous devant la Tv. Plus palpitants qu’un match de foot, nous avons eu droit à des piques épiques qui n’ont rien à envier à celles de Mitterrand ou Giscard d’Estaing. Rappelez-vous de l’inoubliable « la corruption est à ma gauche » d’un Hamma Hammami désignant Youssef Chahed, ou encore des balbutiements d’un Ahmed Mansour très mal préparé. Un grand moment de démocratie.

     

    Mais nous avons fait beaucoup de chemin depuis. Un coup d’Etat constitutionnel vient donner encore plus de crédibilité à cette démocratie déjà bien installée et les institutions s’effritent peu à peu pour ajouter encore plus de panache. Parlement, conseil supérieur de la magistrature, instance des élections et qui sait quoi d’autre encore…

     

    La Tunisie prépare en 2022 un nouveau scrutin historique, dans un pays plus que jamais fracturé et fragile. Il est fort à parier que nous éblouirons encore une fois le monde avec le déroulement et l’issue du scrutin. Ne soyez pas jaloux chers voisins, vous aussi un jour, vous y arriverez…

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