6 février 2013 – 6 février 2023, dix ans que le militant Chokri Belaïd est parti. Dix ans que les commanditaires de son assassinat courent toujours. Dix ans que nous n’avons rien fait. Dix ans que nous tournons en rond. Il a milité contre les islamistes et les islamistes sont toujours là, dans tous les rouages de l’État. Il a milité contre la médiocrité et la médiocrité est à la tête même de l’État. Il a milité contre l’oubli et l’État fait tout pour l’oublier.
Ça a commencé le jour de son enterrement avec les milices envoyées par le régime de la troïka pour terroriser les dizaines de milliers de personnes présentes à ses funérailles. Huit jours après son décès, dans une interview donnée au Figaro, l’ancien président Moncef Marzouki déclare à propos de cet assassinat : « Le pays est resté calme dans l’ensemble, même les contre-manifestations se sont déroulées calmement. Nous avons absorbé le choc ». Non Monsieur Marzouki, dix ans après, la Tunisie n’a pas encore absorbé le choc. Vous n’êtes qu’un menteur. Vous êtes, avec les islamistes et votre populace du CPR, un coresponsable de son assassinat, ainsi que celui de Lotfi Nagdh, Mohamed Brahmi, Socrate Cherni et des dizaines d’autres soldats de la Tunisie !
On ne peut même pas lui dire « repose en paix », car, dix ans après, Chokri Belaïd ne repose toujours pas en paix !
Samedi dernier, à l’occasion de l’Open Sigma, la présidente du PDL, Abir Moussi, a manifesté devant l’hôtel abritant l’évènement, la grand-messe annuelle des statistiques politiques et médiatiques. Mme Moussi rouspète contre le classement de Hassen Zargouni la classant quatrième (4,6% des voix exprimées), loin derrière Kaïs Saïed (49,4%), Safi Saïd (10,3%) et le rappeur K2Rhym (5,9%).
Parce qu’il a cessé d’être sérieux, professionnel et exact, Business News a rompu toute collaboration avec M. Zargouni depuis 2019. N’empêche, en dépit de toutes les réserves qu’on peut émettre autour de ses méthodes, parfois cavalières, les chiffres de M. Zargouni ne sont pas faux. Manipulés, peut-être, mais pas faux. Imprécis, peut-être, mais pas faux. Incomplets, peut-être, mais pas faux.
En choisissant de s’attaquer à Sigma, Abir Moussi commet une faute politique. Elle n’est pas à une faute près, soit dit en passant.
En sa qualité de femme politique, à la tête d’un parti doté de certains moyens, Mme Moussi a la possibilité de vérifier ce classement. Business News le fait régulièrement et c’est pour cela que notre journal s’est toujours permis de publier les sondages d’opinion de nos statisticiens.
Pour vérifier la véracité et l’exactitude des chiffres de Sigma, il suffit de commander un sondage auprès d’une agence concurrente. Il y en a bon nombre et des plus sérieuses, notamment Emrhod Consulting de Nébil Belaam, Réflexions de Manel Hamammi, Institut Amouri dirigé par Ezzedine Gargouri, Elka Consulting d’Ikbel Elloumi ou One to One de Youssef Meddeb.
Tout parti digne de ce nom se doit de commander un sondage, de temps à autre, pour savoir d’une manière scientifique, où il se pose exactement sur l’échiquier. C’est là le b.a.-ba du travail politique.
Mme Moussi n’a pas les moyens de commander un sondage chez une agence concurrente ? Elle devrait alors quitter la politique !
Autre moyen de vérification qu’aurait pu faire Mme Moussi, au cas où elle est vraiment dénuée de moyens, c’est d’interroger le personnel actuel ou ancien de Sigma. Il suffit qu’elle ait un bon carnet d’adresses pour ce faire. Parmi les centaines d’agents, elle doit bien trouver quelqu’un, dans l’équipe, prêt à témoigner si les chiffres sont justes ou trafiqués ! Si un chef de parti n’a pas de carnet d’adresses, il devrait quitter la politique.
En attaquant Sigma dans son fief, Mme Moussi commet une faute politique, car elle se crée un nouvel ennemi gratuitement et bêtement. Un chef de parti, pour gagner, a besoin d’un maximum d’amis et d’un minimum d’ennemis. Si tu n’es pas capable de créer des amis, ne crée pas d’ennemis au moins !
Dernier mot à propos de la faute politique de Mme Moussi. Les sondages ne sont qu’un thermomètre. Casser le thermomètre ne résout aucun problème. Quand on est un politicien digne de ce nom, on cherche à savoir pourquoi on a ce classement, on ne fait pas le pitre.
Sigma, quoiqu’on pense d’elle, est une entreprise tunisienne qui emploie des centaines de Tunisiens. Les hommes et femmes politiques se doivent de soutenir nos entreprises. Ils peuvent les critiquer, certes, mais en aucun cas chercher à les casser. En allant gueuler samedi devant l’Open Sigma, Abir Moussi a cherché à casser et à détruire. L’image qu’elle renvoie est celle de quelqu’un qui casse et détruit et non de quelqu’un qui bâtit et construit. Et cette image est mauvaise Mme Moussi !
Business News a vérifié les chiffres de Sigma livrés la semaine dernière et ce auprès d’une agence concurrente (qui travaille pour le compte d’un parti politique) et celle-ci nous a confirmé le classement donné par Hassen Zargouni.
Les premiers du classement sont bel et bien Kaïs Saïed, Safi Saïd, K2Rhym, Abir Moussi, Moncef Marzouki et Fadhel Abdelkefi.
Partant de là, notre rôle en tant que média (et c’est aussi le rôle de l’ensemble de la classe politique) est de comprendre pourquoi les Tunisiens continuent à plébisciter Kaïs Saïed, alors qu’ils sont d’accord pour dire que la Tunisie est dans la mauvaise direction. C’est pourtant bien lui qui a les pleins pouvoirs depuis un an et demi et c’est bien à cause de lui que le pays souffre d’inflations et de pénuries.
Pourquoi soutiennent-ils un mythomane au passé sulfureux comme Safi Saïd ? Le bonhomme n’a même pas pu gérer son propre journal, qu’il a mené à la faillite, vous pensez sérieusement qu’il soit capable de diriger un État ?
Pourquoi un sombre inconnu du monde politique occupe la troisième place ? Pourquoi un type qui n’a cessé de mentir et de trahir les Tunisiens occupe la cinquième place ? Pourquoi des personnes qui ont des programmes et des idées ne sont classées qu’aux quatrième et sixième place ?
Le paysage politique tunisien est devenu tellement risible et accessible que des personnes comme le rappeur Swagg Man et la danseuse Nermine Sfar cherchent à candidater pour la présidence !
N’en rigolez pas, ne vous moquez pas d’eux vous les trouverez bientôt, eux aussi, dans les classements des sondeurs !
Ce qui est une évidence aujourd’hui, c’est que le Tunisien est manipulable à souhait. Il suffit de lui dire qu’il y a un complot ourdi dans des antichambres pour qu’il vous croie (Marzouki). Il suffit de lui dire que les spéculateurs cachent le lait compensé pour vendre le lait onéreux pour qu’il vous croie (Saïed). Il suffit de lui dire que les agences de renseignement étrangères cherchent à nuire au pays pour qu’il vous croie (Saïd). Il suffit de lui chanter de belles paroles dans une émission télé pour qu’il vous croie (K2Rhym). Il suffit de danser en bikini pour qu’il vous élise (Sfar). C’est ça la Tunisie de 2023. Est-ce ça finalement la démocratie ?
Malheureusement oui et ça n’a rien d’exclusif à la Tunisie. Exemple l’Ukraine qui a élu un clown et qui s’est fait envahir juste après.
Si l’Ukraine a élu un clown, la Tunisie élirait bien une danseuse, un rappeur ou un mythomane.
C’est ce qui arrive quand l’élite est corrompue et perd sa crédibilité auprès du peuple. C’est ce qui arrive quand les personnalités politiques n’ont que l’injure, la division et la destruction comme programme. C’est ce qui arrive quand la populace se mêle de raisonner.










