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L’addiction populiste

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    L’excellent ouvrage intitulé « La tentation populiste » du professeur Hamadi Redissi a fait un tour exhaustif et très instructif de la problématique du populisme en Tunisie. Les personnes aujourd’hui abasourdies et choquées par le succès des pratiques populistes devraient se plonger dans cet ouvrage important.

     

    Il faut bien avouer que le peuple tunisien s’est toujours vu administrer, à différentes doses, du populisme pour huiler les rouages. Pour rappel, les deux candidats choisis par les Tunisiens pour présider leur République un certain soir d’octobre 2019 étaient Kaïs Saïed et Nabil Karoui, soit deux figures populistes. L’un par le discours, l’autre par une chaine de télévision et une association caritative. Un nombre non négligeable de Tunisiens ont cru à l’existence de richesses spoliées, que ce soit du sel ou du pétrole. D’autres ont même cru que la tour Eiffel a été construite avec du fer tunisien. Une autre partie du peuple a cru au populisme de Abir Moussi qui leur vante les mérites d’un temps révolu et volontairement embelli. En grande majorité, le Tunisien est très sensible au populisme est c’est une arnaque qui marche à chaque fois.

     

    En 2014, les Tunisiens avaient été sensibles à deux affirmations : celle portée par Nidaa Tounes selon laquelle les grands méchants islamistes allaient nous manger tout crus et donc il faut « voter utile », et celle portée par les islamistes selon laquelle l’ancien système est revenu et il faut faire face aux forces contre-révolutionnaires. Les motifs différent mais le moteur est le même : la peur. Les Tunisiens se sont alors déplacés massivement vers les urnes croyant faire face à un danger imminent représenté par l’Autre.

    En 2011, pour les élections de l’assemblée nationale constituante, la dynamique du populisme à deux balles était déjà en place. Les Tunisiens ont eu peur pour leur conservatisme et on leur a fait, facilement du reste, la légende selon laquelle l’islam serait en danger et leur mode de vie serait bousculé par des athées, des homosexuels et des marginaux de toutes sortes. Les Tunisiens avaient alors voté majoritairement pour Ennahdha, le parti islamiste, bien plus qu’aujourd’hui en tout cas. Le deuxième parti était Al Aridha Echaabiya menée par le seul et unique Hachmi Hamdi. Lui aussi n’avait pas lésiné sur le populisme et sur les promesses farfelues. Il avait été précurseur en usant du discours de division entre les élites et le « vrai peuple » ou entre les citadins et les ruraux.

     

    On peut remonter ainsi dans l’histoire politique de la Tunisie depuis son indépendance et même avant. Mais il vaut s’astreindre aux étapes politiques où le Tunisien a fait un choix libre et transparent. Le fait que Kaïs Saïed soit arrivé au pouvoir et gouverne par le populisme le plus primaire n’est en fait, pas une surprise. C’est la conséquence logique du fait de donner le choix à un peuple majoritairement inculte au niveau politique et qui a pris l’habitude de voter contre quelque chose et non pour une idée ou une orientation. En tant que président de la République, Kaïs Saïed a poursuivi son chemin sur la voie du populisme. Il n’a raté aucune occasion pour diviser le peuple et dresser les « justes » contre les « corrompus ». On se souviendra d’un certain 13 août, fête nationale de la femme, où il avait différencié entre les femmes rurales travailleuses et les autres. Malgré des taux de participation records en terme d’abstention, Kaïs Saïed continue de croire qu’il est le peuple et que le peuple c’est lui. Il faut dire aussi que la populace le lui rend bien.

     

    Un article ne suffirait pas à faire un inventaire exhaustif des manifestations de populisme faites par le président de la République. Il a trouvé un terreau favorable chez les Tunisiens pour instaurer la peur des autres, des comploteurs, des forces obscures et autres dénominations fourre-tout. La dernière manifestation de ce populisme est sans doute la plus basse : le discours officiel de la présidence de la République concernant les Subsahariens en Tunisie. Au-delà des différentes condamnations morales que l’on peut formuler, étant donné que le racisme est un crime et non une opinion, il est important de percevoir le succès populaire des propos présidentiels. Le communiqué de la présidence de la République a agi comme un révélateur des tendances racistes de milliers de Tunisiens qui se sont mis à brutaliser les Subsahariens de toutes les manières possibles. Nous sommes très loin du peuple qui a « ébahi le monde », mais c’est autre chose.

     

    Le vrai problème auquel se heurteront le président et toute la foule qui le soutient est celui de la résistance au populisme. Un malade qui prendrait des doses régulières d’antibiotiques finira par développer une résistance et il faudra, à ce moment, le soumettre à de plus fortes doses pour avoir un effet. Le populisme fondé sur la peur fonctionne de la même manière : il faudra, à chaque fois, administrer une dose plus élevée de populisme pour obtenir l’effet populaire recherché. Le régime est donc enfermé dans cette spirale, dans cette surenchère incessante en termes de populisme pour que l’opinion publique soit toujours préoccupée par un éventuel danger ou un risque imminent devant lequel le chef de l’État se présenterait comme sauveur. Vous me direz qu’il s’agit d’une technique naïve et vieille comme le monde, mais elle marche superbement avec le peuple tunisien.

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