Les ministères de l’Agriculture et du Commerce ont annoncé dans un communiqué conjoint paru samedi, la disponibilité de 10.500 tonnes d’huile d’olive dans des bouteilles d’un litre qui seront distribuées dans les circuits ordinaires à raison de quinze dinars le litre.
Cette décision vient en réponse aux instructions du président de la République, précise le communiqué, qui a appelé à ce que l’huile d’olive tunisienne soit disponible en quantités suffisantes et à la portée du citoyen.
Le plafonnement des prix est le dada du président de la République. Préserver le pouvoir d’achat du Tunisien est redondant chez lui. Il ne se passe quasiment pas une réunion ministérielle sans qu’il en parle.
Du simple point de vue du consommateur, cette politique de réduire ou de plafonner les prix est salutaire. Qui n’aimerait pas un président qui lui préserve son pouvoir d’achat ?
Sauf que quand on est président de la République, ministre du Commerce ou ministre des Finances, on ne peut pas et on ne doit pas aborder le problème du seul point de vue du consommateur. Il est même dangereux de l’aborder de ce seul point de vue.
Prenons l’exemple du plafonnement du prix de l’huile d’olive. En le proposant à quinze dinars le litre, l’État va pénaliser l’agriculteur, l’huilerie, le transporteur et le distributeur. Il va même se pénaliser lui-même puisqu’il y aura moins d’impôts et de taxes à collecter.
Avec l’huile d’olive, Kaïs Saïed n’est pas à son coup d’essai, loin s’en faut. Il a fait pareil avec le pain, les matériaux de construction, le lait, l’eau minérale, les bananes, les pommes, etc. Chaque fois qu’il touche un secteur, il y sème la pagaille.
Que s’est-il passé après son ingérence dans ces secteurs ? Des boulangeries ont fermé, les bananes ont disparu, les industriels d’eau minérale vendent à perte, les éleveurs ont vendu leurs vaches aux Algériens, les grandes surfaces enregistrent des déficits. Il fait gagner quelques centaines de millimes (au mieux quelques dinars) au consommateur, mais il fait perdre des dizaines de milliers de dinars (voire centaines de milliers) aux producteurs et des dizaines de millions de dinars à l’État.
Ces quelques centaines de millimes ou quelques dinars épargnés pour le consommateur ne valent pas, en aucun cas, tout ce que la chaîne a perdu. Le petit gain du consommateur est à opposer aux grosses pertes des industriels, des agriculteurs, des éleveurs, des commerçants et tout le reste.
Le parallèle ne s’arrête pas à ces pertes conjoncturelles, d’une année ou deux. Un agriculteur qui ne gagne pas bien sa vie va être acculé à changer d’activité. Idem pour un industriel ou un commerçant. On l’a déjà vu avec les éleveurs de bovins qui ne pouvaient plus rentabiliser leurs activités et ont dû être acculés à vendre leurs bêtes. On l’a vu avec les boulangeries qui ont mis la clé sous la porte et on le voit avec toutes ces entreprises qui ferment les unes après les autres. Selon l’Institut national de la Statistique, pas moins de 74 mille entreprises ont fait faillite entre 2019 et 2021.
Imaginez le nombre d’emplois perdus et le manque à gagner pour l’État et les collectivités.
Avec des prix plafonnés et des marges limitées, on décourage tout investissement nouveau et donc toute création de richesse. Pourquoi va-t-on risquer son argent si l’on sait, de prime abord, qu’on ne va pas gagner suffisamment par la suite ?
Voilà ce qui se passe quand l’État s’immisce dans le circuit de distribution et de création de richesses. Il fait gagner des peanuts au consommateur, mais il nuit à toute la filière. Paradoxalement, le gouvernement table sur une croissance de 3% pour 2024. Parions dès maintenant qu’il ne va pas pouvoir les réaliser. Comment peut-il réaliser de croissance alors qu’il pousse les producteurs à réduire leurs marges ?
Ce que fait Kaïs Saïed, par sa politique de plafonnement des prix et de protection du consommateur est à la fois populiste et hypocrite. Il se fout ouvertement de la gueule des Tunisiens et, autre paradoxe, ces derniers l’applaudissent et voient en lui leur messie. En diabolisant le capital, ils voient en lui leur protecteur.
Si Kaïs Saïed cherchait réellement à protéger le pouvoir d’achat du consommateur, qu’il réduise la TVA de 19%. En ramenant cette dernière à 9%, il réduira de 10% tous les prix avec une simple signature. Qu’il réduise les taxes de consommation excessives et usurières sur divers produits.
Il demande aux agriculteurs, industriels, commerçants et distributeurs de payer de leur poche, sans rien mettre de la sienne. Il leur demande de réduire leurs marges, alors que les budgets de ses ministères, à commencer par son département de la présidence, sont tous (ou presque) en hausse.
Kaïs Saïed est en train de léser l’économie et pousse tous les créateurs de richesses à serrer leur ceinture sans serrer la sienne et réduire l’énorme train de vie de l’État.
Le pire, c’est que malgré tous ses colmatages protectionnistes, il n’a pas réussi à réduire l’inflation.
Quelle est la solution ? Comment protéger le pouvoir d’achat du consommateur ? De prime abord, le consommateur n’est pas à un dinar près. Il peut s’offrir une baguette à 500 millimes au lieu de 190 et un litre d’huile d’olive à trente dinars au lieu de vingt. S’il ne peut pas, eh ben tant pis, il n’a qu’à prendre l’huile végétale. Et s’il tient vraiment à acheter l’huile d’olive, il n’a qu’à travailler plus pour gagner plus. Tout le monde ne peut pas être logé à la même enseigne.
Pour résoudre le problème économique, l’État n’a qu’à copier les solutions déjà entreprises et expérimentées ailleurs avec succès. Seuls une économie ouverte et un marché libre, avec une saine concurrence (bien surveillée par un État sévère) sont capables de créer de la richesse et de protéger à la fois le producteur et le consommateur. C’est prouvé. Dernier paradoxe, le Conseil tunisien de la Concurrence est sans président depuis bientôt deux ans.










