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Arrestation de Seïf Eddine Makhlouf : une vague de réactions indignées

Par Sarra Hlaoui

L’arrestation de l’ancien député et avocat Seïf Eddine Makhlouf a suscité, ce soir du dimanche 18 janvier 2026, une série de réactions virulentes dans les milieux politiques et militants, notamment parmi des figures de l’opposition tunisienne et des défenseurs des droits humains, qui dénoncent une arrestation à dimension politique et, pour certains, une remise aux autorités tunisiennes par l’Algérie en violation du droit international.

L’un des premiers à réagir a été l’ancien président de la République, Moncef Marzouki, qui a livré une réaction particulièrement sévère. Il a indiqué que Seïf Eddine Makhlouf avait été détenu pendant environ un an et demi en Algérie avant d’être remis aux autorités tunisiennes.

Selon lui, l’ancien député avait trouvé refuge en Algérie pour échapper à des jugements qu’il qualifie de « punitifs » et visant l’ensemble des opposants au pouvoir en place. Moncef Marzouki considère cette remise comme une « tache indélébile » sur le bilan des autorités algériennes et une violation manifeste des normes internationales relatives à la protection des réfugiés, affirmant que le dossier de Seif Eddine Makhlouf était, selon lui, pris en charge par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en vue d’un transfert vers Genève.

De son côté, l’ancienne ministre Sihem Badi a vivement condamné ce qu’elle qualifie de « violation flagrante du principe de non-refoulement », affirmant que Seïf Eddine Makhlouf bénéficiait du statut de réfugié politique. Elle estime que sa remise aux autorités tunisiennes constitue « une entorse grave au droit international, notamment à la Convention de Genève de 1951 et au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ».

Selon elle, cet acte expose l’intéressé à des risques sérieux d’atteintes à ses droits fondamentaux, de poursuites iniques et de traitements inhumains ou dégradants, engageant ainsi la responsabilité juridique internationale de l’État concerné.

Par ailleurs, l’avocat Mokhtar Jemaï s’est contenté d’un commentaire lapidaire mais lourd de sens, écrivant : « Comme celui qui fuit la braise pour tomber dans le feu », laissant entendre que le sort réservé à Seïf Eddine Makhlouf serait encore plus grave que les poursuites qu’il tentait d’éviter.

Dans le même registre, le politicien fondateur du parti Tayyar Al Mahabba, Mohamed Al-Hachimi Al-Hamdi a estimé que Seïf Eddine Makhlouf resterait incarcéré jusqu’à la fin du mandat du président Kaïs Saïed.

Il a exprimé son amertume face au fait que, selon lui, l’ancien député n’aurait probablement pas été livré s’il avait trouvé refuge dans un pays européen, dénonçant une situation qu’il juge d’autant plus paradoxale que Seïf Eddine Makhlouf avait soutenu des initiatives politiques hostiles à l’héritage colonial français.

Aussi, le dirigeant d’Ennahdha Riadh Chaïbi a qualifié la remise de Seïf Eddine Makhlouf aux autorités tunisiennes d’« inacceptable » et de « contraire à l’histoire et aux valeurs traditionnellement associées à l’État et au peuple algériens ».

Il déplore par ailleurs un mépris du droit humanitaire et des procédures légales élémentaires, soulignant que Seif Eddine Makhlouf aurait été remis aux autorités tunisiennes alors que sa demande d’asile au Royaume-Uni avait été acceptée. Une remise effectuée, selon lui, sans aucune garantie quant à son intégrité physique ni au respect de ses droits fondamentaux.

Enfin, l’ancien député et dirigeant du parti Attayar, Hichem Ajbouni, estime que Seïf Eddine Makhlouf doit bénéficier de toutes les garanties d’un procès équitable, indépendamment des divergences politiques ou idéologiques. « Cela suppose une justice indépendante et impartiale, à l’abri de toute pression politique », conditions qu’il juge aujourd’hui non réunies. Il évoque un système judiciaire où, dit-il, « celui qui acquitte un accusé est considéré comme son complice », reprenant ainsi le discours du chef de l’Etat Kaïs Saïed. 

Hichem Ajbouni dénonce notamment « la stigmatisation des magistrats ayant prononcé des acquittements, l’éviction de juges ainsi que l’application de notes de service jugées anticonstitutionnelles ».

Dans ce contexte, Hichem Ajbouni considère Seïf Eddine Makhlouf comme un prisonnier politique et estime que les poursuites engagées à son encontre manquent de légitimité juridique. Il affirme sa solidarité avec lui, ainsi qu’avec toutes les personnes victimes, selon lui, d’injustice, rappelant que l’opposition n’est pas un crime.

S.H

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