Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Choc pétrolier imminent : Ridha Chkoundali alerte sur les retombées du conflit au Moyen-Orient pour la Tunisie

Par Imen Nouira

Le baril de pétrole dépasse les 91 dollars et la production de gaz liquéfié au Qatar est interrompue à cause des bombardements. Samedi 7 mars 2026, le professeur universitaire en économie Ridha Chkoundali a publié un statut sur Facebook, estimant que la Tunisie se dirige vers un scénario aux conséquences lourdes sur le budget de l’État et l’inflation, et appelant à la création d’une cellule de crise pour suivre l’évolution de la situation.

Dans son statut, M. Chkoundali écrit : « Arrêt de la production de gaz liquéfié au Qatar à cause des bombardements et le prix du baril dépasse 91 dollars. Seigneur, nous approchons du scénario 2 et les conséquences sur les finances publiques et sur l’inflation seront certaines. Il est nécessaire de créer une cellule de crise à la présidence du gouvernement ou à la présidence de la République pour suivre les répercussions de la situation au Moyen-Orient sur la Tunisie. »

Un choc pétrolier majeur pour la Tunisie

Le scénario évoqué par le professeur Chkoundali correspond à une aggravation du conflit au Moyen-Orient, entraînant des perturbations des approvisionnements et une fermeture partielle du détroit d’Ormuz. Dans cette hypothèse, le prix du pétrole pourrait dépasser les cent dollars le baril.

Pour la Tunisie, les conséquences seraient lourdes :

  • Surcoût budgétaire estimé entre 4 et 6 milliards de dinars ;
  • Inflation supplémentaire comprise entre 0,75 et un point.

À titre de comparaison, les dépenses de développement en Tunisie s’élèvent à environ six à 6,5 milliards de dinars. Pour faire face à ce choc, plusieurs mesures pourraient être envisagées : gel de certaines dépenses publiques, suspension des recrutements, révision des augmentations salariales ou réduction des dépenses de développement. M. Chkoundali évoque également la possibilité d’une Loi de finances complémentaire, incluant une réforme progressive du système de compensation, notamment sur les carburants.

Les autres scénarios d’évolution du conflit

La veille, l’économiste avait présenté quatre scénarios possibles pour le conflit au Moyen-Orient, avec leurs répercussions chiffrées sur le budget de l’État, l’inflation et les équilibres économiques tunisiens. À ce moment-là, le prix du baril était de 84,5 dollars, après avoir dépassé 83 dollars la veille, soit une hausse de plus de 20% depuis le début des tensions. La Loi de finances tunisienne pour 2026 repose sur une hypothèse de 63,3 dollars le baril. Selon M. Chkoundali :

  • Chaque dollar supplémentaire au-dessus de cette hypothèse coûte 160 millions de dinars supplémentaires au budget de l’État ;
  • Une hausse de dix dollars du baril pourrait ajouter entre 0,3 et 0,5 point d’inflation ;
  • La hausse du pétrole peut entraîner un durcissement des politiques monétaires en Europe et aux États-Unis, augmentant le coût de la dette extérieure tunisienne.
Scénario 1 : un baril un peu au-dessus des 80 dollars

Dans le scénario le plus probable à court terme, le prix du pétrole resterait légèrement au-dessus de 80 dollars le baril. Les conséquences pour la Tunisie seraient :

  • Surcoût compris entre 1,6 et 3 milliards de dinars ;
  • Inflation supplémentaire de 0,3 à 0,6 point.

L’économie tunisienne pourrait absorber ce choc, mais des arbitrages budgétaires seraient nécessaires : maintenir les augmentations salariales prévues ou réduire les recrutements dans la fonction publique (53.000 postes), voire reporter certaines augmentations à l’année suivante.

Scénario 3 : une grande crise pétrolière mondiale

Déclenché par la fermeture totale du détroit d’Ormuz ou la destruction d’installations pétrolières majeures dans le Golfe, ce scénario entraînerait :

  • Inflation mondiale élevée et ralentissement économique international ;
  • Durcissement des politiques monétaires en Europe et aux États-Unis.

Pour la Tunisie : déficit budgétaire pouvant atteindre 9 milliards de dinars, forte pression sur le dinar tunisien et inflation jusqu’à 1,7 point. Le pays serait contraint d’adopter un programme complet de mesures d’austérité et une Loi de finances complémentaire.

Scénario 4 : une guerre mondiale élargie

Le scénario le plus extrême correspond à une internationalisation du conflit, avec l’entrée en guerre de la Chine et de la Russie d’un côté, et de pays européens de l’autre. Les conséquences seraient :

  • Surcoût budgétaire pouvant atteindre 14 milliards de dinars ;
  • Hausse de l’inflation jusqu’à 2,6 points.

Dans ce cas, M. Chkoundali estime nécessaire l’adoption d’une Loi d’urgence financière pour stabiliser les finances publiques.

Une vigilance désormais indispensable

Face à ces perspectives, Ridha Chkoundali souligne que la Tunisie se trouve à un carrefour délicat : chaque fluctuation du pétrole peut peser lourdement sur le budget de l’État et sur le pouvoir d’achat des Tunisiens. L’économiste insiste sur la nécessité d’une veille économique permanente et de mesures préventives pour limiter les effets d’un choc extérieur majeur, confirmant que la prudence et la réactivité sont désormais indispensables pour protéger les finances publiques et la stabilité économique du pays.

I.N.

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

2 commentaires

  1. jamel.tazarki

    Répondre
    7 mars 2026 | 17h05

    Errata, au premier passage de mon texte ci-desous:
    Bien que l’Algérie soit le principal fournisseur d’énergie de la Tunisie et qu’un accord de fourniture de gaz existe jusqu’en 2027, la Tunisie n’importe pas la totalité de ses besoins en pétrole et en gaz de l’Algérie pour plusieurs raisons structurelles, économiques et logistiques, malgré la proximité géographique. Voici les principaux facteurs :

  2. jamel.tazarki

    Répondre
    7 mars 2026 | 16h54

    A) Pourquoi la Tunisie n’importe-t-elle pas l’intégralité de ses besoins en pétrole et en gaz de l’Algérie ? Cela réduirait en effet les frais de transport et de logistique.?
    –>
    Réponse:
    Bien que l’Algérie soit le principal fournisseur d’énergie de la Tunisie et qu’un accord de fourniture de gaz existe jusqu’en 2027, la Tunisie n’importe pas la totalité de ses besoins en pétrole et en gaz pour plusieurs raisons structurelles, économiques et logistiques, malgré la proximité géographique. Voici les principaux facteurs :

    a) Capacités de raffinage et types de produits : La Tunisie ne produit pas assez de pétrole brut pour couvrir ses besoins et dispose d’une capacité de raffinage limitée (unité de Topping à la STIR). Elle doit importer des produits pétroliers finis (essence, gasoil) qui ne sont pas toujours disponibles en quantités suffisantes directement de l’Algérie. En effet, l’Algérie exporte majoritairement du brut et du gaz naturel.
    –>
    un fait : L’Algérie exporte principalement du pétrole brut et du gaz naturel. Elle ne produit pas suffisamment de produits pétroliers finis (essence, gazole) pour satisfaire entièrement les besoins de la Tunisie.

    b) Contraintes d’infrastructures et de stockage : Bien que le gazoduc Transmed passe par la Tunisie, l’infrastructure de distribution interne et les capacités de stockage tunisiennes ne sont pas suffisantes pour couvrir 100% de la demande, notamment lors des pics de consommation hivernaux, entraînant des pénuries malgré les importations algériennes.
    –>
    Un fait : l’infrastructure de distribution interne et les capacités de stockage de la Tunisie ne sont pas suffisantes pour constituer des réserves en achetant lorsque les prix sont très bas.

    c) Aspects financiers et dettes : La Tunisie traverse une crise économique et financière, avec des difficultés de trésorerie pour la STEG (Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz).
    –>
    Un fait : le paiement des factures d’importation, y compris celles de l’Algérie, accuse des retards, ce qui limite la capacité à constituer des réserves suffisantes d’essence et de gasoil. L’Allemagne, par exemple, dispose de réserves d’essence et de gasoil pour satisfaire ses besoins pendant plus d’un an !
    d) Production nationale : Bien qu’en baisse, la Tunisie produit toujours une partie de son pétrole brut et de son gaz naturel, qu’elle complète par des importations diversifiées.

    e) Capacité et diversité de l’approvisionnement (Sécurité énergétique) : La Tunisie cherche à éviter une dépendance totale envers un seul fournisseur pour garantir la sécurité de son approvisionnement. En cas de baisse de production en Algérie, de problèmes techniques sur les gazoducs ou de tensions géopolitiques, la Tunisie doit disposer d’autres sources d’importation (via la mer) pour éviter la rupture.

    Fazit: que faire pour acheter de l’essence et du gazole lorsque les prix sont très bas sur le marché international ? Il faudrait améliorer nos capacités de stockage et notre logistique!
    En Tunisie, on ne cherche pas de solutions efficaces à nos problèmes socio-économiques. On cherche plutôt à les contourner: workaround.
    –>
    Un « workaround » (ou solution de contournement) est une méthode temporaire permettant de résoudre un problème technique ou opérationnel sans en éliminer la cause profonde. Il permet de maintenir le fonctionnement d’un système malgré une défaillance. Mais

    B) La Tunisie est championne des workarounds.
    – Un workaround (solution de contournement) est par définition une mesure temporaire visant à atténuer l’impact d’un problème en attendant une correction permanente. Transformer un workaround en solution définitive est risqué pour plusieurs raisons :
    – Accumulation de la dette technique : Les contournements masquent le problème sous-jacent au lieu de le résoudre, ce qui rend le système plus fragile et difficile à maintenir à long terme.
    – Risques de sécurité : Un workaround implique souvent de désactiver des fonctionnalités de sécurité ou de créer des failles pour permettre au système de fonctionner, augmentant la vulnérabilité aux attaques.
    – Inefficacité et coûts : Ils sont souvent moins optimisés, ce qui peut entraîner une baisse de productivité, une augmentation des coûts et une perte de temps.
    – Création de nouveaux problèmes : Ils peuvent introduire des dépendances inattendues, entraînant des pannes dans d’autres parties du système.
    – Complexité accrue : Normaliser des workarounds rend les processus opaques et complique la formation des nouveaux employés, car le système fonctionne sur des exceptions plutôt que sur des standards.

    FAzi: bien que nécessaires pour maintenir la continuité de service à court terme, les solutions de contournement doivent impérativement être documentées et remplacées par une solution structurelle dès que possible.

    Bonne journée !

    Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *