C’est le chiffre qui fait trembler les chancelleries et les ministères des Finances : ce lundi 9 mars 2026, le baril de Brent a franchi la barre symbolique des 110 dollars. Si pour beaucoup, ce chiffre semble lointain, il agit pourtant comme un « impôt invisible » sur chaque foyer tunisien. Comment ce prix est-il calculé ? Pourquoi la Tunisie est-elle en première ligne ? Et surtout, comment cette hausse va-t-elle vider votre portefeuille ? Décryptage point par point.
La « Règle d’Or » : Pourquoi chaque dollar compte pour l’État ?
Pour comprendre l’urgence, il faut regarder les fondations mêmes du budget de notre pays. La Loi de Finances 2026 n’a pas été construite au hasard, mais sur une hypothèse budgétaire précise (et déjà largement dépassée) : un baril de Brent à 63,3 dollars.
Or, aujourd’hui, nous sommes à 110$. L’écart est colossal : près de 47 dollars de différence.
> Le chiffre clé à retenir : En Tunisie, les experts du ministère des Finances estiment que chaque augmentation de 1 dollar du prix du baril coûte environ 164 millions de dinars supplémentaires par an au budget de l’État (en subventions énergétiques).
> Faites le calcul : Si ce prix de 110$ se maintient sur l’année, c’est un surcoût abyssal de plus de 7,7 milliards de dinars qui vient fragiliser les équilibres prévus. Un « trou » budgétaire qu’il faudra bien combler.
Le mécanisme de « l’éponge » : Comment la compensation bloque (temporairement) la hausse
Vous vous demandez peut-être : « Le pétrole a doublé dans le monde, pourquoi je ne paie pas mon plein 10 dinars le litre ? ». La réponse tient en deux mots : Compensation publique. L’État tunisien joue le rôle d’éponge via la Caisse Générale de Compensation (CGC).
* Le principe : La STIR (Société Tunisienne des Industries de Raffinage) achète le brut ou les produits raffinés au prix mondial (en dollars) et la STEG achète le gaz. L’État subventionne ensuite ces produits pour que le prix à la pompe, la bouteille de gaz ou la facture d’électricité restent « abordables » pour le citoyen (en dinars).
* Le danger : Plus le baril monte, plus « l’éponge » est saturée. En 2025, le déficit énergétique de la Tunisie a atteint 6,3 millions de tep (tonnes équivalent pétrole), avec un taux d’indépendance énergétique tombé à seulement 35%. En clair, nous importons 65% de nos besoins énergétiques : nous subissons donc de plein fouet la loi du marché mondial.

L’ajustement automatique : Pourquoi votre plein va (bientôt) augmenter
Face à cette facture insupportable pour le budget, l’État n’a d’autre choix que de répercuter une partie de la hausse. C’est ici qu’intervient le mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants.
* Comment ça marche ? Une commission technique (Energie/Finances) se réunit régulièrement pour analyser la moyenne des cours mondiaux sur une période donnée (souvent un mois) et le taux de change du dinar.
* La règle des 5% : Pour éviter les chocs trop brutaux, l’augmentation (ou la baisse) est théoriquement plafonnée à 5% du prix en vigueur à la pompe.
* Le risque 2026 : Avec une hausse de plus de 20% des cours mondiaux ce matin même, la pression pour appliquer ce plafond de 5% lors du prochain ajustement mensuel est maximale. Si le baril stagne à 110$, attendez-vous à voir le prix du Sans Plomb et du Gasoil augmenter de 5% très prochainement.
L’effet domino : Comment le pétrole s’invite dans votre assiette
Le pétrole n’est pas qu’un carburant pour les voitures ; c’est un intrant majeur dans toute l’économie. La hausse actuelle va percoler dans votre quotidien via trois canaux principaux :
* Le transport des marchandises : C’est le lien le plus direct. Le yaourt, le paquet de pâtes ou le kilo de tomates que vous achetez a été transporté par camion. Si le prix du gasoil monte pour le transporteur, il répercute ce coût sur le prix final en rayon.
* L’électricité : En Tunisie, 72% du gaz naturel consommé sert à produire de l’électricité. Or, les prix du gaz naturel sont étroitement indexés sur ceux du pétrole. Une hausse durable du baril finira inévitablement par peser sur votre facture STEG.
* L’inflation importée et le Dinar : Un baril cher nécessite plus de dollars pour l’acheter, ce qui affaiblit souvent le dinar. Un dinar plus faible signifie que tout ce que nous importons (médicaments, blé, pièces détachées) devient mécaniquement plus cher. C’est ce qu’on appelle la double peine énergétique.
Ce qu’il faut retenir (Vôtre Check-list Pédagogique)
Pour naviguer dans cette crise, apprenez à surveiller ces indicateurs :
* Le cours du Brent : Tant qu’il reste au-dessus de 100$, la pression sur le budget de l’État est critique, et les hausses à la pompe sont inévitables.
* Le taux de change TND/USD : C’est le multiplicateur de crise. Si le dollar monte en même temps que le pétrole, la facture explose doublement.

L’effet retard : Ne vous réjouissez pas trop vite si le baril baisse une semaine. Un baril haut aujourd’hui se traduit par une inflation ressentie dans votre caddie dans les 3 à 6 mois suivants, le temps que la chaîne logistique digère la hausse










