Le Conseil de l’Ordre national des avocats de Tunisie (Onat) est monté au créneau après l’ouverture d’une procédure judiciaire visant plusieurs avocats, dénonçant à la fois une campagne médiatique portant atteinte à la présomption d’innocence et des mesures judiciaires jugées préoccupantes pour l’exercice de la profession.
Dans un communiqué publié lundi 9 mars 2026, l’Ordre indique suivre de près les développements du dossier visant les avocats Samir Dilou, Ramzi Ben Dhia et Mohsen Sahbani ainsi que leur cabinet. L’instance professionnelle s’inquiète notamment d’une couverture médiatique qu’elle estime fondée sur des « fuites » issues du dossier d’instruction et comportant, selon elle, des atteintes aux données personnelles et au secret de l’enquête.
Des mesures conservatoires contestées
L’Onat rappelle que l’affaire remonte à une convocation adressée au représentant légal du cabinet par la brigade de recherche et de lutte contre l’évasion fiscale dans le cadre d’une enquête pour soupçons de blanchiment d’argent. Le dossier a ensuite donné lieu à une décision judiciaire ordonnant, le 26 janvier 2026, le gel des biens et comptes bancaires des personnes concernées, ainsi que de la structure professionnelle, à titre conservatoire.
Ces mesures interviennent dans le cadre d’une information judiciaire ouverte par le parquet près le pôle judiciaire économique et financier, sur la base d’un procès-verbal établi par les services spécialisés. Les investigations portent sur des soupçons de blanchiment en bande organisée, liés à des fonds qui pourraient provenir d’infractions fiscales.
À ce stade, l’affaire demeure au stade de l’instruction et aucune décision définitive n’a été rendue.
L’Ordre évoque un climat de pression
Dans son communiqué, le Conseil de l’Ordre affirme toutefois que l’affaire suscite des préoccupations au sein de la profession, estimant que certaines procédures judiciaires pourraient être utilisées comme moyen de pression sur des avocats engagés dans des dossiers sensibles.
L’instance déplore également la publication, dans certains médias et sur les réseaux sociaux, d’informations issues du dossier d’instruction, qu’elle considère contraires aux règles encadrant la diffusion des données judiciaires et susceptibles de porter atteinte à la présomption d’innocence.
Soutien aux avocats concernés
L’Ordre exprime son soutien aux avocats visés et réaffirme leur droit à la défense par tous les moyens légaux. Il insiste également sur la nécessité de garantir l’indépendance de la profession d’avocat et de préserver les conditions d’exercice de la défense.
Dans ce contexte, l’instance appelle les autorités publiques à éviter toute instrumentalisation des procédures judiciaires et à respecter les principes de l’État de droit. Elle invite également les médias à faire preuve de prudence et à respecter les règles déontologiques de la profession journalistique dans le traitement de ce type d’affaires.
Un dossier à forte dimension politique
L’affaire dépasse en effet le strict cadre judiciaire. L’un des avocats concernés, Samir Dilou, est une figure connue de l’opposition. Ancien ministre et cadre du mouvement Ennahdha, il est aujourd’hui engagé dans la défense de plusieurs détenus poursuivis dans l’affaire dite de « complot contre la sûreté de l’État ».
Dans un climat politique déjà tendu, la procédure visant un avocat impliqué dans la défense d’opposants alimente les interrogations sur les relations entre justice et confrontation politique en Tunisie.
R.B.H










