Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, mercredi 11 mars 2026, une résolution condamnant « avec la plus grande fermeté » les attaques attribuées à l’Iran contre plusieurs pays du Golfe et la Jordanie.
Le texte a été approuvé par 13 voix pour, tandis que la Chine et la Fédération de Russie se sont abstenues. La résolution exige que Téhéran cesse immédiatement toutes ses attaques contre l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman, le Qatar et la Jordanie, et qu’il mette fin à toute provocation ou menace contre les États voisins, y compris par l’intermédiaire de groupes alliés.
Le Conseil de sécurité condamne également toute action ou menace visant à perturber la navigation internationale dans le détroit d’Ormuz ou à menacer la sécurité maritime dans le détroit stratégique de Bab el-Mandab.
La résolution a été présentée par le Bahreïn au nom des États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et de la Jordanie. Elle a été co-parrainée par 135 États membres de l’ONU, un nombre particulièrement élevé selon les diplomates.
La Chine dénonce un texte incomplet
Si Pékin a condamné les attaques visant les pays du Golfe, son représentant, Fu Cong, a estimé que la résolution ne reflétait pas les causes profondes de l’escalade.
Le diplomate chinois a notamment souligné que les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran n’avaient pas été autorisées par le Conseil de sécurité, estimant que « ce conflit n’est pas légitime » et appelant ces deux pays à cesser leurs opérations militaires afin d’éviter une escalade.
La Chine a toutefois réaffirmé que la sécurité des États du Golfe devait être respectée, tout en exhortant toutes les parties à respecter la souveraineté des pays non impliqués dans le conflit.
Moscou critique une résolution « déséquilibrée »
La Russie s’est également abstenue, dénonçant une résolution « déséquilibrée ».
Son représentant, Vassily Nebenzia, a estimé qu’il était « injuste » de condamner les attaques contre les États du Golfe sans évoquer leurs causes. Selon lui, le texte donne l’impression que l’Iran a mené une attaque non provoquée, sans mentionner les frappes américaines et israéliennes contre le territoire iranien.
Le diplomate russe a également accusé Washington d’avoir placé les pays du Golfe « dans le pétrin », en utilisant leurs territoires pour mener des frappes contre l’Iran malgré leurs demandes répétées de ne pas être impliqués dans l’escalade.
Moscou a plaidé pour un appel global à la fin des frappes, qu’elles soient menées par les États-Unis, Israël ou l’Iran, ainsi que pour la reprise d’une solution diplomatique.
Washington dénonce la stratégie iranienne
De son côté, le représentant américain Michael Waltz a accusé l’Iran d’avoir pris pour cible des sites civils dans la région du Golfe et dénoncé les « mensonges des amis de l’Iran ».
Selon lui, le vote de la résolution montre que la stratégie de Téhéran visant à semer le chaos dans la région a échoué, soulignant le nombre record de coauteurs du texte.
Il a également accusé l’Iran de soutenir le terrorisme à l’échelle mondiale et d’exercer une répression contre sa propre population, affirmant que Téhéran ne pourra jamais détenir l’arme nucléaire.
Un projet russe appelant à un cessez-le-feu rejeté
Lors de la même séance, un projet de résolution présenté par la Russie appelant à un cessez-le-feu immédiat au Moyen-Orient n’a pas été adopté.
Le texte exhortait les parties à cesser leurs activités militaires et à reprendre rapidement les négociations. Il a reçu le soutien de la Russie, de la Chine, du Pakistan et de la Somalie, mais les États-Unis et la France s’y sont opposés, tandis que les neuf autres membres du Conseil se sont abstenus.
La Chine a regretté l’échec de ce texte, que son représentant a qualifié de « résolution équilibrée », estimant que la priorité devait être la désescalade et la reprise du dialogue.
Par ailleurs, le représentant de la Fédération de Russie a vivement réagi après le rejet de son projet de résolution, accusant certains pays de suivre aveuglément les ordres du « grand frère ».
« Notre texte visait à favoriser la désescalade au Moyen-Orient et le retour à une solution négociée », a souligné Vassily Nebenzia qui a qualifié le vote de « triste spectacle », de « théâtre de l’absurde » et de « honte ».
La France critique le projet de résolution russe
La France s’est opposée au projet de résolution présenté par la Russie, estimant qu’il ne répondait pas à la gravité de la situation.
Son représentant permanent auprès de l’ONU, Jérôme Bonnafont, a estimé que le texte « ne dit rien sur la responsabilité écrasante de l’Iran dans l’escalade actuelle », évoquant notamment « les attaques indiscriminées et injustifiées contre ses voisins ».
Selon lui, l’Iran fait peser depuis des années des menaces sur son environnement régional et sur la sécurité internationale, à travers son réseau d’alliés, ainsi que ses programmes balistique et nucléaire.
Le diplomate français a toutefois souligné que la diplomatie reste la seule voie durable pour assurer la sécurité et la stabilité de la région, appelant l’Iran à engager des négociations de bonne foi afin d’encadrer ses programmes nucléaire et balistique ainsi que ses activités régionales.
« L’objectif du texte est d’inverser les rôles entre l’agresseur et la victime », fustige l’Iran
Réagissant à l’adoption de la résolution, le représentant de l’Iran a dénoncé une action « injuste et illégale », accusant les membres ayant voté en sa faveur de suivre les directives qui leur viennent de Washington. « L’objectif du texte est d’inverser les rôles entre l’agresseur et la victime ».
Selon Amir Saeid Iravani, la racine du problème est simple : le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une attaque contre l’Iran. « C’est une attaque non justifiée qui a commencé avec l’assassinat du Guide suprême et la mort de dizaines de civils ».
« Ces pays commettent des crimes de guerre. L’Iran exerce son droit à la légitime défense et mène des opérations défensives, proportionnées et conformes au droit. Nous ne ciblons que des cibles militaires », a soutenu le représentant.
Il a également dénoncé les affirmations selon lesquelles l’Iran aurait délibérément fermé le détroit d’Ormouz, exhortant dans la foulée à la cessation des attaques contre les civils et les installations civiles.
Une condamnation à géométrie variable
Dans une autre configuration diplomatique, une résolution aurait également pu être adoptée pour condamner les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran et le Liban, lancées sans mandat du Conseil de sécurité.
En vertu de la Charte des Nations unies, le recours à la force contre un État n’est en autorisé que dans deux cas : une décision explicite du Conseil de sécurité ou l’exercice du droit de légitime défense face à une attaque armée.
Or, dans le cas présent, aucune résolution du Conseil n’a autorisé ces opérations militaires, ce qui alimente les critiques de nombreux juristes et diplomates qui estiment que ces frappes constituent une violation du droit international et de la Charte de l’ONU.
Mais au Conseil de sécurité, où les rapports de force géopolitiques dictent souvent l’agenda diplomatique, certaines condamnations restent possibles… tandis que d’autres relèvent encore, pour l’heure, d’une réalité parallèle.
R.B.H










