La Commission des services et du développement social au sein du Conseil national des régions et des districts a tenu, jeudi 12 mars 2026, une séance d’audition avec des représentants du ministère des Technologies de la Communication et de l’Office national des Postes. Cette rencontre, consacrée aux orientations et à la stratégie de l’Office national des Postes a permis d’éclairer les perspectives du projet de création d’une banque postale, initiative qui suscite un intérêt croissant au sein de la société tunisienne.
Les représentants de l’Office national des Postes ont précisé que ce projet répondait à une demande populaire majeure, tout en corrigeant certaines idées reçues. Contrairement à ce que certains pourraient imaginer, l’instauration d’une banque postale ne signifie pas l’octroi automatique de crédits sans intérêts ou à des taux inférieurs à ceux pratiqués par les banques commerciales. L’objectif est avant tout de préserver l’équilibre financier de l’institution et de garantir un marge opérationnelle permettant la continuité des services, tout en étendant l’offre bancaire à un public plus large.
Trois scénarios sont envisagés pour la mise en œuvre de cette initiative, selon le communiqué de la Commission parlementaire. Le premier consisterait en une transformation complète de l’Office national des Postes en banque postale, en intégrant l’ensemble des services et du personnel. Cette hypothèse, jugée difficilement réalisable à court terme, n’est pas envisagée dans l’immédiat. Le second scénario repose sur une intégration partielle des services bancaires dans les activités actuelles de la poste, une solution progressive et réaliste. Enfin, le troisième scénario envisagerait l’acquisition d’une institution bancaire existante par l’Office, afin de déployer rapidement une offre complète de services financiers. Dans tous les cas, la future banque postale serait soumise aux mêmes obligations réglementaires et droits que les banques commerciales, tout en conservant la culture de gestion spécifique à la poste tunisienne, notamment en matière de tarification et de services de proximité.
L’ambition du projet dépasse la simple extension de l’activité postale. Il s’agit avant tout de réduire l’exclusion bancaire et d’améliorer l’accès aux services financiers pour les populations sous‑desservies, notamment dans les zones rurales. Le projet cible également les jeunes, les artisans et les petites et moyennes entreprises, ainsi que les ménages vulnérables qui n’ont souvent pas accès aux services bancaires classiques. Avec plus de 1 200 bureaux postaux répartis sur tout le territoire, l’Office dispose d’un réseau dense et bien implanté, offrant une opportunité stratégique pour élargir l’accès à l’épargne, aux comptes courants et au crédit de proximité, tout en renforçant la cohésion économique et sociale.
Il convient de rappeler que cette démarche n’est pas entièrement nouvelle. L’ancien PDG de l’Office national des Postes, Jawhar Ferjaoui, avait indiqué dès 2018 que, la poste étudiait le lancement de sa « banque en ligne », sous réserve de l’accord de la Banque centrale de Tunisie. Cette initiative préfigurait déjà la volonté de l’institution de s’inscrire dans la modernisation.
Malgré son potentiel, le projet de la banque postale doit surmonter plusieurs défis significatifs. Le cadre juridique actuel ne permet pas encore à l’Office des Postes d’exercer pleinement des activités bancaires, ce qui nécessite une réforme législative pour sécuriser la création d’une banque postale. Par ailleurs, certaines banques traditionnelles et intermédiaires financiers perçoivent ce projet comme une concurrence potentielle, en particulier dans les zones où elles ont peu d’implantation. Certains experts estiment, par ailleurs, que la création d’une banque postale, bien que structurante, ne résoudra pas à elle seule les problèmes structurels d’inclusion financière ou les fragilités du secteur bancaire tunisien.
Sur le plan économique et social, les enjeux sont majeurs. La banque postale pourrait faciliter l’accès au crédit pour les populations mal desservies, soutenir l’épargne locale et offrir un appui concret aux petites entreprises. Elle représente également un instrument de développement territorial, capable de stimuler l’activité économique régionale et de réduire les inégalités entre les zones urbaines et rurales, dans une démarche de modernisation des services publics, en consolidant la place de l’Office des Postes comme acteur central de l’inclusion financière en Tunisie.
N.J










