Épisode 1- Le député, TLS et le remboursement magique
Il y a des jours où l’on se demande si nos députés ne vivent pas dans un univers parallèle. Un univers où la logique, l’économie et parfois même le simple bon sens sont suspendus par décret.
Dernière idée lumineuse en date : rembourser 50 % des frais de dépôt d’une demande de visa lorsque celui-ci est refusé (voir notre article à ce sujet). L’intention est noble. Défendre les pauvres demandeurs de visa contre l’injustice administrative. On imagine déjà le député en justicier des files d’attente consulaires.
Le problème, c’est qu’avant de légiférer, il faut parfois comprendre de quoi on parle.
Car ce que les Tunisiens paient lorsqu’ils déposent une demande de visa n’est pas seulement le visa lui-même. Il y a deux choses différentes : les frais de visa et les frais de service. Les premiers sont perçus pour le compte du consulat. Les seconds rémunèrent des sociétés comme TLScontact qui reçoivent les demandeurs, vérifient les dossiers, prennent les empreintes biométriques et transmettent les documents aux autorités consulaires.
Autrement dit : le visa peut être refusé, mais le service, lui, a bel et bien été rendu.
Les centres comme TLS mobilisent du personnel, louent des locaux, organisent les rendez-vous et réceptionnent les dossiers. Tout cela coûte de l’argent, et tout cela se fait avant même que le consulat décide d’accorder ou non le visa.
Mieux encore : ces sociétés ne savent même pas si la demande a été acceptée ou refusée. Le passeport revient dans une enveloppe fermée.
Mais notre député assure ne pas vouloir s’immiscer dans les décisions souveraines des États. C’est pourtant exactement ce qu’il fait.
Car accorder ou refuser un visa relève de la souveraineté d’un État étranger. TLS et autres n’en sont que des intermédiaires logistiques.
Imposer un remboursement à ces sociétés reviendrait à demander au facteur de payer parce que la lettre qu’il a livrée contenait une mauvaise nouvelle.
Et puis il y a une petite conséquence économique que notre législateur semble ignorer : si l’on impose des remboursements, les sociétés augmenteront simplement leurs tarifs. Au final, les Tunisiens paieront plus cher.
Mais c’est le prix du progrès parlementaire : transformer une mauvaise idée économique en bonne idée populiste.
Épisode 2 – La start-up nationale : une entreprise publique
Il faut reconnaître aux députés tunisiens une qualité rare : ils ne manquent jamais d’imagination.
Après avoir voulu réinventer les frais de visa, les voilà désormais lancés dans une mission encore plus ambitieuse : encourager l’entrepreneuriat.
Et comme ils prennent la chose très au sérieux, ils ont trouvé la solution.
Créer… une entreprise publique (voir notre article à ce sujet).
L’idée est magnifique. Pour encourager l’initiative privée, rien de mieux qu’une nouvelle institution publique. On imagine déjà les entrepreneurs se lever le matin, l’œil brillant, prêts à conquérir le marché mondial… après avoir rempli trois formulaires, pris deux rendez-vous administratifs et obtenu quatre cachets.
Le projet de loi porté par une vingtaine de députés prévoit la création de structures publiques chargées d’orienter les entrepreneurs et d’accompagner les porteurs de projets. Une mission noble, certes.
Mais un petit détail semble avoir échappé à nos législateurs : la Tunisie compte déjà 19 institutions publiques chargées de faire exactement la même chose. Dix-neuf.
Manifestement, 19 structures publiques pour accompagner les entrepreneurs, ce n’est pas suffisant. Il en fallait une vingtième.
Et puis il y a une question que personne ne semble se poser.
Comment des fonctionnaires, installés dans la sécurité de l’emploi, payés chaque mois par l’État-providence et travaillant des horaires fixes, pourraient-ils expliquer l’entrepreneuriat à des gens qui prennent des risques tous les jours et travaillent quotidiennement plus de quinze heures ?
L’entrepreneur, lui, n’a aucune garantie de salaire. Il peut gagner beaucoup… ou rien du tout. Il peut réussir… ou tout perdre. Et pendant que l’administration ferme ses bureaux à 16 heures, lui continue souvent jusqu’à minuit.
D’un côté, le confort du statut. De l’autre, l’inconfort du risque.
Et l’on confie au premier la mission d’enseigner le second.
C’est un peu comme ouvrir une école de natation dirigée par des gens qui n’ont jamais vu la mer.
Ou, comme l’a résumé un internaute avec un sens aigu de la pédagogie : combattre le diabète en distribuant de la baklawa aux malades.
Mais ne soyons pas injustes. Grâce à nos députés, les entrepreneurs tunisiens savent désormais que pour réussir dans le privé, il faudra d’abord apprendre à survivre dans le public.
Épisode 3 – L’iftar à l’anglaise de Bouderbala
Cette semaine, la politique tunisienne nous a offert un moment de haute gastronomie institutionnelle.
Tout commence par une idée simple : organiser un dîner d’iftar pour les députés dans un palace des Berges du Lac. Le lieu choisi n’est pas n’importe lequel : le Mövenpick, une adresse chic où le buffet du soir tourne autour de 140 dinars par personne.
Jusque-là, rien d’extraordinaire. Les puissants aiment dîner ensemble. C’est une vieille tradition politique.
Le problème, c’est que l’information fuite.
Et là, miracle démocratique :les réseaux sociaux se transforment en brigade anti-iftar. Dans un pays où le pouvoir d’achat s’évapore plus vite qu’un verre d’eau au soleil, l’idée d’un dîner parlementaire dans un palace passe assez mal.
Très vite, suite à la polémique, le dîner disparaît du menu. L’iftar est annulé.
Officiellement, explique-t-on, l’iftar avait été imaginé parce que certains députés venant de régions éloignées n’auraient pas d’endroit où rompre le jeûne après la plénière. Un argument touchant.
On imagine ces pauvres élus perdus dans le désert du Bardo, incapables de trouver un restaurant, un café ou même une gargote pour avaler une chorba.
Mais le moment le plus savoureux arrive ensuite.
Pour calmer la tempête, Brahim Bouderbala explique que tout le monde avait mal compris : le dîner devait être payé « à l’anglaise ». Chacun sa part. Ah bon ? Charmant !
Un petit détail cependant : le SMS d’invitation envoyé aux députés indiquait que l’Assemblée organise un iftar en l’honneur des députés, et invitait les élus à confirmer leur présence via le protocole officiel du Parlement.
Ce qui donne à l’explication de Bouderbala une saveur légèrement… improvisée.
En politique, il existe pourtant une règle simple : lorsqu’une idée déclenche l’indignation générale, on l’annule discrètement.
On évite de réécrire le menu après coup.
Mais ne soyons pas injustes. Brahim Bouderbala aura au moins réussi une chose : transformer un simple dîner en débat national.
Et ce n’est pas donné à tout le monde de déclencher un scandale politique… avec un buffet.











5 commentaires
Hannibal
Bouderbouka et son équipe c’est l’Assemblée des Ridicules et des Piques-assiette.
Le cirque aux frais du contribuable
Mohamed Mabrouk
Pitié ! Svp on coule!
Fares
La grande bouffe (de Barhouma)
On ne peut pas reprocher à l’ambitieux Sieur Barhouma du Brado d’inviter ses sujets à festoyer au frais de l’inconscient. Mais mon Sir Barhouma aurait dû assumer que les frais de ce repas seront payés par vous et moi et non pas par les députés. Pourquoi mentir et nier l’évidence?
Ceci étant dit, le monde subit des bouleversements inédits et certains parlent même des prémisses d’une troisième guerre mondiale qui remportera les États-Unis et Israël. Les Kaisoun et les Barhouma de ce monde ne comptent que pour des poussières. سامحني يا قيسون، mais vous n’ êtes plus là star du show.
PS je déteste Bouderbala et je n’oublierai jamais son intervention téléphonique sur Diwan où il a insulté les 92% des tunisiens qui n’ont pas voté de ce parlement des béni oui oui de traîtres.
Gg
Vous avez tellement raison!
Au sujet des entrepreneurs, on a envie de dire à l’état: laissez les entreprendre, foutez leur la paix!
Aux US -il faut bien leur reconnaître des qualités lorsqu’ils en ont- on crée une entreprise en 2 heures sur un simple PC.
En France, déjà plus paperassière, il faut 24h.
Vous tapez sur Google « créer son entreprise », tout de suite le statut d’autoentrepreneur vous est proposé.
Vous lisez quelques lignes, vous remplissez les cases, et vous attendez 24h votre numéro d’immatriculation au registre des entreprises.
Et roule ma poule, y a qu’à !
En passant vous êtes informé des obligations de déclaration aux services fiscaux.
Des millions de personnes travaillent ainsi!
Que risque l’état? Qu’il manque un peu d’argent aux impôts ?
Tant pis, on travaille, on gagne sa vie et toute la société est bénéficiaire…
Aujourd’hui il existe même des logiciels gratuits de facturation, qui établissent les factures et vous disent ce qu’il faut déclarer et à qui.
Voilà…
Roberto Di Camerino
J’ai la ferme impression que tu vis ailleurs que dans le « Bled ».
Tu connais les rouages de la non existence des obstacles administratifs, chers aux tunisiens.
Mais va l’expliquer au haut cadre de l »Office de…. ( remplir le vide) qui se fait un plaisir de mettre son empreinte et sa pietre connaissance du rouage des entreprises et des affaires en premier.