L’expert-comptable Sofiene Weriemi est revenu, lundi 6 avril 2026, au micro de Hanen Bourbia dans l’émission « Yahdouthou Fi Tounes » animée par Lilia Housseini sur la Radio nationale, sur la récente circulaire de la Banque centrale de Tunisie relative au financement des importations de produits non prioritaires, une mesure qu’il juge inscrite dans la continuité des politiques adoptées ces dernières années.
Sofiene Weriemi a estimé que cette note s’inscrit dans la continuité d’une mesure adoptée en 2017, la qualifiant de dispositif « faible et limité » qui ne traite pas les causes réelles du déficit de la balance commerciale, a rapporté l’animatrice.
Une mesure déjà expérimentée
Dans son analyse, l’expert a rappelé que le mécanisme mis en place n’est pas nouveau. Il repose sur une logique déjà expérimentée : limiter le financement bancaire de certaines importations jugées non prioritaires afin de contenir le déséquilibre extérieur.
Concrètement, la circulaire impose une contrainte directe aux banques, qui ne sont plus autorisées à financer les opérations d’importation portant sur ces produits. Les importateurs doivent désormais mobiliser leurs propres ressources pour couvrir l’intégralité de leurs transactions, qu’il s’agisse de crédits documentaires, de remises documentaires, de virements ou encore de traites.
Limites et enjeux de la mesure
Pour Sofiene Weriemi, ce dispositif agit comme un filtre financier. En imposant un financement intégral sur fonds propres, il est censé réduire le volume des importations concernées. Toutefois, il insiste sur le fait que son impact global reste limité.
L’expert souligne en effet que le déficit commercial tunisien est avant tout lié au déficit énergétique, notamment aux importations de produits pétroliers, qui constituent la principale source de déséquilibre. Dans ce contexte, la restriction des importations de biens de consommation, même sur une large liste de produits, ne permet pas de s’attaquer au cœur du problème.
Coordination avec le ministère du Commerce et contexte international
Il précise également que cette mesure s’inscrit dans un travail engagé en amont avec le ministère du Commerce, qui a contribué à l’élaboration de la liste des produits concernés. Selon lui, la décision répond ainsi principalement à des considérations internes de régulation du commerce extérieur, plutôt qu’à des facteurs conjoncturels internationaux.
Sofiene Weriemi attire par ailleurs l’attention sur le contexte mondial marqué par la hausse des prix de l’énergie, en particulier du pétrole, qui risque d’aggraver davantage le déficit énergétique de la Tunisie. Une telle évolution pourrait, selon lui, conduire à des ajustements au niveau de la Loi de finances 2026 afin de répondre aux besoins de financement accrus.
En définitive, il estime que, si la circulaire peut contribuer à freiner certaines importations à court terme, elle ne constitue pas une réponse structurelle aux déséquilibres économiques du pays, compte tenu du poids déterminant de la facture énergétique dans le déficit commercial.
Produits concernés par la circulaire BCT n°2026-04
La circulaire, publiée le jeudi 26 mars 2026, impose aux importateurs de constituer une couverture intégrale sur leurs fonds propres pour toute opération concernant les produits non prioritaires, qu’il s’agisse de crédits documentaires, remises documentaires, virements ou traites.
Les produits concernés sont très variés. Dans l’alimentation et les boissons : fruits et légumes frais ou préparés (bananes, kiwis, avocats, mangues, ananas…), noix et graines (amandes, pistaches, noix de cajou…), fromages à pâte persillée ou râpés, miel naturel, pâtes, céréales et confiseries, ainsi que boissons alcoolisées et non alcoolisées (vins, spiritueux, bières, eaux minérales et aromatisées).
Du côté de l’hygiène et des cosmétiques : shampoings, laques, produits pour manucure et pédicure, dentifrices, déodorants, savons et lessives, ainsi que tout type de maquillage.
Pour l’équipement domestique et l’ameublement : réfrigérateurs, machines à laver, fours, micro-ondes, chauffe-eau, sèche-cheveux, climatiseurs, mobilier, literie, tapis et rideaux. Certains articles de construction et abrasifs sont également inclus.
Les articles de papeterie et de loisirs font aussi partie de la liste : stylos, cahiers, carnets, enveloppes, jouets, puzzles, tricycles et trottinettes, ainsi que yachts et bateaux de plaisance.
Exceptions et cadre d’application
La circulaire prévoit cependant des exceptions, notamment pour les importations dans le cadre de marchés publics, celles engagées avant la publication, les entreprises industrielles avec fiche technique spéciale et le régime de perfectionnement actif sur présentation d’autorisation douanière.
Cette mesure s’inscrit dans le cadre des efforts de régulation du commerce extérieur et de préservation des réserves de change, et entre en vigueur immédiatement.
I.N.











Commentaire
Judili58
Et les voitures ? Le pèlerinage et la Omra ? Les vins et spiritueux ? Les cigarettes ? Pourquoi ces produits ne sont pas concernés par les restrictions ?