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Or des ménages et crédits carbone : les fausses bonnes idées de Yosri Baoueb 

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Par Nadya Jennene

    Lors de la plénière du mardi 21 avril 2026 consacrée à l’audition du ministre de l’Économie, le député Yosri Baoueb a avancé une proposition visant à mobiliser l’or détenu par les ménages tunisiens. L’initiative consiste à encourager le dépôt de bijoux et d’avoirs en or auprès des banques commerciales ainsi qu’auprès de la Banque centrale de Tunisie. En contrepartie, les déposants recevraient des liquidités en dinars, lesquelles seraient ensuite réinjectées dans l’économie sous forme de financements destinés aux investisseurs et aux jeunes porteurs de projets.

    Selon le député, ce mécanisme permettrait d’exploiter une richesse non mobilisée, souvent conservée en dehors du circuit financier formel, afin de soutenir l’investissement et de dynamiser l’activité économique. Il a également indiqué avoir déjà formulé cette proposition dans le cadre des discussions relatives à la loi de finances 2026, précisant que la ministre des Finances avait exprimé des réserves, estimant qu’un tel dispositif pourrait contribuer à la dévalorisation du dinar tunisien.

    Sur le plan économique, la principale limite de ce dispositif réside dans son impact potentiel sur la masse monétaire. Si les banques utilisent les dépôts en or comme garantie pour accorder des crédits, ou si ces actifs sont convertis en monnaie locale afin de financer des projets, cela revient à injecter de nouvelles liquidités dans l’économie.

    Dans un contexte où l’offre productive reste contrainte, une telle augmentation de la masse monétaire est susceptible d’entraîner une hausse des pressions inflationnistes, une érosion du pouvoir d’achat, et, à terme, une dépréciation du dinar.

    Le député a également évoqué l’exemple de la Turquie, où des dispositifs similaires ont été mis en place afin d’intégrer l’or détenu par les ménages dans le système bancaire, sous l’impulsion de la Banque centrale de la République de Turquie.

    Si cette stratégie a permis de mobiliser une partie de l’épargne informelle, elle n’a pas empêché la dépréciation marquée de la Livre turque, ni la persistance de niveaux d’inflation élevés. Dans ce cas, la préférence accrue des agents économiques pour l’or et les devises a traduit une perte de confiance durable dans la monnaie nationale.

    Yosri Baoueb a par ailleurs  a avancé une autre piste pour soutenir les finances publiques et l’investissement : valoriser les herbiers marins tunisiens, en particulier la Posidonia oceanica, à travers le mécanisme des crédits carbone. L’élu a proposé de monétiser le carbone stocké par ces écosystèmes en le vendant sur les marchés internationaux à hauteur de 10 dollars la tonne de CO₂, mettant en avant le potentiel naturel du pays. 

    La posidonie, plante marine endémique de la Méditerranée, constitue l’un des puits de carbone les plus performants au monde. Elle capte et stocke durablement le dioxyde de carbone dans ses feuilles et surtout dans les sédiments marins, parfois sur plusieurs siècles. La Tunisie, avec ses vastes herbiers côtiers, dispose ainsi d’un capital écologique significatif, susceptible en théorie d’être valorisé dans le cadre des mécanismes de compensation carbone.

    Dans ce contexte, la proposition du député s’inscrit dans une tendance internationale visant à intégrer les écosystèmes côtiers dans les marchés du carbone, en complément des forêts terrestres.

    Toutefois, la fixation d’un prix de 10 dollars par tonne de CO₂ soulève plusieurs interrogations. Si ce niveau peut correspondre à certaines transactions sur le marché volontaire du carbone, il reste relativement bas au regard des coûts nécessaires pour structurer une filière crédible.

    La mise en place d’un projet de crédits carbone fondé sur la posidonie implique en effet la cartographie précise des herbiers, la mesure scientifique des stocks de carbone, la mise en place de systèmes de suivi et surtout l’obtention de certifications internationales.

    Les coûts sont estimés entre 20 et 50 dollars par tonne de CO₂. Dès lors, un prix de vente fixé à 10 dollars pourrait ne pas couvrir les dépenses engagées, compromettant la viabilité économique du dispositif.

    De plus, contrairement à une ressource extractive, la valeur carbone de la posidonie repose sur sa préservation. Toute dégradation des herbiers — pollution, aménagement côtier, ancrage des bateaux — peut entraîner un relargage du carbone stocké, annulant les bénéfices environnementaux et économiques.

    N.J

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    Commentaire

    1. le financier

      Répondre
      22 avril 2026 | 9h53

      idee stupide sur l or , il y a dautres moyens de faire mieux sans les defaults et pour la seconde id2e , le prix est beaucoup trop bien .
      Les finance du pays doivent etre revu a la baisse des depenses , specialement des 750 000 fonctionnaires avec une productivit2 quasi nul quand on regarde leur tps de travail journalier

    Répondre

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