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Plus grave que la violence scolaire : notre incapacité à stopper ce fléau

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Par Ridha Zahrouni 

    Par Ridha Zahrouni 

    À de nombreuses reprises, je suis intervenu au sujet de la violence scolaire sur différents médias et sur les réseaux sociaux. J’insiste à chaque fois sur le fait que cette violence est la conséquence logique de l’échec de notre système éducatif, elle-même devenue une des principales causes de la course aux enfers de notre école publique. En ruminant un même discours croyant à son efficacité pour éradiquer le phénomène, et faute de méthode, de stratégies et de moyens, on ne fait que fertiliser un champ déjà propice à son développement en termes de récurrence et de gravité. Les faits ne cessent de prouver la véracité du constat.

    Une violence en expansion, des réponses inefficaces

    Aujourd’hui, nous enregistrons la multiplication des cas de violences sous toutes leurs formes : intimidation, insultes, moquerie, harcèlement virtuel et sexuel, vol, vandalisme, agressions physiques dont certaines ont même entraîné le décès d’élèves et d’enseignants.

    Désormais, l’intelligence artificielle est même utilisée pour fabriquer et diffuser de la fausse information extrêmement préjudiciable aux personnes ciblées. Et lorsqu’une agression grave est signalée, on a pris l’habitude de faire appel à des spécialistes en sciences humaines et sociales, à des psychologues, à des professionnels de l’éducation, à des parents, à des chroniqueurs néophytes pour débattre avec passion du sujet et pour désigner des responsables, et ce sont généralement les parents. On émet toujours les mêmes recommandations pour les mêmes doléances ou interdictions, et on appelle à l’incrimination des auteurs. Pour ma part, j’ai toujours considéré que de telles approches s’inscrivent plutôt dans un processus de traitement émotionnel des effets secondaires que dans une prévention qui vise à l’éradication de ce mal à la racine.

    Je note effectivement l’importance de l’aspect traitement des cas de violences et pour prévenir les environnements de tension dans le cadre d’un travail de terrain et de proximité et tout le long de l’année scolaire. Ce qui requiert la prise en charge des établissements scolaires, des élèves et des familles à risque, la multiplication des actions de formation et de sensibilisation, l’aménagement des emplois de temps pour éviter les heures creuses, la réglementation de l’utilisation des smartphones, etc.

    Ce travail, qui est essentiel, ne peut être efficace que dans le cadre de procédures et de mécanismes d’exécution et de suivi bien rodés qu’il faudrait mettre en œuvre au niveau de chaque établissement scolaire. Des mécanismes et des procédures, inexistants aujourd’hui, doivent impliquer les personnels de l’éducation, les parents, les élèves, les services de police, les spécialistes, la société civile et les médias. Et il ne faut surtout pas croire que de tels mécanismes et procédures vont garantir la prévention contre le phénomène de la violence dans nos écoles en stoppant sa progression.

    Le décrochage scolaire, racine du problème

    Vilfredo Pareto, économiste et sociologue italien qui a chevauché pendant sa vie les 19e et 20e siècles, a théorisé sa « loi de 80 /20 » qui recommande de traiter les 20 % des causes pour obtenir 80 % des effets souhaités. Et dans notre cas, les 20 % des causes provoquant la majorité des cas de la violence scolaire proviennent, en toute logique, du flux des 100 mille décrocheurs parmi nos élèves de 16 ans, qui sont contraints par la loi de quitter les bancs de nos écoles à la fin de chaque année scolaire, tous victimes de notre mauvaise gestion du secteur. Des élèves désespérés et mécontents, car impactés par le ratage de leur scolarité et un échec certain dans leur vie future, se sentent marginalisés et abandonnés, et poussés à bout, ils vont certainement se révolter contre l’autorité, la discipline et réagir négativement. Dos au mur, certaines de leurs réactions deviennent extrêmes et peuvent provoquer d’énormes dégâts.

    S’attaquer au décrochage scolaire, c’est s’attaquer à la pépinière de la violence qu’elle représente. Ramener ce chiffre de décrochage à un taux acceptable provoquerait obligatoirement un recul conséquent des chiffres de la violence et pas que. Un défi qu’on doit relever par la réussite de la mise en œuvre d’une école publique de qualité et gratuite : un vrai ascenseur social garantissant à tous nos enfants une vraie justice sociale et l’égalité des chances devant la réussite et l’excellence.

    Quand l’enfant d’aujourd’hui est pris en charge par cette école, il sera différent de l’élève d’aujourd’hui à la fin de son parcours scolaire, il sera avant tout un élève heureux et épanoui, libéré de la peur d’un lendemain sans avenir et d’un tunnel sans fin, soulagé des sentiments de doute, d’exclusion et d’injustice, il sera certainement fier d’appartenir à une école à laquelle il doit tout.

    Nous avons les moyens et l’obligation de relever ce défi, il est à notre portée. Pour cela, il faut sortir de la langue de bois et de ce discours vide de sens et ennuyeux que la tutelle ne cesse de répéter. Il faut tout simplement des responsables compétents et conscients des enjeux et des stratégies à mettre en œuvre, ainsi qu’une réelle volonté politique qui soutient ce projet et mobilise toutes les ressources nécessaires à sa réussite.

    N’oublions pas que l’enfant d’aujourd’hui sera le citoyen et le parent de demain. Un cercle vertueux que nous devrions enclencher pour prendre la place de l’actuel cercle vicieux dans lequel notre école s’est engouffrée depuis plus de 30 ans.
    Je l’ai toujours dit et je ne cesse de répéter, il faut juste commencer par doter nos jeunes écoliers de vraies compétences en lecture, en écriture, calcul et en respect et travailler sur le moyen et long terme pour mettre tout notre système d’éducation, d’enseignement et de formation professionnelle sur la voie royale de l’excellence.

    BIO EXPRESS

    Ridha Zahrouni  Président de l’Association tunisienne des parents et des élèves

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

    * L’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire est une organisation non gouvernementale dont la plateforme est rédigée en 1993. Elle s’organise en un réseau informel constitué de personnes, institutions et mouvements qui, conscients de la complexité des problèmes actuels, recherchent les mutations nécessaires pour agir et peser ensemble sur l’avenir. Ils créent ainsi une dynamique sociale et inventent de nouvelles formes d’action collective

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