La Tunisie prépare activement l’été touristique 2026. À l’approche de la haute saison, les autorités veulent éviter tout relâchement après une année record marquée par près de onze millions de visiteurs. Premier signal : le lancement, dès ce mois d’avril, d’une vaste opération de recensement des hôtels et de contrôle des activités touristiques.
L’annonce a été faite jeudi 23 avril 2026 par la directrice de l’encadrement du produit à l’Office national du tourisme tunisien (ONTT), Amel Zarrouk, en marge d’une visite dans le gouvernorat de Siliana.
Au-delà du contrôle administratif, l’enjeu est clair : vérifier l’état du parc hôtelier, encadrer les activités touristiques et limiter les défaillances qui pourraient ternir une saison jugée stratégique pour le secteur.
Après les chiffres, l’épreuve du terrain
Si la responsable a insisté sur les bons résultats de la saison écoulée, également marquée par un niveau soutenu de réservations, les performances statistiques ne suffisent plus. La qualité de service, la conformité des établissements, la capacité d’accueil et l’expérience client deviennent des variables décisives dans un marché régional de plus en plus concurrentiel.
Le tourisme balnéaire demeure, de loin, la locomotive du secteur tunisien. C’est lui qui porte l’essentiel des arrivées et concentre la majeure partie de l’activité estivale. Mais cette domination souligne aussi une fragilité ancienne : la dépendance à un modèle saisonnier largement centré sur le littoral. Ce modèle repose en grande partie sur un positionnement compétitif à prix modérés, davantage axé sur les volumes que sur la valeur ajoutée, ce qui limite mécaniquement les recettes générées par visiteur.
À l’inverse, des segments comme le tourisme culturel, patrimonial, écologique ou de découverte offrent, en théorie, un potentiel de dépense plus élevé, des séjours souvent plus qualitatifs et une activité moins concentrée sur quelques mois de l’année.
Sofiene Tekaia à Siliana : une visite au-delà du protocole
Dans ce contexte, le ministre du Tourisme, Sofiene Tekaia, a effectué mercredi 22 avril 2026 une visite de terrain à Siliana.
Officiellement, il s’agissait de suivre l’avancement de plusieurs projets touristiques et artisanaux, de soutenir l’investissement régional et d’accélérer certains dossiers. Mais le choix de Siliana n’est pas anodin.
Région de montagne, dotée d’un patrimoine archéologique important, d’espaces naturels recherchés et d’un artisanat reconnu, Siliana incarne depuis longtemps cette autre Tunisie touristique régulièrement mise en avant dans les discours officiels, mais encore peu visible dans les grands flux de visiteurs.
Chantiers relancés et hébergements alternatifs
Le ministre a notamment inspecté le projet de village artisanal au quartier administratif de Siliana Sud, présenté comme un chantier longtemps bloqué avant sa récente relance.
Le futur espace doit s’étendre sur 500 m² pour un coût annoncé de 2,5 millions de dinars, avec salle d’exposition, ateliers de production et locaux administratifs.
La visite a également concerné une unité touristique à Siliana Nord, proche de l’ouverture après finalisation de ses équipements, ainsi qu’un établissement à Gaâfour, remis en exploitation après réaménagement.
Plusieurs projets d’hébergements ruraux et d’accueil chez l’habitant à Siliana et Kesra ont aussi été examinés, signe d’une volonté de miser sur un tourisme plus diffus, plus localisé et moins dépendant des grands complexes balnéaires.
Le vieux défi tunisien : sortir du tout-balnéaire
Derrière cette séquence se profile surtout un dossier ancien : la diversification du tourisme tunisien.
Depuis des années, la Tunisie met en avant ses atouts culturels, sahariens, écologiques ou de montagne. Pourtant, le poids économique du secteur reste dominé par le balnéaire. Les régions intérieures, malgré leurs richesses, peinent encore à capter une part significative des flux touristiques.
Siliana en est une illustration parlante. Entre le site archéologique de Zama, le musée et les vestiges de Makthar, les hauteurs de Kesra ou les paysages du Jebel Serj, la région dispose d’arguments solides. Mais entre potentiel et exploitation économique, l’écart reste notable.
Un potentiel réel, des résultats encore limités
Les obstacles sont connus : accès parfois insuffisants, signalétique limitée, manque d’hébergements structurés, promotion internationale discrète, circuits encore peu intégrés et investissements irréguliers.
Résultat : ces destinations existent dans les brochures, mais peinent encore à peser réellement dans les recettes nationales du tourisme.
Un été test pour tout le secteur
Le contrôle annoncé des hôtels avant la haute saison montre que les autorités veulent sécuriser l’existant. La visite à Siliana traduit, elle, la volonté de préparer l’avenir.
Reste la question centrale : la Tunisie parviendra-t-elle enfin à transformer ses richesses intérieures en véritable moteur touristique, ou continuera-t-elle à compter presque exclusivement sur ses plages pour faire tourner le secteur ?
I.N.










