Marcher en Tunisie est devenu un acte à risque. Non pas à cause d’un excès de vitesse isolé ou d’un moment d’inattention, mais parce que l’espace même censé protéger les piétons disparaît peu à peu sous leurs pieds. Trottoirs confisqués, chaussées hostiles, règles ignorées : dans ce paysage urbain déséquilibré, le plus vulnérable paie le prix fort.
La cheffe du service de communication routière à l’Observatoire national de la sécurité routière, Samia Messaoud, a tiré la sonnette d’alarme, lundi 27 avril 2026, sur les ondes de Mosaïque FM, au sujet de la situation des piétons en Tunisie.
Elle a dénoncé une réalité préoccupante : « Les chiffres montrent à chaque fois que ce sont les piétons qui perdent la vie », pointant l’absence d’espaces sécurisés pour leur circulation. « Aujourd’hui, le piéton ne trouve même plus un endroit pour marcher, alors que c’est un droit fondamental », a-t-elle insisté.
Des chiffres alarmants
Depuis le début du mois de janvier, environ 1.300 accidents de la route ont été enregistrés à l’échelle nationale, faisant 362 morts et 1.691 blessés.
Parmi ces accidents, 387 concernent des piétons, avec un lourd bilan de 89 morts et 385 blessés, illustrant leur vulnérabilité sur la voie publique.
Des trottoirs accaparés
Selon elle, les trottoirs, initialement conçus pour garantir la sécurité des piétons, sont de plus en plus accaparés par divers usages. Cafés, commerces et installations informelles s’y étendent, réduisant considérablement, voire supprimant, l’espace dédié à la marche.
« Chacun s’approprie le trottoir devant son commerce, au point de donner l’impression qu’il fait partie du local », a-t-elle déploré.
Face à ces obstacles, le piéton n’a souvent d’autre choix que de descendre sur la chaussée, s’exposant directement au danger.
Un cadre légal existant mais peu appliqué
La responsable a rappelé que la réglementation encadrant l’occupation des trottoirs existe depuis 2007 et prévoit des sanctions financières allant de cent à deux mille dinars selon la nature de l’infraction.
Parmi les violations relevées figurent notamment l’occupation sans autorisation, le stationnement anarchique, l’installation de supports publicitaires, l’exposition de marchandises ou encore le dépôt de gravats sur la voie publique.
Dans certains cas, les contrevenants s’exposent également à la saisie du matériel installé illicitement.
Appel aux autorités locales
Insistant sur la responsabilité des municipalités et des autorités sécuritaires, Samia Messaoud a appelé à une application stricte de la loi.
« Aujourd’hui, personne n’est au-dessus de la loi », a-t-elle martelé, estimant que l’occupation illégale de l’espace public contribue directement à mettre des vies en danger.
Elle a ainsi plaidé pour une intervention effective afin de garantir aux piétons leur droit le plus élémentaire : pouvoir circuler en sécurité.
M.B.Z










