À l’occasion de la Journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail, célébrée le 28 avril, l’UGTT a tiré la sonnette d’alarme face à la recrudescence des accidents professionnels en Tunisie, dénonçant une situation devenue, selon ses termes, une « tragédie nationale ».
Une hausse alarmante des accidents mortels
Dans un communiqué publié par son département de la protection sociale et du secteur informel, la centrale syndicale affirme que les accidents graves et mortels, notamment dans le secteur privé, ne cessent de se multiplier. Elle évoque notamment quatre décès enregistrés en une seule semaine, sans réaction des autorités.
Selon les chiffres avancés, la Tunisie enregistre chaque année entre 25.000 et 26.000 accidents du travail, dont environ 120 mortels, soit en moyenne un décès tous les trois jours. Pour l’UGTT, ces données traduisent « l’échec du système actuel à protéger les travailleurs ».
Défaillances structurelles et manque de contrôle
Le syndicat pointe directement des politiques d’abandon, un déficit de contrôle et un non-respect des normes de sécurité, estimant que les accidents ne sont plus des cas isolés mais la conséquence d’un système défaillant.
Il dénonce également le non-respect des conventions internationales, notamment les conventions n°155 et n°187 relatives à la santé et à la sécurité au travail, ainsi que l’absence de conditions de travail décentes et de formation préventive.
La faiblesse des inspections du travail et de la médecine du travail est également mise en cause, ayant, selon le communiqué, laissé « le champ libre aux entreprises défaillantes pour enfreindre la loi sans sanction ».
Responsabilités pointées
L’UGTT attribue une responsabilité directe à plusieurs acteurs, notamment le ministère des Affaires sociales, pour l’insuffisance des mécanismes de contrôle et l’absence d’application effective des lois, ainsi que l’Utica, accusée de privilégier la logique du profit au détriment de la sécurité des travailleurs.
Au-delà du bilan humain, l’UGTT souligne l’impact social et financier de ces accidents, « qui ont détruit de nombreuses familles et généré des coûts importants pour les caisses sociales, notamment la CNSS et la CNAM, déjà fragilisées ».
Des mesures urgentes exigées
Face à cette situation, le syndicat appelle à :
- l’ouverture d’enquêtes immédiates et transparentes sur les accidents récents ;
- l’application effective des conventions internationales ;
- le renforcement des contrôles inopinés dans les entreprises ;
- la publication des données annuelles sur les accidents du travail ;
- l’engagement d’un dialogue social pour élaborer une stratégie nationale de prévention.
Il appelle également à contraindre les entreprises à fournir les équipements de protection nécessaires et à garantir la formation continue des travailleurs, tout en renforçant le rôle des syndicats dans les dispositifs de contrôle.
Dans une formule sans équivoque, l’UGTT conclut que « la vie des travailleurs n’est pas un sujet de négociation », appelant les autorités à assumer pleinement leurs responsabilités pour mettre fin à ces dérives.
S.H










