La recrudescence de la violence en milieu scolaire en Tunisie suscite une vive inquiétude, ravivée par le décès récent d’un élève à la suite d’une altercation entre camarades. Invitée sur Jawhara FM, jeudi 30 avril 2026, la secrétaire générale adjointe de la Fédération générale de l’enseignement secondaire, Jouda Dahmane, a dressé un constat alarmant de la situation, dénonçant à la fois la gravité croissante des agressions et l’inaction des autorités compétentes.
En effet, la violence en milieu scolaire a changé de nature et d’intensité. Si les conflits entre élèves ont toujours existé, ils relevaient autrefois de simples altercations sans conséquences majeures. Aujourd’hui, en revanche, les établissements éducatifs sont confrontés à des formes de violence extrême, impliquant parfois l’usage d’armes blanches et entraînant des blessures graves, voire mortelles.
La syndicaliste a souligné, dans ce sens, que l’école, censée être un espace de protection, d’apprentissage et de socialisation, était devenue un lieu de tension et d’insécurité. Elle a mis en garde contre le risque de banalisation de cette violence, qui pourrait s’installer durablement dans le paysage éducatif. « Lorsque l’institution scolaire devient elle-même un théâtre de violence, cela traduit une crise profonde de la société », a-t-elle insisté.
Interrogée sur les responsabilités, Jouda Dahmane n’a pas hésité à pointer du doigt le silence du ministère de l’Éducation, qu’elle a qualifié de « préoccupant » et « irresponsable ». Elle a appelé les autorités à assumer pleinement leur rôle et à communiquer clairement sur les mesures envisagées pour endiguer ce phénomène. Tout en reconnaissant que la violence scolaire est une problématique sociétale complexe, elle a insisté sur la responsabilité spécifique de l’État dans la protection des élèves et du cadre éducatif.
Revenant sur les causes profondes de ce phénèmène, la syndicaliste a mis en évidence une multiplicité de facteurs. Parmi eux figurent l’influence des réseaux sociaux, la prolifération de la consommation de drogues à proximité des établissements, le relâchement du rôle éducatif des familles, ainsi que l’érosion de l’impact des contenus pédagogiques. À cela s’ajoute un climat social tendu, marqué par des pressions économiques et psychologiques croissantes, qui se répercutent sur le comportement des jeunes.
Jouda Dahmane a alerté également sur la vulnérabilité particulière des élèves, susceptibles d’être instrumentalisés ou recrutés par des groupes délinquants, en raison de leur fragilité psychologique et de leur jeune âge. Elle a évoqué une « crise sociale globale » qui dépasse largement le cadre scolaire et nécessite une approche multidimensionnelle.
Face à cette situation, elle a plaidé pour une stratégie globale, fondée non seulement sur des mesures sécuritaires, mais aussi sur le dialogue, la prévention et l’accompagnement. Elle a insisté sur l’importance de mobiliser l’ensemble des acteurs concernés : éducateurs, psychologues scolaires, conseillers en orientation, familles et société civile. « La réponse ne peut être uniquement répressive », a-t-elle affirmé, appelant à des actions concertées et durables.
Estimant que certaines mesures ponctuelles, comme l’interdiction des téléphones portables dans les établissements, demeurent insuffisantes si elles ne s’inscrivent pas dans une politique éducative cohérente et participative, elle a ajouté que le dialogue avec les élèves serait un levier essentiel pour prévenir les comportements violents et restaurer un climat de confiance.
Au terme de son intervention, Jouda Dahmane a lancé un avertissement sans équivoque : « Une école malade produit une société malade ». Pour elle, l’urgence est désormais d’agir afin d’éviter que la violence ne devienne une norme et ne compromette l’avenir des jeunes générations.
N.J










