Une croisière d’expédition de luxe dans l’Atlantique Sud a tourné à la crise sanitaire internationale après l’apparition de plusieurs cas d’hantavirus à bord du MV Hondius, navire néerlandais ayant quitté l’Argentine pour un voyage de 46 jours entre l’Antarctique, les îles Malouines, Sainte-Hélène et les Canaries. Trois décès ont été confirmés et plusieurs passagers ont été contaminés, déclenchant une vaste opération de traçage des contacts à l’échelle internationale. Dans ce contexte exceptionnel, les autorités sanitaires rappellent la nature rare mais potentiellement sévère de ce virus zoonotique, encore mal connu du grand public.
Le hantavirus, rare mais potentiellement grave
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les hantavirus sont un groupe de virus dits zoonotiques, transmis naturellement des animaux à l’être humain. Ils infectent principalement des rongeurs, qui en sont les réservoirs naturels. Chez ces hôtes, le virus circule de manière persistante sans provoquer de maladie apparente, facilitant ainsi sa présence discrète dans certains environnements.
Chez l’humain, l’infection reste relativement rare mais peut entraîner des formes cliniques sévères, parfois mortelles, dont la gravité varie selon le type de virus et la zone géographique concernée.
Deux formes majeures selon les régions
Parmi les nombreuses souches identifiées, seules certaines sont pathogènes pour l’être humain.
Dans les Amériques, elles sont responsables du syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus (HCPS), une affection rapidement évolutive touchant les poumons et le cœur, pouvant entraîner une détresse respiratoire aiguë et un choc.
En Europe et en Asie, les hantavirus sont principalement associés à la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (HFRS), qui affecte les reins et le système vasculaire, avec des complications parfois sévères incluant troubles de la coagulation et insuffisance rénale.
Transmission : un risque lié à l’environnement
La contamination humaine survient le plus souvent par inhalation de particules contaminées issues de l’urine, des excréments ou de la salive de rongeurs infectés. Plus rarement, des morsures peuvent être en cause.
Les situations à risque incluent les espaces confinés ou mal ventilés, les habitations infestées, ainsi que certaines activités professionnelles ou de plein air exposant aux rongeurs.
Dans la majorité des cas, il n’existe pas de transmission interhumaine. Une exception notable concerne le virus « Andes » en Amérique du Sud, pour lequel des cas limités de transmission entre personnes ont été documentés lors de contacts étroits et prolongés.
Une enquête internationale autour du MV Hondius
Dans le cas du MV Hondius, la situation inquiète particulièrement les autorités sanitaires internationales. Trois décès ont été enregistrés, dont celui du biologiste néerlandais Leo Schilperoord, 69 ans, décédé le 11 avril après l’apparition de symptômes sévères. Son épouse, également infectée, est décédée le 26 avril à Johannesburg. Un troisième décès a été confirmé, sans que l’identité de la victime n’ait été rendue publique.
Un passager britannique de 69 ans reste en soins intensifs en Afrique du Sud, tandis que deux membres d’équipage présentent encore des symptômes suspects à bord du navire, placé sous surveillance sanitaire au large du Cap-Vert.
Les autorités redoutent notamment une possible implication de la souche Andes, seule connue pour sa capacité — bien que rare — de transmission entre humains. Des analyses spécialisées sont en cours dans plusieurs pays, notamment l’Afrique du Sud, l’Angleterre et la France, pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.
Diagnostic, traitement et prévention
Le diagnostic des infections à hantavirus repose sur des analyses biologiques spécifiques, notamment la détection d’anticorps ou de matériel génétique viral. Il demeure complexe en raison de la similitude des symptômes avec d’autres maladies infectieuses et la période d’incubation du virus de six semaines.
Il n’existe à ce jour ni traitement antiviral spécifique ni vaccin. La prise en charge est uniquement symptomatique et repose sur des soins intensifs précoces, essentiels pour améliorer les chances de survie, notamment dans les formes pulmonaires graves.
La prévention repose sur la réduction des contacts avec les rongeurs et la sécurisation des environnements à risque : hygiène des locaux, stockage sécurisé des aliments, et méthodes de nettoyage adaptées des zones contaminées.
L’OMS, aux côtés de plusieurs pays, a déclenché une enquête épidémiologique internationale afin d’identifier les personnes exposées et de limiter toute propagation. Tout en appelant à la vigilance, les autorités sanitaires insistent sur le fait que le hantavirus reste une infection rare. Toutefois, sa gravité potentielle justifie une surveillance renforcée, en particulier dans des contextes atypiques comme celui d’un navire de croisière en milieu isolé.
N.J










