Alors que plusieurs figures de la société civile tunisienne sont aujourd’hui derrière les barreaux, que des responsables associatifs font l’objet d’enquêtes pour financement étranger, blanchiment d’argent ou atteinte à la sûreté de l’État, et que plusieurs organisations historiques se retrouvent sous la menace directe de la justice, Amnesty International estime que la Tunisie est engagée dans une offensive sans précédent contre son tissu associatif.
Dans un rapport publié mardi 12 mai 2026, l’organisation de défense des droits humains dresse un constat particulièrement sévère et affirme que les autorités tunisiennes recourent désormais à tout l’arsenal judiciaire et administratif pour neutraliser des associations jugées critiques ou indépendantes.
Depuis plusieurs mois, les signaux se multiplient.
La militante antiraciste Saadia Mosbah reste incarcérée dans une affaire liée notamment à la gestion de financements associatifs. Des cadres du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux ont été convoqués à plusieurs reprises par l’unité chargée des crimes financiers complexes, tandis que l’un de ses responsables fait toujours l’objet d’une interdiction de voyager.
Parallèlement, plusieurs structures emblématiques de la société civile ont été rattrapées par des décisions de suspension ou des procédures contentieuses. C’est le cas notamment de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme, d’Avocats sans frontières, de Association tunisienne des femmes démocrates, d’Aswat Nissa, de Nawaat ou encore de l’association Al Khatt, à l’origine du média d’investigation Inkyfada, visée depuis peu par une procédure de dissolution.
C’est dans ce climat déjà lourd qu’Amnesty International affirme que la situation a changé de nature
Selon l’organisation, au moins 25 associations ont fait l’objet, au cours de l’année écoulée, d’ordonnances judiciaires de suspension de trente jours. Toutes ont contesté ces décisions devant les tribunaux, sans obtenir gain de cause, ouvrant ainsi la voie à de potentielles dissolutions conformément au décret-loi 88 régissant les associations.
Heba Morayef, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty, estime que « les mécanismes juridiques et judiciaires sont instrumentalisés dans le but de réduire les voix indépendantes au silence et d’affaiblir la liberté d’expression et de réunion pacifique ».
L’organisation rappelle que la société civile tunisienne avait constitué l’un des acquis majeurs de la révolution de 2011. Quinze ans plus tard, Amnesty considère que cet espace se réduit dangereusement, entre enquêtes financières, gels d’avoirs, campagnes de dénigrement, interdictions de voyager et poursuites visant des militants ou des responsables associatifs.
Dans ses conclusions, l’ONG appelle les autorités tunisiennes à mettre fin aux suspensions qu’elle qualifie d’arbitraires, à abandonner les poursuites engagées contre les défenseurs des droits humains et à cesser d’utiliser la justice comme levier de pression contre les organisations indépendantes.
M.B.Z











