Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Volker Türk, a vivement critiqué, jeudi 7 mai 2026, la poursuite de la répression en Tunisie visant les organisations de la société civile, les journalistes, les défenseurs des droits humains, les opposants politiques, les militants et certains magistrats.
Dans un communiqué publié depuis Genève, le responsable onusien a dénoncé « l’élargissement de la répression » menée par les autorités tunisiennes à travers des poursuites judiciaires et des obstacles administratifs. Il estime que cette politique porte atteinte aux droits garantis par la Constitution tunisienne ainsi qu’aux engagements internationaux du pays en matière de droits humains.
Des ONG et associations de plus en plus ciblées par les autorités
Le Haut-Commissariat cite notamment les récentes suspensions d’organisations de défense des droits humains parmi les exemples les plus préoccupants. Mardi, un tribunal tunisien a ordonné la suspension pour trente jours de l’organisation Avocats Sans Frontières, invoquant une irrégularité réglementaire. Cette décision intervient quelques jours après une mesure similaire visant la Ligue tunisienne des droits de l’Homme.
Selon le communiqué, les autorités tunisiennes invoquent régulièrement des irrégularités liées au financement ou aux audits pour justifier ces suspensions, avec pour conséquence l’arrêt complet des activités de ces organisations. « Nous observons une tendance croissante des autorités tunisiennes à recourir à des sanctions judiciaires pour restreindre l’exercice de la liberté d’association, avec une considération minimale des principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité », a affirmé Volker Türk.
Le Haut-Commissaire a appelé les autorités tunisiennes à « libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues ou emprisonnées pour avoir exprimé leurs opinions », tout en demandant la levée des restrictions arbitraires visant les libertés d’expression et d’association.
Il a également pointé l’absence persistante d’une Cour constitutionnelle fonctionnelle en Tunisie, estimant qu’il s’agit d’une faille institutionnelle majeure dans la protection effective des droits fondamentaux.
Journalistes, liberté d’expression et décret-loi 54 dans le viseur de l’ONU
Le communiqué s’attarde également sur la situation des médias et des journalistes. Les Nations unies rappellent l’arrestation du journaliste Zied El-Heni le 24 avril dernier, sur la base d’un texte pénalisant de manière vague l’usage des réseaux de télécommunication pour « nuire à autrui ». Il demeure actuellement en détention préventive.
L’ONU souligne aussi que vingt-huit autres journalistes, parmi lesquels Mourad Zeghidi, ont été arrêtés l’année dernière, jugés puis condamnés à des peines de prison en raison d’activités liées à leur travail journalistique. Ces poursuites reposeraient principalement sur le décret-loi 54 relatif à la lutte contre les infractions liées aux systèmes d’information et de communication, régulièrement dénoncé par les organisations de défense des libertés comme un outil de criminalisation de la parole critique.
Dans son communiqué, Volker Türk rappelle que toute restriction des libertés fondamentales doit demeurer exceptionnelle, reposer sur une base légale claire, être nécessaire, proportionnée et accompagnée de garanties judiciaires effectives. Il considère que le respect de l’État de droit en Tunisie passe par des garanties institutionnelles renforcées, la protection de l’espace civique et des réformes législatives conformes aux engagements internationaux du pays.
Enfin, le Haut-Commissaire des Nations unies a averti que « les acquis démocratiques et les avancées en matière de droits humains obtenus après 2011 doivent être préservés et non progressivement démantelés ». Il a également indiqué que le Haut-Commissariat encourage les discussions en cours autour d’une révision du décret-loi 54, accusé d’être utilisé pour criminaliser certaines formes d’expression protégées, notamment les critiques visant des responsables publics.
R.B.H










