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« Ce n’est pas une affaire juridique mais politique » : la charge de Wajih Dhokkar après la suspension de l’OTJM

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Par Raouf Ben Hédi

    Au lendemain de la suspension de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM) par les autorités, son président, Wajih Dhokkar, a publié vendredi 15 mai 2026 une longue déclaration dans laquelle il dénonce une décision « arbitraire » et « politique », destinée selon lui à réduire au silence les voix critiques dans le secteur de la santé publique.

    Dans ce texte largement relayé sur les réseaux sociaux, le président de l’OTJM estime que la vague de solidarité suscitée par cette suspension dépasse largement le cadre corporatiste et traduit une prise de conscience plus large autour de la défense des libertés et du service public de santé.

    « La défense de la santé publique et du droit à l’organisation et à l’expression n’est plus une affaire catégorielle concernant uniquement les jeunes médecins », écrit-il, saluant le soutien exprimé par des citoyens, des structures syndicales, des organisations de la société civile et des acteurs des droits humains.

    « La question juridique n’est pas le cœur du problème »

    Wajih Dhokkar affirme que l’organisation préparera un dossier détaillé destiné aux services de la présidence du gouvernement et engagera des recours judiciaires contre la décision de suspension. Mais, insiste-t-il, « le véritable débat » ne réside pas dans les aspects procéduraux ou administratifs du dossier.

    Selon lui, la décision constitue avant tout « un choix politique » visant à faire taire toute voix dénonçant l’état du système de santé public et les politiques menées dans ce secteur.

    Le président de l’OTJM considère ainsi que les autorités cherchent davantage à cibler ceux qui dénoncent les dysfonctionnements qu’à répondre aux causes profondes de la crise hospitalière.

    « Un dangereux renversement des rôles »

    Dans l’un des passages les plus marquants de sa déclaration, Wajih Dhokkar évoque un « dangereux renversement des rôles ».

    Il estime qu’au lieu de rendre des comptes sur « l’échec des politiques publiques », « la dégradation des hôpitaux », « le manque d’équipements, de médicaments et de ressources humaines », ce sont désormais les jeunes médecins et leur organisation qui se retrouvent visés.

    « La voix qui révèle la crise devient la cible, au lieu des politiques qui l’ont produite », résume-t-il en substance.

    Une organisation « au service du peuple »

    Le président de l’organisation rejette également l’idée d’une structure strictement corporatiste. Il rappelle que l’OTJM a été fondée autour du slogan : « Des médecins au service du peuple et de la patrie ».

    Selon lui, l’organisation s’est toujours positionnée comme un espace militant en faveur de l’hôpital public, de la dignité des professionnels de santé et du droit des citoyens à des soins décents.

    Il affirme que la ligne de l’organisation « restera clairement alignée du côté du citoyen » et de la défense d’un système de santé « juste et humain ».

    Sensibiliser l’opinion pour réformer le secteur

    Wajih Dhokkar défend également le rôle médiatique et militant joué par l’organisation ces dernières années. Il estime qu’aucune réforme sérieuse du secteur de la santé ne peut être menée sans une prise de conscience populaire de la réalité vécue dans les établissements publics.

    Il explique que les interventions médiatiques, conférences de presse et mobilisations organisées par les jeunes médecins visaient à « révéler la réalité des hôpitaux publics » et à faire des citoyens des acteurs de la défense du service public de santé.

    Dans ce cadre, il accuse les autorités d’avoir tenté de promouvoir une image « idéalisée » du secteur sanitaire, alors que les hôpitaux subissent, selon lui, les conséquences de longues années d’austérité, de sous-financement et de pénurie de moyens humains et matériels.

    « Suspendre l’organisation ne mettra pas fin à la lutte »

    Le président de l’OTJM insiste également sur le fait que l’organisation n’est « pas une fin en soi », mais un simple outil de lutte pour défendre la santé publique.

    Même en cas de gel durable ou de dissolution, affirme-t-il, les jeunes médecins continueront à défendre « le droit à des soins dignes » et « un hôpital public à la hauteur du peuple tunisien ».

    Il rappelle aussi les conditions de travail difficiles des jeunes médecins, évoquant notamment les violences auxquelles ils sont régulièrement confrontés dans les établissements de santé.

    La question du financement au cœur de la polémique

    La suspension de l’organisation a été justifiée par des soupçons liés à des financements étrangers et à des dons. Sur ce point, Wajih Dhokkar assure que l’OTJM n’a jamais bénéficié des financements évoqués.

    Il affirme que l’organisation a toujours défendu un modèle reposant essentiellement sur le bénévolat et les contributions de ses membres, refusant tout financement susceptible d’affecter son indépendance.

    Le président de l’OTJM estime enfin que l’utilisation récurrente du dossier des financements contre les associations et organisations indépendantes ne relève pas d’une véritable défense de la souveraineté nationale, mais d’une volonté de restreindre l’espace civique et les voix critiques indépendantes.

    « Nous poursuivrons notre mobilisation et continuerons à élever la voix pour défendre l’hôpital public et le droit des Tunisiennes et des Tunisiens à des soins dignes », conclut-il.

    R.B.H

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