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Boubaker Bethabet : « Nous vivons au rythme de rumeurs qui finissent par devenir réalité »

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Par Myriam Ben Zineb

    Le bras de fer entre l’Ordre national des avocats de Tunisie et les autorités se durcit. Après le port du brassard rouge dans les tribunaux et le rassemblement organisé mardi 19 mai 2026 devant le tribunal de première instance de Tunis, le bâtonnier Boubaker Bethabet a livré un discours offensif lors d’une conférence de presse, dénonçant l’« ignorance » des revendications de la profession, les dysfonctionnements de la justice et l’absence de dialogue avec les autorités.

    Cette nouvelle étape s’inscrit dans la continuité du mouvement enclenché par le Conseil de l’Ordre après sa réunion du 13 mai. Comme déjà amorcé avec le brassard rouge, les avocats ont choisi une montée progressive de la contestation, désormais étendue à plusieurs régions du pays, avec en ligne de mire une grève générale fixée au 18 juin 2026.

    « Nos demandes se heurtent au mépris et à l’ignorance »

    Prenant la parole après le sit-in observé devant le Palais de justice de Tunis, Boubaker Bethabet a rappelé que ce mouvement n’était pas né d’une décision ponctuelle, mais de plusieurs mois de revendications restées sans réponse.

    Le bâtonnier a expliqué que le Conseil de l’Ordre avait consacré « près d’une année judiciaire entière » à présenter ses demandes, à appeler au dialogue et à attendre une réponse des autorités. Il a souligné que ces revendications ne concernaient pas uniquement la profession d’avocat, mais également « les justiciables » et « l’ensemble de la famille judiciaire ».

    Face à ce qu’il décrit comme une impasse, il a affirmé que les avocats refusaient désormais « l’indifférence » et « l’ignorance » de leurs demandes. « Ils rejettent également le déni de justice », a-t-il insisté, en présentant cette mobilisation comme une exigence de réformes et de garanties pour la justice tunisienne.

    Une mobilisation nationale qui ira jusqu’à la grève générale

    Boubaker Bethabet a insisté sur le fait que le mouvement ne se limite pas à Tunis. Il a rappelé que le port du brassard rouge, lancé dans l’ensemble des tribunaux tunisiens, se poursuivra jusqu’à la grève générale prévue le 18 juin, à laquelle doivent participer les avocats de toutes les juridictions du pays.

    Le bâtonnier a détaillé le calendrier arrêté par l’Ordre : après les sections de Tunis et Nabeul le 19 mai, d’autres mobilisations sont programmées le 21 mai dans le nord, le 25 mai dans le centre et à Sfax, le 1er juin dans le sud, puis le 8 juin dans le Sahel. Un déploiement régional qui, selon lui, vise à montrer qu’il s’agit d’une « décision nationale » prise à tous les niveaux de la profession.

    Réforme de la profession et justice « réellement indépendante »

    Au-delà de la protestation, Boubaker Bethabet a consacré une large partie de son intervention aux réformes qu’il juge nécessaires.

    Il a défendu une modernisation de la profession d’avocat, évoquant notamment la protection de la caisse de prévoyance et de retraite, qu’il a présentée comme un acquis historique aujourd’hui fragilisé. Il a affirmé que sa réforme « ne coûterait rien à l’État », tout en accusant le ministère de tutelle et d’autres structures de continuer à ignorer ce dossier.

    Le bâtonnier a également élargi le débat à la justice tunisienne, réclamant un Conseil supérieur de la magistrature « véritablement indépendant » et des garanties effectives pour les magistrats dans les nominations, affectations et mutations. Il a dénoncé un fonctionnement où la justice vit, selon lui, au rythme de rumeurs, de notes non officielles et de décisions floues qui finissent parfois par devenir réalité. une instabilité qui affecteraient directement les dossiers et les droits des justiciables.

    « Le problème est plus profond »

    Le ton s’est encore durci lorsqu’il a évoqué les dysfonctionnements du service public de la justice.

    Boubaker Bethabet a décrit des dossiers suspendus, des jugements retardés, des décisions non prêtes, des affaires bloquées pendant des mois, voire des années, ainsi que des difficultés administratives dans plusieurs tribunaux. Il a aussi évoqué des détenus en attente, des magistrats suspendus sans conseil disciplinaire effectif et des pratiques administratives qui, selon lui, finiraient parfois par primer sur le texte de loi. « La loi doit primer », a-t-il martelé.

    Dans ce contexte, il a rejeté toute lecture réduisant la crise actuelle aux seules actions des avocats : « Le problème est plus profond », a-t-il affirmé, estimant qu’il touche à l’organisation, à la gestion et à la qualité du service public judiciaire.

    Réponse frontale au ministère : L’État doit parler avec clarté !

    Boubaker Bethabet a aussi vivement réagi au communiqué publié lundi par le ministère de la Justice, qui assurait que les mouvements des avocats n’auraient aucun impact sur le fonctionnement du service public judiciaire.

    Le bâtonnier a rejeté cette lecture, estimant qu’elle ne reflétait ni la réalité du terrain ni la place centrale de l’avocat dans la chaîne judiciaire. Mais au-delà du contenu du communiqué, il a surtout dénoncé une communication institutionnelle qu’il juge fermée sur elle-même.

    Selon lui, le dialogue ne peut être remplacé par « des campagnes médiatiques », ni par « des déclarations indirectes », relayées pour défendre une position officielle sans échange direct avec la profession. Il a insisté sur le fait que « l’État doit parler avec clarté » et que « les ministères doivent exprimer leurs positions de manière transparente », regrettant que d’autres voix viennent parfois défendre ou commenter des décisions à la place des responsables directement concernés. Une manière de reprocher au ministère de la Justice de s’enfermer dans une communication unilatérale, sans véritable confrontation ni écoute des revendications portées par les avocats.

    Pour Boubaker Bethabet, cette logique ne correspond ni « à l’esprit de coopération », ni « à la logique de partenariat », ni au respect institutionnel qui devrait exister entre l’Ordre des avocats et les autorités. Malgré cette critique frontale, il a affirmé que la profession restait ouverte à « toute initiative sérieuse, positive et responsable », à condition qu’un dialogue réel soit engagé.

    M.B.Z

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