À 48 heures de l’Aïd el Kebir, il y a quelque chose qui dérange profondément dans la Tunisie d’aujourd’hui et dans sa manière d’aborder la plus importante fête religieuse du calendrier musulman. Des dizaines de milliers de familles tunisiennes ne se demandent pas quel mouton acheter. Elles se demandent si elles pourront en acheter un.
Le mouton dépasse parfois les deux mille dinars, soit plus de quatre fois le Smig. Le kilo de viande ovine a franchi les 80 dinars et pas uniquement dans les quartiers huppés. Une question s’impose alors, simple, brutale et sans détour : comment les familles modestes ou même les familles de classe moyenne peuvent-elles encore célébrer ce sacrifice ?
Un micro-trottoir réalisé ce matin par un média tunisien montrait une vieille dame presque en larmes conclure : « On te regrette Ben Ali, que Dieu t’accorde Sa miséricorde. Avec toi au moins, on mangeait à notre faim et on célébrait dignement nos aïds. »
La phrase choque. Mais elle choque moins par ce qu’elle dit sur Ben Ali que par ce qu’elle révèle sur l’actuel président.
Dans la mentalité du Tunisien moyen, profondément conservateur, l’Aïd dépasse largement sa seule dimension religieuse.
Bien sûr, le sacrifice n’est pas une obligation et ne figure pas parmi les cinq piliers de l’islam. Mais la tradition l’a progressivement transformé en quelque chose de profondément ancré, presque intouchable.
Pour beaucoup de chefs de famille, il ne s’agit plus uniquement d’un rite. C’est une question d’honneur, de responsabilité et parfois même d’image de soi.










