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Le cash n’est que la partie apparente de l’iceberg

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Par Houcine Ben Achour

    L’observation est devenue récurrente. Chaque mois, les médias scrutent l’évolution du volume des billets et monnaies en circulation, spéculant sur l’hypothèse d’un nouveau record de hausse, comme si cela constituait un péril imminent pour l’économie du pays. Rares sont ceux qui au préalable ont tenté de décrypter ce phénomène et éclairer l’opinion publique sur ses subtilités. Il ne s’agit pas là de remonter jusqu’à Jean-Baptiste Say, le père de la science économique, et sa « loi des débouchés », qui considérait que la monnaie n’est qu’« un voile jeté sur l’économie », postulant sa totale neutralité dans les échanges. Ni de faire étalage des théories de la monnaie à travers l’histoire économique. Il convenait juste de signifier qu’une croissance de la masse monétaire peut être vertueuse et non pas systématiquement un épouvantable fléau. Car, ce n’est pas la quantité de monnaie en soi qui compte, mais la manière dont elle est créée et utilisée dans l’économie.

    Il est d’abord tout à fait curieux que la quasi-totalité des universitaires et autres professionnels de l’économie, sollicités pour fournir une lecture ou un commentaire sur ce phénomène de création monétaire, ne se soient focalisés que sur le volume de billets et de monnaies en circulation, appelés dans le jargon économique « la monnaie fiduciaire », dans le langage commun, « le cash » et dans le vocabulaire de la Banque centrale de Tunisie (BCT) « les billets et monnaies en circulation (BMC) »

    Le cash ne représente que 20% de la masse monétaire

    En fait, le cash ne constitue que la partie apparente de l’iceberg monétaire. D’autres monnaies côtoient le cash. Les comptes courants, les comptes à termes et autres livrets d’épargne constituent de la monnaie immédiatement convertible en billets et monnaies. Il y a aussi la monnaie que représente tous les placements à travers le marché financier, eux aussi convertible en monnaie fiduciaire. Le cash ne représente que 20% de la masse monétaire globale du pays, appelée par la communauté des économistes « masse monétaire au sens large ou M3 ». C’est cet indicateur qui est généralement adopté dans l’analyse et la recherche économique. D’autant qu’il permet une mise en parallèle pertinente avec d’autres indicateurs macroéconomiques au premier desquels figure, bien évidemment, le Produit intérieur brut (PIB).

    C’est ainsi qu’il est généralement admis qu’une gestion saine de l’économie se traduit par une masse monétaire qui évolue de façon harmonieuse avec la croissance du PIB. Tout écart important entre les rythmes d’évolution des deux indicateurs est générateur de tensions. Le débat sur le cash s’est réduit à un débat sur un moyen de paiement et non sur la problématique de la masse monétaire.

    Le rôle de la BCT en question

    Au cours de ces cinq dernières années, la masse monétaire au sens large a augmenté au rythme moyen de 9,5% alors que le PIB à prix courants n’a évolué qu’autour de 7%. Par rapport à la croissance réelle, l’écart est encore plus important. La moyenne de croissance économique réelle au cours de la même période n’a été que de 2,5%. Autrement dit, on a créé beaucoup plus de monnaie que la production de richesses. Plus préoccupant, le phénomène s’est accéléré et l’écart d’évolution s’est particulièrement creusé durant 2024 et 2025.

    A ce stade, une question s’impose naturellement : a-t-on eu recours à la planche à billet ? Ce qui est sûr, c’est que cette augmentation sans précédent de la masse monétaire au sens large renvoie à une monétisation des émissions de créances d’État qui ne peut que générer des tensions inflationnistes. Et dans ces conditions, il est légitime de s’interroger sur le rôle de la BCT et de sa politique monétaire. Ses efforts pour réduire la liquidité ne semble pas donner des résultats probants. Certes, elle a réduit ses interventions sur la marché monétaire et l’enveloppe qu’elle détient en créances publiques. Cependant, les facilités qu’elle a accordé directement à l’État ont enregistré une hausse sans précédent. Le volume des créances sur l’Etat détenu par l’institut d’émission représente plus de 40% de son actif, selon le décompte de la situation comptable décadaire du 10 mai 2025 de la BCT.

    L’approche de l’autorité monétaire s’apparente à l’image du serpent qui se mord la queue, rendant illusoire sa politique de ciblage de l’inflation. A moins qu’elle ne décide d’administrer le contraire. Mais ce qu’on attend.

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