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La réforme de notre système éducatif : sommes-nous là pour un travail de fond ou juste pour traiter des accidents de parcours de plus en plus fréquents ?

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Par Ridha Zahrouni

    Par Ridha Zahrouni

    J’avoue que dans plusieurs de mes discussions au sujet de notre école, notamment avec des enseignants et des spécialistes, je me trouve obligé de changer de registre. Pour eux, ils sont les vrais spécialistes de notre système éducatif ; toute personne venant d’un autre secteur est soit ignorante des affaires de l’éducation, soit une personne qui ne doit pas dépasser certaines limites ni aborder des sujets qu’ils qualifient de tabous — notamment tout ce qui touche à la gestion des ressources humaines.

    La réponse à la question que je pose en titre de cette tribune me paraît essentielle pour réussir le sauvetage de notre système éducatif, ou au contraire continuer à spéculer pendant que notre école publique poursuit sa chute effrénée vers l’abîme. Entre une gestion au quotidien faite de solutions de fortune, d’interventions d’urgence pour remédier à des défaillances d’ampleur de plus en plus fréquentes et graves, et des réponses qui espèrent simplement rassurer l’opinion publique, nous ne pourrons jamais quitter l’endroit où nous avons choisi d’échouer. C’est comme si l’on confiait aux seuls mécaniciens la mission de concevoir la voiture autonome de demain : ils vont certainement optimiser le moteur existant, mais ils ne réinventeront pas la mobilité.

    Au contraire, si nous aspirons à la refonte de notre système éducatif — avec une école publique dont le cœur bat à nouveau, et dont l’objectif ultime est d’accompagner nos enfants pour qu’ils deviennent  des femmes et des hommes accomplis, c’est-à-dire de bons citoyens du monde —, la méthodologie de réflexion et de conception doit être tout autre qu’une simple gestion quotidienne du secteur, même si celle-ci parait efficace compte tenu des moyens et du temps disponibles. Effectivement, il nous faut agir sur les deux axes en faisant particulièrement attention à ne pas confondre traitement et prévention. Je prends l’exemple de la gestion de la crise du COVID-19 pour illustrer mon propos : il y a eu un personnel médical qui a travaillé sur la prise en charge des contaminés pendant que, parallèlement, des équipes de recherche œuvraient à l’élaboration d’un vaccin.

    Réformer l’école, c’est penser le système dans son ensemble

    Il faudrait tout d’abord comprendre qu’un processus d’éducation se construit par l’évolution des connaissances et des compétences d’un apprenant, en progressant dans un parcours composé d’une suite de phases : le primaire, le préparatoire, le secondaire, puis l’enseignement supérieur ou la formation technique et professionnelle. Chacune de ces phases, bien qu’elle soit conditionnée par les exigences et les termes de référence de celle qui la suit, et bien qu’elle fonctionne avec le « produit » de celle qui la précède, reste indépendante quant à son exécution, notamment dans la définition des matières à enseigner, des méthodes pédagogiques à appliquer et des systèmes d’évaluation à pratiquer.

    Il faudrait tout d’abord comprendre qu’un processus d’éducation se construit par l’évolution des connaissances et des compétences d’un apprenant, en progressant dans un parcours composé d’une suite de phases : l’enseignement primaire, préparatoire, secondaire, pour s’achever avec l’enseignement supérieur ou la formation technique et professionnelle. Chacune de ces phases, bien qu’elle soit conditionnée par les exigences et les termes de référence de celle qui la suit, et bien qu’elle fonctionne avec le « produit » de celle qui la précède, reste indépendante et autonome quant à son exécution, notamment dans la définition des matières à enseigner, des méthodes pédagogiques à appliquer et des systèmes d’évaluation à pratiquer.

    Alors, quand on me parle de solutions globales, parfois présentées comme miracles par des spécialistes ou des professionnels de l’éducation — comme l’introduction du numérique sans plan pédagogique, le changement de régime des examens ou l’amélioration des conditions matérielles des enseignants —, je reste à la fois sceptique et inquiet face à cette ignorance qui persiste au niveau de la gouvernance d’une réforme, de la conduite de projets, de la conceptualisation du système et de la confusion des niveaux d’abstraction.

    De la vision stratégique à l’exécution sur le terrain

    Il nous faut pour réussir notre réforme, des concepteurs qui remplissent tous les critères requis qui vont définir par exemple, le profil du citoyen de demain que l’on veut former ; d’autres qui traduisent ces exigences en suites de programmes à faire exécuter par phase et par phase par année d’instruction ; et enfin des enseignants qui vont être chargés de l’exécution sur le terrain. La conception d’un système éducatif relève de l’ingénierie des systèmes complexes (comme l’aéronautique ou la santé). Laisser cette tâche aux seuls enseignants ou pédagogues revient à confondre le pilote de l’avion avec l’ingénieur qui le conçoit.

     (Comme l’aéronautique ou la santé), et que laisser cette tâche aux seuls pédagogues revient à confondre le pilote de l’avion avec l’ingénieur qui le conçoit.

    BIO EXPRESS

    Ridha Zahrouni  Président de l’Association tunisienne des parents et des élèves

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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