Lors de l’événement Technovation organisé à Rabat, Mazen Saleh, Directeur principal des politiques publiques au think tank américain R Street, a livré une analyse approfondie sur la gestion des risques liés au tabac et à la nicotine, insistant sur la nécessité d’accompagner chaque consommateur selon son propre parcours plutôt que d’imposer des solutions uniformes.
Une trajectoire individuelle, pas une ligne droite
Selon Mazen Saleh, le chemin vers une meilleure santé n’est jamais linéaire. Il appelle à « rencontrer les gens là où ils se trouvent » dans leur parcours, en misant sur trois leviers complémentaires : l’accessibilité financière, la disponibilité des produits et l’accès à une information fiable permettant à chacun de faire des choix éclairés.
Il rappelle la logique en plusieurs étapes déjà connue : la prévention, pour éviter que les non-fumeurs ne commencent ; les produits de sevrage, comme les sachets de nicotine ou les gommes, pour ceux qui souhaitent arrêter. Mais entre ces deux extrêmes existe, selon lui, un vaste espace souvent négligé : celui des personnes qui ont commencé à fumer et qui, pour diverses raisons — autogestion d’un mal-être, plaisir, ancrage culturel — ne parviennent pas ou ne souhaitent pas arrêter. Pour cette catégorie, l’enjeu n’est pas de forcer l’abstinence, mais d’encourager de meilleures décisions à travers une communication fondée sur des preuves scientifiques, qui explicite clairement les niveaux de risque associés aux différentes catégories de produits.
Quand la restriction d’accès se heurte à la réalité du marché
Interrogé sur les effets d’une régulation restrictive sur les alternatives au tabac, Mazen Saleh évoque l’expérience américaine, qu’il qualifie de véritable « laboratoire naturel » des politiques publiques. Aux États-Unis, en plus de la réglementation fédérale, chaque État dispose de son propre pouvoir législatif en matière de tabac et de nicotine — ce qui permet de comparer les effets de politiques différentes sur des populations comparables.
Le constat est clair : dans les États ayant restreint l’accès aux produits à risque réduit — notamment les vapoteurs aromatisés — les ventes locales chutent effectivement. Mais dans les États voisins, les achats augmentent dans des proportions quasi équivalentes. Autrement dit, les consommateurs ne renoncent pas à ces produits : ils se déplacent simplement pour continuer à s’en procurer.
À l’échelle nationale, le phénomène prend une autre forme lorsque la prohibition est généralisée : la demande ne disparaît pas, elle se redirige vers des produits non régulés, souvent importés sans aucune autorisation, contrôle qualité ou vérification de sécurité. Mazen Saleh cite l’exemple concret des vapoteurs aromatisés interdits aux États-Unis en 2020, dont la prohibition a directement alimenté un marché parallèle non contrôlé.
Une recommandation simple aux décideurs : réguler selon le risque réel
Interrogé en conclusion sur la manière d’aborder la question du consommateur dans ce débat, Mazen Saleh a livré une réponse volontairement concise. Selon lui, la responsabilité des décideurs politiques se résume à un principe clair : réguler les produits nicotiniques — en particulier ceux à risque réduit — en fonction du niveau de risque réel qu’ils représentent pour l’individu.
Une formule simple, mais qui résume l’ensemble de son intervention : plutôt que d’imposer des interdictions uniformes, il s’agit d’adapter la réglementation à la réalité des risques propres à chaque catégorie de produits, pour mieux accompagner les consommateurs dans leurs choix.
R.B.H










