L’Institut national de la statistique a publié une projection de la population tunisienne à l’horizon 2054. Il annonce 13,3 millions d’habitants, une croissance presque nulle et une société profondément vieillissante. Mais cette trajectoire centrale repose sur une remontée encore incertaine de la fécondité, une amélioration peu expliquée du solde migratoire et des marges d’incertitude que l’Institut ne publie pas. Une évolution paraît néanmoins acquise : dès 2030, les plus de 60 ans seront plus nombreux que les enfants de moins de quinze ans.
L’Institut national de la statistique (INS) a publié un document de quatre pages, intitulé « Flash projection de la population », proposant une sorte de prospective sur ce que sera la population tunisienne en 2054. Le document est suffisamment court pour être consulté par chacun et les graphiques peuvent être vérifiés directement.
L’exercice est précieux. Dans un pays où les politiques publiques restent trop souvent gouvernées par l’urgence, disposer d’une projection à trente ans permet d’anticiper les besoins en écoles, en emplois, en logements, en hôpitaux et en retraites. Encore faut-il traduire les courbes, distinguer ce qui est déjà acquis de ce qui relève d’une hypothèse et ne pas transformer une trajectoire statistique en certitude.
Le principal enseignement du document ne réside pas dans le nombre total d’habitants annoncé pour 2054. La Tunisie ne va pas brusquement se vider. Elle devrait même continuer à gagner des habitants pendant plusieurs années.
La transformation se situe dans la composition de sa population : beaucoup moins d’enfants, davantage de personnes âgées, une prédominance féminine plus marquée et une croissance progressivement réduite à presque rien.
Le premier paradoxe doit être expliqué. La fécondité tunisienne est tombée à 1,54 enfant par femme en 2024, très en dessous du seuil nécessaire au renouvellement des générations. Pourtant, l’INS prévoit une augmentation de la population, qui passerait de 11,97 millions d’habitants en 2024 à environ 13,3 millions en 2054.
Il n’y a pas de contradiction. Une fécondité faible ne provoque pas immédiatement une baisse de la population. La Tunisie bénéficie encore d’une inertie démographique : les générations actuellement en âge d’avoir des enfants sont relativement nombreuses, car elles sont nées à une époque où la fécondité était plus élevée. Même si chaque femme a, en moyenne, moins d’enfants, le nombre total de femmes concernées permet encore de maintenir un volume de naissances supérieur à celui des décès.
En 2015, la différence entre les naissances et les décès atteignait 152.890 personnes. En 2024, cet accroissement naturel n’était plus que de 53.280 personnes. Le solde reste positif, mais il a été divisé par près de trois en neuf ans.
Le pic de 107.006 décès enregistré en 2021 sous l’effet du Covid constitue une rupture exceptionnelle. Le nombre de décès est revenu à 73.121 en 2024, sans remettre en cause la tendance structurelle à leur augmentation sous l’effet du vieillissement.










