Le 31 juillet devait être un jour de fête pour les familles Henchiri et celle de la future épouse de Ghassen. Les préparatifs du mariage étaient en cours, l’impatience grandissait et chacun attendait avec joie le moment de célébrer l’union du jeune militant pro-palestinien. Mais le calendrier familial a été rattrapé par une autre réalité. Ghassen Henchiri, détenu dans le cadre de l’affaire de la flottille Soumoud, se trouve toujours en prison.
Le 5 août 2026, son père, Sebti Henchiri, a publié un témoignage bouleversant après sa visite à son fils. Un texte qui raconte moins le dossier judiciaire que ce que signifie, pour une famille, voir l’un des siens privé de liberté et assister, impuissante, à son quotidien derrière les murs d’une prison.
« Je ne suis pas revenu comme j’étais parti », écrit le père au lendemain de sa visite. Derrière la vitre qui sépare le père de son fils, dit-il, il a laissé « une partie de son cœur ».
Depuis l’arrestation de Ghassen, Sebti Henchiri dit avoir redouté que la prison ne brise son fils, qu’elle ne lui vole son espoir ou n’éteigne cette vitalité que lui connaissent ses proches. Pourtant, lors de sa dernière visite, il dit avoir découvert un jeune homme qui tente de résister autrement.
« Je n’ai pas vu un jeune homme qui s’est résigné à sa situation », témoigne-t-il. Ghassen, selon son père, aurait choisi de faire face à l’épreuve avec patience et détermination, en essayant de préserver son équilibre psychologique malgré les conditions de détention.
Mais le moment le plus douloureux pour le père est peut-être ailleurs. Car Ghassen, raconte-t-il, chercherait désormais à rassurer sa propre famille.
Il choisit ses mots, sourit lorsque la tristesse gagne ses proches et tente de les réconforter, alors même que c’est lui qui traverse l’épreuve. « Le fils est devenu celui qui porte les préoccupations de ses parents », écrit Sebti Henchiri.
Une force qui, selon lui, ne doit toutefois pas faire oublier l’essentiel : derrière cette capacité à tenir, il y a un jeune homme qui demeure vulnérable et dont les capacités d’endurance ne sont pas sans limites.
« Il partage encore son lit avec trois autres détenus »
Parmi les préoccupations exprimées par son père figurent les conditions matérielles de détention.
Selon son témoignage, Ghassen Henchiri partage toujours un même lit avec trois autres détenus. Une situation que Sebti Henchiri considère comme particulièrement éprouvante, notamment au regard des fortes chaleurs qui frappent actuellement le pays.
Pour lui, la question dépasse largement celle du confort. Elle touche à la dignité du détenu et aux conditions minimales dans lesquelles doit s’effectuer une privation de liberté.
« La peine est la privation de liberté, pas la privation de dignité », résume en substance le père, qui appelle les autorités à garantir à son fils les conditions prévues par les règles régissant la vie carcérale.
À cette situation s’ajoute, selon son témoignage, un problème de santé qui continue de l’inquiéter. Ghassen Henchiri souffre toujours de fortes douleurs à la tête, que son père relie aux violences subies lors de l’interception de la flottille Soumoud par les forces israéliennes.
Une douleur persistante qui nourrit les interrogations du père : son fils bénéficie-t-il du suivi médical nécessaire ? Son état de santé est-il correctement pris en charge ? Et comment un parent peut-il être rassuré lorsqu’il sait que son enfant souffre à plusieurs kilomètres de lui, sans pouvoir intervenir ?
De l’eau, de l’électricité et un message pour les autres détenus
Lors de la visite, Ghassen Henchiri n’a d’ailleurs pas seulement parlé de sa propre situation.
Selon son père, il lui a demandé de témoigner également des conditions vécues par ses compagnons de détention. Il lui a notamment parlé de coupures répétées d’eau et d’électricité et de périodes durant lesquelles l’eau potable vient à manquer, dans un contexte rendu encore plus difficile par les températures élevées.
Sebti Henchiri insiste sur un point, son fils ne lui a pas demandé de parler uniquement de lui.
« Il ne se plaignait pas pour lui-même », explique-t-il en substance. Ghassen souhaitait surtout que la réalité vécue derrière les murs de la prison soit connue.
Le père dit ainsi ne pas parler uniquement en tant que père d’un détenu. Il dit parler en tant que parent, conscient que derrière chacun des jeunes détenus se trouvent une mère qui attend, un père qui s’inquiète et une famille suspendue à l’espoir d’un prochain rendez-vous derrière une vitre.
Le mariage remplacé par une visite en prison
Quelques jours plus tôt, les familles auraient dû se retrouver pour un tout autre rendez-vous.
Le 31 juillet, Ghassen Henchiri devait se marier. Les préparatifs étaient engagés et les deux familles attendaient avec impatience ce qui devait être un moment de bonheur partagé. Au lieu de cela, le jeune homme a passé cette période en détention, loin de sa famille et de celle qu’il devait épouser.
Cette date donne une dimension encore plus brutale au témoignage de son père. Derrière le dossier judiciaire et les procédures, il y a aussi une vie personnelle suspendue, des projets reportés et une famille qui continue d’attendre.
Sebti Henchiri assure ne demander aucun privilège pour son fils. Il réclame seulement, écrit-il, qu’il soit traité comme tout citoyen et puisse attendre que la justice se prononce hors de prison.
Son appel s’adresse ainsi aux autorités judiciaires, auxquelles il demande d’examiner le dossier de Ghassen et de ses compagnons « avec la loi, la justice et l’humanité », et de privilégier leur remise en liberté et leur poursuite en état de liberté, conformément aux garanties prévues par la Constitution et les lois tunisiennes.
« Je ne demande pas un privilège pour mon fils, ni un traitement particulier », insiste-t-il. « Tout ce que je souhaite, c’est qu’il bénéficie de ce que la loi garantit à chaque citoyen et qu’il rentre chez lui en attendant que la justice dise son mot. »
La dernière phrase de son témoignage résume peut-être à elle seule l’état d’esprit de cette famille. Ghassen résiste, dit son père, et les siens résistent avec lui « par l’espoir ».
Le jeune homme qui devait franchir une nouvelle étape de sa vie le 31 juillet attend désormais derrière les murs d’une prison que la justice tranche son sort.
« La liberté pour Ghassen Henchiri. La liberté pour les détenus de la flottille Soumoud », conclut son père.
R.B.H











Commentaire
Gg
Amusant.
Il parle de dignité et il porte le chiffon des terroristes du hamas.
Cherchez l’erreur…