Le nombre de femmes tuées en Tunisie dans des affaires de féminicide connaît une progression préoccupante ces dernières années. Dans une publication commune, l’association Aswat Nissa et la campagne « Féminicides Tunisie » alertent sur l’évolution du phénomène et appellent à ne plus considérer ces crimes comme de simples faits divers.
Selon les chiffres qu’elles ont publiés, le nombre de féminicides recensés est passé de six en 2018 à trente en 2025. Une progression qui, au-delà des statistiques, traduit une réalité humaine faite de vies brisées et de familles endeuillées.
Des chiffres en forte progression
La tendance apparaît clairement à la lecture des données publiées par les deux organisations. Alors que six féminicides avaient été recensés en 2018, leur nombre a atteint 25 en 2023, avant de passer à 29 en 2024 puis à 30 en 2025. En l’espace de sept ans, le nombre de femmes tuées dans des affaires de féminicide a ainsi été multiplié par cinq.
Ces chiffres doivent toutefois être replacés dans leur dimension humaine. Derrière chaque cas recensé se trouve une femme, une famille et une histoire brutalement interrompue.
« Derrière chaque chiffre, une femme »
Le message porté par Aswat Nissa et la campagne « Féminicides Tunisie » insiste précisément sur cette dimension.
« Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques », soulignent les organisations, rappelant que chaque victime représente une vie, des projets et des proches confrontés à une perte irréversible.
Cette démarche vise également à inscrire les féminicides dans une problématique plus large : celle de la violence à l’égard des femmes et de la capacité des institutions à prévenir les passages à l’acte et à protéger les victimes.

2026, une série qui se poursuit
Les deux organisations affirment que les féminicides se poursuivent en 2026, dénonçant ce qu’elles qualifient de « silence de l’État » et de « laxisme » dans la protection des femmes victimes de violences.
Une accusation lourde, qui met directement en cause l’efficacité des mécanismes de prévention et de protection existants.
Au-delà de la dénonciation, leur appel porte également sur la nécessité de documenter systématiquement chaque crime et de garantir la justice aux victimes.
Documenter, protéger, sanctionner
Pour Aswat Nissa et « Féminicides Tunisie », la lutte contre les féminicides ne peut se limiter à réagir après chaque meurtre. Elle suppose également de comprendre les mécanismes qui conduisent à ces crimes, d’identifier les situations de danger et de renforcer la protection des femmes exposées aux violences.
Les organisations insistent ainsi sur trois exigences : documenter les crimes, rendre justice aux victimes et lutter contre l’impunité.
Car derrière les 30 cas recensés en 2025, il y a 30 femmes dont la mort aurait, dans certains cas, pu être évitée. Et derrière chaque nouveau féminicide en 2026 se pose à nouveau la même question : les dispositifs de protection arrivent-ils à temps ?
Pour les associations mobilisées sur cette question, l’enjeu n’est donc plus seulement de compter les victimes, mais de faire en sorte que ces chiffres cessent d’augmenter.
S.H












