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Tunisie – Les persécutées de la République

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Service IA, Business News

Par Maya Bouallégui

    À la veille du 13 août, le pouvoir célébrera une nouvelle fois les acquis de la femme tunisienne. Derrière les discours officiels, plusieurs Tunisiennes passeront pourtant cette fête en prison. D’autres la vivront en exil, condamnées ou poursuivies pour leur engagement politique, leur travail journalistique ou leurs prises de position. Cette liste, nécessairement non exhaustive, raconte une République qui célèbre les femmes tout en réduisant certaines d’entre elles au silence.

    Le 13 août demeure l’une des dates les plus solennelles du calendrier tunisien. Depuis la promulgation du Code du statut personnel en 1956, le pouvoir y célèbre volontiers une exception tunisienne, faite d’émancipation, de modernité et de droits acquis avant beaucoup d’autres pays de la région.

    En 2026, les discours officiels ne manqueront probablement pas de rappeler cet héritage. Ils parleront de la place des femmes dans la société, de leur réussite dans les études, de leur présence dans l’administration et de leur accès aux plus hautes fonctions.

    Ils oublieront celles qui ne peuvent entendre ces hommages que depuis une cellule ou un pays étranger.

    Les femmes présentées ici n’appartiennent ni au même courant politique ni au même univers idéologique. Certaines se sont même violemment opposées les unes aux autres. Elles ont cependant en commun d’avoir été arrêtées, condamnées ou contraintes à l’exil après avoir contrarié le pouvoir, défendu des opposants, contesté une élection, dénoncé le racisme ou simplement exercé leur liberté d’expression.

    Les autorités leur attribuent des infractions pénales, parfois extrêmement graves. La dimension politique de leurs affaires ne résulte donc pas de l’absence formelle d’accusations, mais du contexte dans lequel les procédures ont été engagées, de la disproportion des peines, de l’accumulation des dossiers et des graves atteintes aux droits de la défense dénoncées par leurs avocats et par les organisations de défense des droits humains.

    Celles qui passeront le 13 août derrière les barreaux

    Chaïma Aïssa, vingt ans pour un « complot » : Militante politique, écrivaine et membre du Front de salut national, Chaïma Aïssa avait été arrêtée une première fois le 22 février 2023 dans l’affaire dite du complot contre la sûreté de l’État. Libérée en juillet de la même année après plusieurs mois de détention provisoire, elle avait continué à prendre part aux manifestations et à dénoncer le pouvoir de Kaïs Saïed.

    Condamnée à 18 ans de prison en première instance, elle a vu sa peine portée à vingt ans en appel le 28 novembre 2025. Le lendemain, des policiers en civil l’ont interpellée alors qu’elle participait à une manifestation à Tunis. Les organisations de défense des droits humains qualifient le procès du complot de procédure politique destinée à neutraliser les principales figures de l’opposition. Chaïma Aïssa paie ses rencontres avec des diplomates étrangers et son engagement au sein d’une coalition opposée au président de la République.  

    Hajer Aouadi, une publication devant le pôle antiterroriste : Militante politique et blogueuse, proche des milieux islamistes radicaux (Al Karama), Hajer Aouadi a été arrêtée en janvier 2026 avant qu’un juge d’instruction du pôle judiciaire antiterroriste émette un mandat de dépôt à son encontre.

    Les poursuites reposent sur des publications Facebook dans lesquelles elle mettait en doute certains éléments de la version officielle d’une opération antiterroriste menée à Majel Bel Abbès. Ses propos ont été assimilés à une glorification du terrorisme. Une publication critique et polémique s’est ainsi retrouvée traitée par la justice antiterroriste, avec les garanties réduites et les peines très lourdes que permet ce cadre juridique.  

    Siwar Bargaoui, une première expérience politique payée au prix fort : Siwar Bargaoui n’avait que 24 ans lorsque l’élection présidentielle de 2024 a fait basculer sa vie. Diplômée de l’Institut de presse et des sciences de l’information, elle faisait ses premiers pas en politique au sein du mouvement Azimoun. Pour cette première expérience, elle avait rejoint l’équipe de campagne d’Ayachi Zammel et participé à la collecte des parrainages nécessaires à cette élection.

    Arrêtée une première fois en août 2024, puis remise en liberté, elle a été de nouveau incarcérée le 27 septembre alors qu’elle se rendait au commissariat pour satisfaire à son contrôle administratif. Elle a ensuite été condamnée à quatre ans et sept mois de prison dans des affaires liées à la falsification et à l’utilisation présumées de documents électoraux. Huit autres procédures portant sur les mêmes parrainages demeurent pendantes à son encontre.

    Le contraste est désormais saisissant. Ayachi Zammel, candidat pour lequel elle s’était engagée, a été libéré le 23 juillet 2026 à la faveur d’une grâce présidentielle. Siwar Bargaoui, novice en politique et poursuivie dans les mêmes dossiers, est restée derrière les barreaux. Le candidat a retrouvé sa liberté ; la jeune femme qui l’avait aidé à se présenter continue de payer le prix de cette candidature.

    Olfa Hamdi, détenue dans l’opacité : Ancienne PDG de Tunisair et dirigeante du parti de la Troisième République, Olfa Hamdi résidait à l’étranger lorsqu’elle a décidé de rentrer en Tunisie. Elle a été arrêtée à son arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage, le 15 février 2026, en application d’un avis de recherche émis notamment à la demande de la justice militaire.

    Sa demande de libération a été rejetée et elle a été renvoyée devant la chambre criminelle du tribunal militaire permanent de Tunis. Plusieurs mois après son arrestation, les autorités n’ont toujours pas présenté publiquement une version détaillée et intelligible des faits qui lui sont reprochés. Sa famille refuse toute médiatisation et toute politisation de son affaire.

    Avant son retour, Olfa Hamdi critiquait ouvertement Kaïs Saïed, contestait sa légitimité et appelait à la formation d’un gouvernement de transition ainsi qu’à une élection présidentielle anticipée.  

    Leïla Kallel, la collaboratrice devenue accusée : Secrétaire générale de l’Union populaire républicaine et proche collaboratrice de Lotfi Mraïhi, Leïla Kallel a été arrêtée le 5 juillet 2024. Son placement en détention est intervenu dans le cadre des poursuites visant le président de l’UPR, qui avait annoncé son intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2024.

    Elle est poursuivie dans des dossiers à caractère financier liés notamment à des mouvements de fonds, des opérations bancaires et des soupçons de blanchiment. Elle a été condamnée à trois ans de prison en avril 2026 et demeure citée dans d’autres procédures concernant Lotfi Mraïhi. Ici encore, la chronologie est difficile à dissocier de la politique : les poursuites se sont accélérées au moment où le dirigeant de son parti préparait sa candidature à la présidentielle.

    Saadia Mosbah, huit ans pour avoir combattu le racisme : Fondatrice et présidente de l’association Mnemty, Saadia Mosbah est l’une des principales figures tunisiennes de la lutte contre le racisme. Elle a été arrêtée à son domicile le 6 mai 2024, au lendemain d’une intervention télévisée durant laquelle elle avait dénoncé les attaques visant les migrants subsahariens et les organisations leur apportant une assistance.

    Placée en détention provisoire en mai 2024, elle a été condamnée en mars 2026 à huit ans de prison pour blanchiment d’argent et enrichissement illicite. La peine a été confirmée en appel en juin. Ses défenseurs soulignent qu’une expertise financière avait conclu au caractère légal et limité des opérations de l’association. Ils estiment que Saadia Mosbah est punie pour son engagement antiraciste et pour avoir contesté le discours officiel sur les migrants.  

    Abir Moussi, l’opposante arrêtée devant Carthage : Présidente du Parti destourien libre, Abir Moussi est détenue depuis le 3 octobre 2023. Elle avait été arrêtée aux abords du palais de Carthage alors qu’elle tentait de déposer un recours contre des décrets présidentiels relatifs au découpage électoral. L’acte politique et administratif s’est rapidement transformé en affaire criminelle.

    Poursuivie notamment pour tentative de changer la forme de l’État, incitation à la violence et provocation au désordre, elle a été condamnée à douze ans de prison en décembre 2025. La peine a été ramenée à dix ans en appel en mars 2026, auxquels s’ajoute une autre condamnation de deux ans pour ses critiques du processus électoral.  

    Celles que la prison attend au retour

    La prison politique tunisienne dépasse désormais les murs de la Manouba, de Mornaguia ou de Belli. Elle commence à l’aéroport, à la frontière ou au premier contrôle d’identité. Plusieurs Tunisiennes vivent aujourd’hui à l’étranger parce qu’un retour les exposerait immédiatement à l’arrestation.

    Cette seconde liste n’est pas davantage exhaustive. Elle réunit des avocates, des journalistes, des militantes et même une ancienne proche collaboratrice du chef de l’État. Certaines sont déjà condamnées par contumace. D’autres font l’objet d’une accumulation de procédures qui rend leur retour pratiquement impossible.

    Chahrazed Akacha, 27 ans par contumace : Journaliste indépendante, Chahrazed Akacha vit en exil depuis plusieurs années. Elle avait déjà été poursuivie et emprisonnée après ses critiques de responsables politiques et sécuritaires. Son nom a ensuite été intégré à l’imposant dossier Instalingo.

    Elle a été condamnée par contumace à 27 ans de prison, une peine confirmée en appel en janvier 2026. Officiellement poursuivie dans une affaire mêlant complot contre la sûreté de l’État, changement de la forme de l’État et offense au chef de l’État, elle figure parmi les journalistes contre lesquels ont été prononcées les peines les plus lourdes depuis l’indépendance.  

    Nadia Akacha, de Carthage à l’exil : Ancienne directrice du cabinet présidentiel et longtemps considérée comme la plus proche collaboratrice de Kaïs Saïed, Nadia Akacha a quitté ses fonctions en janvier 2022 avant de s’installer à l’étranger. Depuis sa rupture avec le palais, elle a été poursuivie dans plusieurs grandes affaires judiciaires, dont Instalingo et le second dossier de complot contre la sûreté de l’État.

    Elle a été condamnée par contumace à de très lourdes peines, dont 35 ans de prison dans l’une de ces affaires. Son parcours possède une force symbolique particulière : même une ancienne gardienne des secrets de Carthage, juriste et architecte des premières années du pouvoir, est devenue une personne recherchée dès lors qu’elle a rompu avec le président.

    Bochra Belhaj Hmida, 33 ans pour une vie de combats : Avocate, militante féministe et ancienne présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates, Bochra Belhaj Hmida a été poursuivie dans l’affaire du complot contre la sûreté de l’État. Elle a été condamnée par contumace à 33 ans de prison, après un procès dénoncé par les organisations internationales pour ses atteintes aux droits de la défense. Celle qui a consacré plusieurs décennies aux libertés individuelles et à l’égalité entre les femmes et les hommes ne peut désormais rentrer dans son pays sans risquer une arrestation immédiate.  

    Dalila Ben Mbarek Msaddek, sept poursuites et l’exil : Avocate de plusieurs détenus politiques et sœur de Jaouhar Ben Mbarek, Dalila Ben Mbarek Msaddek est visée par sept procédures, pour l’essentiel fondées sur le décret-loi 54. Ses interventions médiatiques sur l’affaire du complot, les conditions de détention et les violations des droits de la défense ont été transformées en autant de dossiers judiciaires. Condamnée une première fois en janvier 2026 à quinze jours de prison, elle a fini par quitter la Tunisie.

    La répression a ainsi dispersé une même famille : Jaouhar Ben Mbarek en prison, sa sœur Dalila contrainte à l’exil et leur père, Ezzedine Hazgui, 82 ans, ancien prisonnier politique et militant historique, resté seul à Tunis.

    Ghofrane Binous, condamnée avec Mnemty : Militante antiraciste et membre de Mnemty, Ghofrane Binous vit aujourd’hui à l’étranger. Elle a été jugée avec Saadia Mosbah et les autres membres de l’association dans le dossier portant sur son financement.

    Condamnée par contumace à trois ans de prison, peine confirmée en appel en juin 2026, elle ne peut rentrer en Tunisie sans s’exposer à l’exécution du jugement. Comme Saadia Mosbah, elle est officiellement poursuivie pour des infractions financières. Mais les défenseurs de l’association considèrent que les accusations servent à démanteler une organisation qui avait refusé de se taire face au racisme et au traitement infligé aux migrants subsahariens.  

    Khaoula Boukrim, quatre ans pour du journalisme : Fondatrice du média en ligne TuMedia, Khaoula Boukrim a quitté la Tunisie pour Paris en décembre 2025 après avoir appris que plusieurs procédures étaient préparées contre elle. Le 9 juin 2026, elle a découvert qu’elle avait été condamnée par contumace à quatre ans de prison dans deux affaires distinctes fondées sur le décret-loi 54.

    La journaliste affirme que ces condamnations sont directement liées à son travail et à ses critiques du président de la République et de son entourage. Aucun crime violent, aucun complot et aucun détournement ne lui sont reprochés : les deux peines sanctionnent des publications et des prises de position journalistiques.  

    Ramla Dahmani, condamnée pour avoir parlé de sa sœur : Installée en France, Ramla Dahmani est devenue la principale voix publique de sa sœur Sonia pendant son incarcération. Elle a dénoncé ses conditions de détention, son état de santé et le traitement que lui réservait l’administration pénitentiaire.

    Le 1er juillet 2025, elle a été condamnée par contumace à deux ans de prison ferme en vertu du décret-loi 54 pour diffusion présumée de fausses informations. Elle affirme avoir découvert le jugement après sa prononciation, sans avoir été convoquée ni mise en mesure de se défendre. En voulant empêcher Sonia Dahmani d’être oubliée en prison, Ramla Dahmani s’est elle-même fermé la possibilité de rentrer librement en Tunisie.

    Soumaya Ghannouchi, condamnée dans l’ombre de son père : Fille de Rached Ghannouchi et directrice de journal, Soumaya Ghannouchi vit à Londres (elle a la nationalité britannique) et a été condamnée par contumace dans plusieurs volets de l’affaire Instalingo. Elle a notamment écopé de 25 ans de prison en février 2025, puis de dix ans supplémentaires dans un dossier financier jugé en avril 2026.

    Les poursuites la présentent comme une protagoniste de circuits liés à Instalingo et à l’entourage d’Ennahdha. Leur dimension politique est cependant difficile à dissocier de l’offensive judiciaire menée contre son père, son époux Rafik Abdessalem et plusieurs membres de sa famille. Un retour en Tunisie l’exposerait immédiatement à l’exécution de ces condamnations.

    Bien au-delà de ces noms

    Ces deux listes classées par ordre alphabétique ne prétendent pas recenser toutes les Tunisiennes frappées par la répression. Elles ne disent rien, notamment, de celles qui ont retrouvé la liberté après des mois ou des années de détention, mais restent poursuivies. Elles ne rendent pas davantage compte de toutes celles qui vivent encore en Tunisie avec une condamnation, une interdiction de voyager ou la menace permanente d’une arrestation.

    Sihem Bensedrine se trouve dans cette zone d’attente. L’ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité, détenue pendant plus de six mois avant d’être libérée provisoirement en février 2025, a été condamnée en juin 2026 à 25 ans de prison dans deux affaires liées à son travail à la tête de l’Instance. Elle est libre aujourd’hui, mais sous le poids de deux peines qui pourraient la ramener en prison et de poursuites dans de nouvelles affaires fiscales.

    D’autres femmes ont été poursuivies, menacées ou contraintes de quitter le pays. Les situations de Mariem Azzouz Tabib, Fatma Ezzahra Ltifi, Feryel Charfeddine, Arroi Baraket, Amel Aloui et Wifek Miri doivent également être rappelées, même si elles ne relèvent pas toutes du même statut judiciaire.

    L’article ne revient pas non plus en détail sur celles qui ont connu la prison avant d’être libérées : Sonia Dahmani, Sherifa Riahi, Chadha Hadj Mbarek, Mariem Sassi et Salwa Ghrissa. Leur libération n’efface ni les mois ou les années de détention ni, pour certaines, les procédures encore pendantes.

    Les situations diffèrent, mais le mécanisme demeure : une procédure s’ouvre, les convocations se multiplient, la menace s’installe et la vie entière finit par s’organiser autour d’un tribunal, d’une prison ou de l’impossibilité de rentrer au pays.

    Les femmes réunies dans cet article n’appartiennent pourtant pas au même camp. Chaïma Aïssa et Abir Moussi ont peu de choses en commun. Saadia Mosbah combattait le racisme, Siwar Bargaoui découvrait la politique, Khaoula Boukrim exerçait son métier de journaliste et Ramla Dahmani défendait sa sœur. Ce ne sont ni une organisation ni un courant idéologique. C’est la répression qui a composé cette liste.

    Le 13 août, les autorités célébreront les acquis de la femme tunisienne. Elles vanteront probablement sa réussite, son courage et sa place dans la République. Mais une République ne peut pas célébrer les femmes en général et persécuter, une par une, celles qui la contredisent. Les discours rendront hommage à la femme tunisienne abstraite. Les cellules, les tribunaux et l’exil raconteront ce qu’elle devient lorsqu’elle refuse de se taire.

    Maya Bouallégui

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    7 commentaires

    1. Roberto Di Camerino

      Répondre
      13 août 2026 | 13h27

      Poursuivie notamment pour tentative de changer la forme de l’État,
      Abir Moussi veut faire une democracie d’un regime fasciste et totalitaire.

    2. jamel.tazarki

      Répondre
      13 août 2026 | 10h06

      Introduction: L’effondrement socio-économique, politique et judiciaire de la Tunisie est la conséquence directe de la médiocrité de ses constitutions et de ses lois électorales, qu’elles soient antérieures ou postérieures au putsch.
      –>
      Voir mes commentaires sur le lien suivant:

      ps://businessnews.com.tn/2026/03/27/abir-moussi-et-seif-eddine-makhlouf-le-cout-politique-du-chaos/1393831/

      a) La constitution ou la loi électorale d’un pays sont aussi des systèmes axiomatiques qui devraient être validés et améliorés en permanence pour que la démocratie s’adapte aux changements scientifiques et socioculturels –> un pont entre la logique formelle, la philosophie des sciences et le droit constitutionnel
      a1) Une Constitution et une loi électorale fonctionnent exactement comme un système axiomatique :
      – Les axiomes : Ce sont les principes fondamentaux (les droits de l’homme, la souveraineté du peuple, le principe « un citoyen = une voix »). Ils ne se démontrent pas, ils sont posés comme points de départ indiscutables.
      – Les théorèmes : Ce sont les lois ordinaires et les décrets, qui doivent obligatoirement être déduits et conformes aux « axiomes » constitutionnels.
      – La non-contradiction : C’est le rôle du Conseil constitutionnel ou de la Cour suprême, qui vérifie qu’une nouvelle loi ne contredit pas la Constitution.
      ——————————————-
      a2) Sur le plan poppérien (La falsifiabilité sociale) –> Une Constitution n’est jamais parfaite ni définitive. Elle est une hypothèse de travail pour faire vivre une société. Comme le disait Karl Popper, la démocratie est le seul système politique qui permet de « falsifier » (réfuter) des politiques ou des gouvernants par le vote, sans effusion de sang. Pour s’adapter aux évolutions, ce système doit être révisé en permanence:
      – Changements scientifiques : L’apparition d’Internet, de l’intelligence artificielle ou des technologies de surveillance force à modifier les lois (parfois la Constitution) pour protéger la vie privée ou réguler le vote électronique.
      – Changements socioculturels : L’évolution des mœurs (mariage pour tous, parité hommes-femmes en politique) exige de réécrire les règles pour que le système reste « cohérent » avec la réalité du peuple qu’il régit.
      – Si un système juridique refuse de s’adapter, il devient rigide, crée des contradictions avec la société réelle, et finit par s’effondrer (révolution ou crise démocratique). C’est pour cela que la Constitution prévoit presque toujours ses propres mécanismes de révision (les amendements).

      b) différencier entre les sciences formelles et Sciences empiriques
      b1) . Sciences formelles (Mathématiques et Logique) –> Dans un système mathématique, un axiome n’est jamais réfuté par l’expérience, car il ne décrit pas le monde réel.
      – On parle de validité sémantique uniquement par rapport à un modèle : un modèle est une structure mathématique où l’on attribue un sens aux symboles de manière à ce que les axiomes choisis se vérifient.
      – Si un système mathématique s’effondre, ce n’est pas parce qu’un axiome est réfuté par des faits, mais parce qu’on a découvert une contradiction interne (le système n’était pas cohérent)
      ——————————-
      b2) Sciences empiriques et Falsifiabilité (Karl Popper) –> Dès que l’on applique un système axiomatique pour décrire le monde réel (comme en physique), Íl n’y a pas d’axiomes valides. Il n’y a que des axiomes non encore refutés, d’après la falsifiabilité de Karl Popper.
      – Selon Karl Popper, une théorie scientifique n’est jamais définitivement « vraie » ou « validée ».
      – Elle est seulement non encore réfutée (non falsifiée) par l’expérience.
      – Les principes fondamentaux (qui jouent le rôle d’axiomes dans une théorie physique, comme les lois de Newton ou les postulats de la relativité) restent des hypothèses suspendues à l’épreuve des faits.
      ——————————-
      b3) Les 3 piliers d’un système axiomatique –> la logique moderne (depuis Hilbert) exige qu’un système idéal réponde à ces trois critères:
      – La non-contradiction (Cohérence) : Impossible de démontrer simultanément « P » et « non-P ». C’est le critère obligatoire
      – L’indépendance : Aucun axiome ne peut être déduit des autres. Si c’était le cas, cet axiome serait un théorème, et il serait redondant.
      – La complétude : Le système est assez puissant pour décider du sort de chaque proposition (soit elle est démontrable, soit sa négation l’est).

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    3. jamel.tazarki

      Répondre
      13 août 2026 | 9h54

      C) La constitution ou la loi électorale d’un pays sont aussi des systèmes axiomatiques qui devraient être validés et améliorés en permanence pour que la démocratie s’adapte aux changements scientifiques, socioculturels, etc.
      c1) La Constitution –> Une Constitution et une loi électorale fonctionnent exactement comme un système axiomatique :
      – Les axiomes : Ce sont les principes fondamentaux (les droits de l’homme, la souveraineté du peuple, le principe « un citoyen = une voix »). Ils ne se démontrent pas, ils sont posés comme points de départ indiscutables.
      – Les théorèmes : Ce sont les lois ordinaires et les décrets, qui doivent obligatoirement être déduits et conformes aux « axiomes » constitutionnels.
      – La non-contradiction : C’est le rôle du Conseil constitutionnel ou de la Cour suprême, qui vérifie qu’une nouvelle loi ne contredit pas la Constitution.
      ——————————-
      c2) La constitution sur le plan poppérien (La falsifiabilité sociale) –> Une Constitution n’est jamais parfaite ni définitive. Elle est une hypothèse de travail pour faire vivre une société. Comme le disait Karl Popper, la démocratie est le seul système politique qui permet de « falsifier » (réfuter) des politiques ou des gouvernants par le vote, sans effusion de sang. Pour s’adapter aux évolutions, ce système doit être révisé en permanence :
      – Changements scientifiques : L’apparition d’Internet, de l’intelligence artificielle ou des technologies de surveillance force à modifier les lois (parfois la Constitution) pour protéger la vie privée ou réguler le vote électronique.
      – Changements socioculturels : L’évolution des mœurs (parité hommes-femmes en politique) exige de réécrire les règles pour que le système reste « cohérent » avec la réalité du peuple qu’il régit.
      – Si un système juridique refuse de s’adapter, il devient rigide, crée des contradictions avec la société réelle, et finit par s’effondrer (révolution ou crise démocratique). C’est pour cela que la Constitution prévoit presque toujours ses propres mécanismes de révision (les amendements).
      ————————————————
      c3) Des « axiomes » politiques traduits en conjectures réfutables –> Lorsqu’un État conçoit une règle électorale, il pose une conjecture (une prédiction) sur le comportement humain et la stabilité démocratique :
      – Les lois électorales d’avant et d’après le putsch ont échoué à produire l’effet prédit. Les lois électorales d’après le putsch sont pires que celles d’avant le putsch. Voir mes commentaires sur le lien suivant:

      https://businessnews.com.tn/2026/03/27/abir-moussi-et-seif-eddine-makhlouf-le-cout-politique-du-chaos/1393831/

      —————————————–
      C4) La loi électorale comme modèle prédictif testable –> Les lois électorales se prêtent particulièrement bien à la falsification empirique car leurs résultats sont quantifiables (données électorales, taux d’abstention, indices de polarisation)
      ——————————-
      C5) La Constitution comme système « auto-correcteur » poppérien –> Pour Karl Popper, la supériorité de la démocratie sur les régimes autoritaires réside dans sa capacité à éliminer les erreurs sans éliminer les hommes.
      – Une Constitution bien conçue est un système axiomatique ouvert qui organise sa propre falsification. Elle intègre le fait que ses lois et ses dirigeants peuvent échouer.
      – Le mécanisme des amendements constitutionnels, le contrôle de constitutionnalité et le vote périodique sont les instruments scientifiques qui permettent de « corriger les erreurs » de l’hypothèse de départ lorsque la société ou la technologie (comme l’arrivée de l’IA) changent les règles du jeu.
      ——————————-
      C6) L’élément humain –> La seule limite qui sépare les sciences politiques des sciences dures (comme la physique) est que l’objet d’étude – l’électeur et le politicien – s’adapte en temps réel aux règles. Dès qu’une loi électorale est posée, les acteurs politiques développent des stratégies pour la contourner (Loi de Goodhart). C’est une science empirique vivante, où le système testé réagit activement au test.

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

      • jamel.tazarki

        Répondre
        13 août 2026 | 11h45

        La suite est la section « D » ci-dessous « L’analyse de la réforme du mode de scrutin municipal de 2025 en France en tant qu’exemple de réfutation »

    4. jamel.tazarki

      Répondre
      12 août 2026 | 21h35

      Je ne peux pas imaginer que Kais Saied puisse encore avoir la conscience tranquille en sachant que la plupart de ces femmes sont emprisonnées à tort et abusivement!

      J’appelle à la libération de Mr. Ayachi Zammel et de Mme Siwar Bargaoui, emprisonnés injustement depuis des années. Aucune preuve convaincante de leur culpabilité n’a en effet été apportée. D’ailleurs, une juge tunisienne a libéré M. Zammel et Mme Bargaoui, mais d’autres juges l’ont contredite, ce qui a eu des conséquences fatales pour elle.

      La responsabilité incombe principalement à une loi électorale et à une Constitution très mal conçues, pleines d’erreurs de raisonnement et de pensée ! La loi électorale de Kais Saied est inutilisable dans sa version actuelle !

      Monsieur Kais Saied, ayez le courage de libérer ces deux innocents, victimes de l’imprécision de votre loi électorale et de votre Constitution ! Pourquoi ruiner la vie de deux innocents pour nous imposer l’imprécision de votre loi électorale ? Ouvrons plutôt un débat pour améliorer votre loi électorale et votre Constitution !

      Lire, dans ce contexte, mes commentaires sur :

      https://businessnews.com.tn/2026/03/27/abir-moussi-et-seif-eddine-makhlouf-le-cout-politique-du-chaos/1393831/

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien.

      • jamel.tazarki

        Répondre
        13 août 2026 | 9h49

        D) L’analyse de la réforme du mode de scrutin municipal de 2025 en France en tant qu’exemple de réfutation. –> L’analyse de la réforme du mode de scrutin municipal de 2025 en France illustre parfaitement comment une hypothèse législative se retrouve « réfutée par les faits » (falsifiée au sens poppérien) dès son application pratique.

        d1) 1. L’hypothèse de départ (Les « Axiomes » de la réforme) –> Le 7 avril 2025, le Parlement français a définitivement adopté une réforme étendant le scrutin de liste paritaire obligatoire à toutes les communes, y compris celles de moins de 1000 habitants (mettant fin au système historique du panachage). Les prédictions théoriques des législateurs reposaient sur deux hypothèses majeures :

        – Hypothèse A (Parité) : Imposer des listes avec une alternance stricte homme/femme garantira l’égalité d’accès aux responsabilités politiques locales dans les petits villages.
        – Hypothèse B (Clarté) : Supprimer le panachage (où l’électeur composait lui-même sa liste en biffant des noms) modernisera le vote et évitera les conflits de personnes dans les villages.
        ——————————-
        d2) L’épreuve des faits (La falsification empirique) –> L’application de cette règle lors de la préparation des scrutins a produit des effets rigoureusement inverses aux prédictions, créant ce que la sociologie politique qualifie d’effets pervers :
        – Réfutation de la viabilité par la crise des vocations : Dans les communes de 100 à 500 habitants, constituer une liste complète est déjà un défi. Imposer une contrainte mathématique de parité stricte a rendu la tâche mathématiquement insoluble pour de nombreux maires sortants. Faute de pouvoir équilibrer parfaitement les genres parmi les rares volontaires, de nombreuses communes n’ont pas pu présenter de listes du tout.
        – Effet de censure non désiré : Des femmes ou des hommes compétents et motivés ont dû être écartés de certaines listes uniquement parce qu’aucun candidat du sexe opposé n’était disponible pour faire « le binôme » requis par l’algorithme paritaire de la loi.
        – Destruction du consensus local : Le système du panachage permettait d’élire un conseil municipal transpartisan regroupant les figures respectées du village. Le scrutin de liste a forcé la création de « clans » artificiels et concurrents, important la polarisation des grandes villes dans des structures villageoises qui fonctionnaient auparavant au consensus.
        —————————————-
        d3) La conclusion scientifique
        – Les faits ont démontré que l’extension uniforme d’un modèle pensé pour les grandes agglomérations ne s’adaptait pas à la réalité sociologique de la ruralité. Le système législatif, en postulant une adhésion mécanique à la parité de liste, a ignoré la contrainte de la démographie et de l’effondrement du bénévolat civique
        – Conformément à la démarche poppérienne, cette invalidation par l’expérience force désormais les sciences politiques et les parlementaires à réfléchir à des ajustements correctifs (comme des dérogations pour les très petites communes) pour rétablir la viabilité du système électoral.

        Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    5. Infâme régime.

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      12 août 2026 | 13h03

      Liberté, dignité de traitement et solidarité à elles ainsi qu’à toutes les centaine de détenues politiques comme d opinions sans eKSceptions et moins médiatiquement connues.

      Reddition des comptes sur la question par tout le régime parjurant menteur tout en contradiKSion sur la question sans oublier les régimes instrumentalisateurs menteurs hypocrites de la condition féminine tunisienne : de la dicktature bounkibique à celle Zaba zinzinzoline.

      OUI A UNE TUNISIE RETABLIE EN SON CADRE DEMOCRATIQUE REPUBLICAIN D’ESPRIT REVOLUTIONNAIRE 2011 COMME LETTRE COMMUNE 2014 CONTINUEE ET SEULE VOIE À MEME DE GARANTIR SOUVERAINETE, DIGNITE, AUTODETERMINATION, EMANCIPATION DES LECTURES MASCULINES, EMANCIPATION DE LA CULTURE PATRIARCALE DES ORIGINES ET GARANTIR ENFIN LA REDECOUVERTE EN TEXTE ET ESPRIT DES HORIZONS DE RECONNAISSNCE EN IDENTITÉS COMME AUTONOMIES FEMININES AUTHENTIQUES !

      QUE CETTE VEILLE DU 13 AOÛT VOIT ENFIN LES PERSEKUTEES DEFENDUES, SECOURUES, PROTEGEES ET LIBEREES.

      QUE CESSE ENFIN PERSEKUSSIONS ET QÔMTRADIKSIONS DE L INFÂME REGIME PARJURANT IMAMATRIKULÉ QÔMCEPSION
      ANTIDEMOCRATIQUE ET KONTRE EEVOLUTIONNAIRE !

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