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Mahdia : à Borj Erras, réclamer de l’eau débouche sur une affaire de « complot contre la sûreté de l’État »

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Par Myriam Ben Zineb

    Une affaire de « complot contre la sûreté intérieure de l’État » a été ouverte à Mahdia après les protestations d’habitants de Borj Erras, privés d’eau depuis plus d’un mois. Plusieurs personnes, dont des mineurs, ont été interpellées après les tensions survenues jeudi 13 août 2026, sur fond d’exaspération croissante face à une pénurie qui s’éternise en pleine période de fortes chaleurs.

    Nous apprenons, vendredi 14 août, que douze personnes, trois adultes et neuf mineurs des deux sexes, ont été interpellées à la suite du mouvement de protestation. Elles sont notamment visées par des accusations de constitution d’une entente criminelle, de complot contre la sûreté de l’État, d’entrave à la liberté du travail et d’atteinte aux biens publics et privés.

    Une commission rogatoire a également été délivrée à la Brigade centrale de recherche sur les crimes terroristes et les personnes concernées devaient être conduites à Tunis.

    Parmi les qualifications évoquées figurent également « l’expression d’une opinion en vue de former un complot visant à commettre un attentat contre la sûreté intérieure de l’État », ainsi que des infractions liées à une tentative de « changer la forme de l’État », de pousser les habitants à s’affronter par les armes ou de provoquer des troubles, des meurtres et des pillages sur le territoire tunisien.

    Des qualifications particulièrement lourdes au regard du point de départ de cette affaire : une protestation autour de l’accès à l’eau.

    Plus d’un mois sans eau à Borj Erras

    À Borj Erras, l’exaspération couve depuis plusieurs semaines. Des habitants affirment être privés d’eau courante depuis plus d’un mois, alors que le pays traverse la période la plus chaude de l’année et que les températures estivales rendent les besoins en eau particulièrement pressants.

    Face à la persistance du problème, un particulier a même installé une citerne afin d’approvisionner les habitants du quartier. Si l’initiative a été accueillie comme un geste de solidarité, elle a aussi renforcé un sentiment d’abandon chez certains riverains : pour eux, devoir compter sur une initiative privée pour accéder à un besoin aussi élémentaire illustre surtout l’absence de solution durable apportée par les autorités.

    Au fil des semaines, la colère est ainsi montée. Les habitants ne réclamaient pas nécessairement un approvisionnement permanent : d’après les témoignages diffusés sur place, certains demandaient simplement à pouvoir disposer de l’eau pendant deux heures par jour.

    Une protestation qui dégénère dans la soirée

    Une nouvelle mobilisation s’est tenue jeudi soir à Borj Erras. Pacifique au départ et rassemblant notamment de nombreuses femmes et des mineurs, elle visait à obtenir une réponse des autorités et, surtout, une rencontre avec le gouverneur de Mahdia.

    Les manifestants souhaitaient pouvoir exposer directement leur situation à un responsable régional. D’après les récits des habitants, il leur aurait d’abord été proposé qu’une délégation de cinq personnes rencontre le gouverneur, avant qu’il ne leur soit demandé de se rendre à son bureau le lendemain.

    La situation se serait ensuite tendue, notamment après l’interpellation d’un mineur. Des escarmouches et des actes de violence auraient alors éclaté. Des habitants ont eux-mêmes condamné ces débordements, tout en mettant en cause la gestion de la crise et l’absence de dialogue direct avec une population excédée par des semaines de coupures.

    Plusieurs personnes ont ensuite été conduites au poste de police.

    Des témoignages font également état de l’interpellation d’une adolescente de quinze ans, scolarisée en neuvième année de l’enseignement de base. Son père affirme que des agents se sont rendus au domicile familial pour l’emmener alors qu’elle se réfugiait auprès de sa mère.

    Le député de Mahdia dénonce des accusations « disproportionnées »

    Le député de Mahdia Ahmed Bannour a, de son côté, vivement réagi à l’affaire. Dans une publication diffusée vendredi 14 août, il a dénoncé l’accusation d’« entente criminelle » visant des jeunes et des enfants de Borj Erras, dont la majorité seraient mineurs, estimant qu’elle constitue « un déni flagrant de la réalité ».

    Ahmed Bannour affirme que les habitants interpellés ne constituent pas « une bande organisée » et n’avaient pas planifié de crime. Il les présente comme des enfants de familles modestes, descendus dans la rue spontanément après avoir subi de longues coupures d’eau en pleine période estivale.

    Le député reconnaît que les jets de pierres ou les incendies de pneus qui auraient marqué la protestation sont répréhensibles, mais estime qu’ils relèvent d’actes de colère spontanés, similaires à ceux observés régulièrement dans plusieurs régions du pays face à la crise de l’eau. Selon lui, ces débordements ne sauraient, à eux seuls, constituer la preuve d’une « entente criminelle » ou d’une volonté de porter atteinte à la sûreté de l’État.

    Il appelle ainsi les autorités judiciaires à tenir compte des « conditions sociales difficiles » et à considérer les enfants et les jeunes concernés comme « des victimes d’une crise des services publics » plutôt que comme des criminels, demandant leur remise en liberté.

    Ahmed Bannour va plus loin en désignant comme « véritable responsable » de la crise non pas « le jeune en colère », mais le responsable qui, selon lui, a contribué à priver les habitants de leur accès à l’eau.

    Le député invoque notamment l’article 48 de la Constitution de 2022, qui dispose que « le droit à l’eau est garanti » et que la préservation de l’eau ainsi que la rationalisation de son utilisation constituent un devoir pour l’État et la société.

    Une prise de position qui replace ainsi l’affaire de Borj Erras dans son contexte initial : celui d’une crise de l’eau qui dure depuis plus d’un mois et d’une population qui réclame, avant tout, le rétablissement d’un service essentiel.

    Les personnes interpellées finalement libérées

    La Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) a annoncé, vendredi soir, la libération des personnes retenues dans le cadre des protestations contre les coupures d’eau à Borj Erras.

    La section de Mahdia de la LTDH a indiqué que les personnes interpellées à la suite du mouvement de protestation avaient été remises en liberté. Cette évolution intervient alors que les poursuites évoquées dans cette affaire, notamment pour des faits qualifiés de « complot contre la sûreté intérieure de l’État », avaient suscité de nombreuses réactions.

    De l’eau au « complot »

    C’est surtout la tournure judiciaire prise par les événements qui suscite désormais de vives réactions. Sur les réseaux sociaux, l’écart entre la revendication initiale et la gravité des accusations évoquées est largement dénoncé.

    Une publication ironisait ainsi vendredi sur le fait que Mahdia avait « enfin » son affaire de complot : « Complot contre la sûreté intérieure de l’État, pour avoir protesté contre une coupure d’eau ! »

    Une autre s’interrogeait sur l’accusation d’« entente criminelle » : « Une entente criminelle pour avoir réclamé le droit à l’eau ? »

    Au-delà des incidents de jeudi soir, la crise de Borj Erras reste donc entière. Les habitants demandent toujours le rétablissement de l’eau et interpellent les autorités locales ainsi que le président de la République afin qu’une solution soit trouvée.

    En plein mois d’août, après plus d’un mois de coupures et alors que la chaleur pèse lourdement sur le quotidien, une revendication portant sur quelques heures d’eau par jour a désormais pris une tout autre dimension, celle d’une affaire touchant à la sûreté de l’État.

    M.B.Z

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    6 commentaires

    1. le financier

      Répondre
      15 août 2026 | 17h44

      La police aurait du etre avec le peuple … pour la lutte au besoin primaire .
      La police en tunisie a ete rarement du bon coté , elle ne devrait pas faire la meme erreur qu avec ben ali .
      Et pour les sionistes qui commentent , le regime a venir sera sans pitié avec vous . Votre KS qui est pro israel car il a enfermé Sumud et mis a terme au protestation pro palestinienne tombera et fuyez car on viendra vous voir apres

    2. Benhassine

      Répondre
      15 août 2026 | 9h27

      Je parie sur la tête de mon chien sue ses douze personnes ne savent même pas une phase correcte même en arabe

      • Nahor Guëttam

        Répondre
        15 août 2026 | 15h10

        M. Benhassine, et qu’importe ici la grammaire ou la syntaxe de ces gens réunis pour protester? Soyez logique: ces habitants demandent simplement leur droit civil fondamental, basé sur la constitution : on ne peut pas refuser l’eau à la population, vous ne la refusera même pas au chien sur le quel vous jurez…

    3. Mohamed Mabrouk

      Répondre
      15 août 2026 | 5h28

      L’eau coule a flots dans les piscines et kes douches des hotels avoisinants mais pas pour les « rkhass » le petit peuple de borj erras

    4. Nahor Guëttam

      Répondre
      15 août 2026 | 0h49

      Il cherchait les turbans superbes de Khamenei en Iran… et a ramené avec lui la crise, la punition divine, la sécheresse et la dictature multipliée. De la fin d’un régime on arrivera bientôt à une autre… Les grands sermons finissent au tombeau, mais le Peuple restera et vivra toujours.

      « Pas de khomeinisme dans ma Patrie » – Habib Bourguiba (septembre 1987)

    5. Citoyen_H

      Répondre
      14 août 2026 | 20h22

      ALLEZ, OUSTE,

      au cachot les rkhass.
      Dorénavant, vous apprécierez mieux le statut de la liberté avant de vous engager dans des chemins dont vous étés très loin d’en imaginer les conséquences.

    Répondre

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