Alors que les températures ont légèrement reculé, les délestages électriques se poursuivent dans plusieurs régions. Et la situation pourrait de nouveau se tendre dès ce week-end, avec l’arrivée d’une nouvelle vague de chaleur, annoncée localement jusqu’à 46°C. Invité jeudi 20 août 2026 sur Jawhara FM, l’ingénieur spécialisé dans l’énergie Foued Ali a livré une lecture sans détour de la crise : les coupures ne sont pas uniquement la conséquence des épisodes de chaleur, mais révèlent surtout une fragilité structurelle du système électrique tunisien.
Selon lui, réduire les délestages à la seule question des fortes températures reviendrait à masquer « une crise qui dure ». La chaleur agit comme un révélateur et un accélérateur d’une situation déjà sous tension.
Le principal problème réside, selon l’ingénieur, dans l’absence de marge suffisante entre la production électrique disponible et la demande nationale pendant la période estivale.
La Tunisie s’appuie notamment sur l’électricité importée d’Algérie pour compléter sa production nationale. Cette coopération permet habituellement d’absorber une partie du déficit et d’éviter que le déséquilibre entre l’offre et la demande ne se traduise par des coupures.
Mais cette solution atteint ses limites lorsque les deux pays connaissent simultanément des pics de consommation.
« Le problème, c’est que nous avons quasiment le même mode de consommation que l’Algérie », a expliqué Foued Ali. Les deux pays connaissent également des conditions climatiques comparables et enregistrent leurs pics de demande électrique pratiquement au même moment.
Autrement dit, lorsque la Tunisie a besoin de davantage d’électricité, son voisin algérien est souvent confronté au même besoin.
C’est précisément ce qui s’est produit ces derniers jours.
La hausse importante de l’humidité enregistrée en Algérie a contribué à faire grimper la demande électrique et à réduire les marges disponibles sur le réseau algérien. Dans ces conditions, la capacité de l’Algérie à exporter de l’électricité vers la Tunisie devient mécaniquement plus limitée.
Foued Ali a insisté toutefois sur le fait qu’il ne s’agit pas de remettre en cause la coopération avec l’Algérie. Au contraire, cette interconnexion constitue un élément important de la sécurité énergétique tunisienne. Mais elle ne peut pas être considérée comme une solution suffisante à long terme.
En temps normal, cette coopération permet de masquer le manque de marge. Lorsque les deux systèmes sont simultanément sous pression, le mécanisme atteint ses limites et la Tunisie se retrouve contrainte de recourir aux délestages.
Humidité, climatiseurs, centrales : quand l’été met le réseau sous pression
L’un des éléments mis en avant par l’ingénieur est l’effet de l’humidité, souvent moins visible que celui de la température mais particulièrement important pour la consommation électrique.
Lorsque l’humidité augmente, les climatiseurs doivent fonctionner davantage pour obtenir le même niveau de confort thermique. Leur consommation peut ainsi augmenter, même lorsque la température baisse légèrement.
À cela s’ajoute un phénomène physique affectant les installations de production. En période estivale, notamment en raison de la température élevée de l’eau de mer, les systèmes de refroidissement des unités de production peuvent perdre en efficacité.
Les centrales disposent alors d’une capacité opérationnelle moins importante qu’en période normale.
Le problème ne concerne donc pas uniquement la demande. Il touche également l’offre : d’un côté, les consommateurs sollicitent davantage le réseau ; de l’autre, certaines unités de production voient leurs performances se dégrader.
Autre facteur : les nuits restent chaudes. Lorsque les températures nocturnes demeurent élevées, les climatiseurs continuent de fonctionner, empêchant la consommation électrique de redescendre suffisamment. Le réseau dispose donc de moins de périodes de répit.
Foued Ali a évoqué également l’évolution progressive des habitudes de consommation. L’augmentation du nombre de climatiseurs, l’apparition de nouveaux logements et l’amélioration du niveau d’équipement des ménages contribuent à accroître durablement la demande.
Lorsque les températures deviennent extrêmes, les consommateurs utilisent naturellement davantage leurs équipements de refroidissement. La demande augmente alors rapidement et peut provoquer un appel massif de puissance sur le réseau.
C’est cette accumulation de facteurs qui explique, selon lui, pourquoi les pics de consommation peuvent désormais atteindre des niveaux records.
La prochaine période à surveiller est précisément celle du week-end. Si les prévisions de températures élevées se confirment, la Tunisie pourrait renouer avec des niveaux de consommation particulièrement importants. Le risque est d’autant plus élevé que l’Algérie pourrait, elle aussi, connaître une forte sollicitation de son réseau.
La combinaison est donc préoccupante : une demande tunisienne élevée, une capacité de production réduite par les conditions estivales et une possibilité limitée de compter sur les importations algériennes.
Foued Ali a avancé, dans ce sens, que le scénario des délestages pourrait reproduire les tensions déjà observées, voire les accentuer si la vague de chaleur intervient après une période où l’humidité a déjà fragilisé les capacités du système.
Il a ajouté par ailleurs qu’il faudrait surtout éviter de présenter les délestages comme un phénomène exceptionnel provoqué par quelques journées de canicule.
La crise est structurelle et la question centrale est donc celle de l’investissement. L’ingénieur a rappelé que les données disponibles faisaient état d’un recul très important des investissements dans le secteur énergétique au cours des dernières années.
Cette contraction a des conséquences directes : lorsqu’une nouvelle unité de production est décidée aujourd’hui, plusieurs années sont nécessaires avant qu’elle ne puisse réellement contribuer au réseau.
Autrement dit, la réponse à la crise ne peut pas être improvisée au moment où les températures grimpent.
La construction d’une nouvelle capacité de production nécessite des années de planification, de financement, de réalisation et de mise en service. Pendant ce temps, la demande continue de progresser.
Au-delà des délestages, le problème des capacités et des investissements
L’ingénieur a appelé également à s’interroger sur les projets de production d’électricité qui demeurent bloqués. Il a cité notamment quelque 870 MW de capacités qui pourraient, selon lui, contribuer à renforcer le système mais qui n’ont toujours pas été intégrées au réseau.
Cette situation pose une question de fond : comment garantir la sécurité électrique du pays si les capacités disponibles aujourd’hui ne suffisent déjà plus à couvrir les pics de demande et si de nouveaux projets tardent à entrer en production ?
Pour Foued Ali, la Tunisie doit sortir d’une logique de gestion de crise au jour le jour et revenir à une véritable stratégie énergétique de long terme.
La transition vers les énergies renouvelables constitue une partie de la réponse, selon ses dires. Mais elle doit être pensée dans une stratégie globale.
La question n’est plus seulement de savoir s’il faut développer l’énergie solaire ou d’autres sources propres. Il faut surtout déterminer comment augmenter rapidement la capacité disponible tout en assurant la stabilité du réseau.
L’enjeu est donc double : produire davantage et disposer d’un système capable d’absorber les fluctuations de la demande.
Foued Ali a appelé ainsi à réunir l’ensemble des acteurs concernés afin de définir une trajectoire claire pour le système énergétique tunisien : production conventionnelle, énergies renouvelables, interconnexions, investissements, gestion de la demande et modernisation du réseau.
N.J











Commentaire
Hannibal
On le savait déjà mais quelle scandale !
Les gouvernants actuels de par leur incompétence et par leur soumission aveugle, ont instauré une vulnérabilité profonde de la souveraineté et de la sécurité nationales.
Il faut un électrochoc pour corriger cette vulnérabilité au plus vite.