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Entre 2021 et 2025, la Steg a perdu 87% de ses investissements : le rapport qui révèle l’ampleur du naufrage énergétique

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Par Nadya Jennene

    Pendant plusieurs semaines, les Tunisiens ont été invités à croire à une explication simple, presque rassurante : les coupures d’électricité qui ont plongé de nombreux foyers dans le noir en pleine période estivale seraient avant tout la conséquence d’une météo exceptionnelle. La canicule, les températures extrêmes et l’explosion de la consommation liée à l’utilisation massive des climatiseurs ont été présentées comme les principales causes d’un système électrique momentanément sous pression.

    Mais derrière cette communication officielle, les chiffres racontent une tout autre histoire.

    Un rapport de l’Observatoire tunisien de l’économie vient remettre en cause cette lecture réductrice de la crise. Loin d’être un simple accident provoqué par des conditions climatiques inhabituelles, les délestages qui ont marqué le mois de juillet 2026 apparaissent comme l’aboutissement d’un processus beaucoup plus profond : celui d’un affaiblissement progressif des capacités de production électrique de la Tunisie, conséquence de choix politiques, de retards administratifs et d’un recul spectaculaire de l’investissement public.

    La canicule n’aurait donc été qu’un révélateur. Elle n’a pas créé la crise énergétique tunisienne ; elle a exposé au grand jour les fragilités accumulées depuis plusieurs années.

    La canicule comme alibi, des années de sous-investissement comme véritable cause

    Les données avancées par l’Observatoire tunisien de l’économie sont particulièrement préoccupantes. Entre 2016 et 2020, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) avait consacré près de 1,947 milliard de dinars aux investissements dans les moyens de production d’électricité. Cinq ans plus tard, entre 2021 et 2025, ce montant est tombé à seulement 248 millions de dinars. Une chute vertigineuse qui représente une diminution moyenne de près de 87% des investissements de l’entreprise publique dans un secteur pourtant stratégique pour la souveraineté nationale.

    Cette contraction intervient dans un contexte où la demande électrique n’a cessé d’augmenter. Entre 2021 et 2025, la pointe de consommation a progressé en moyenne de 3,8% chaque année, atteignant un record de 4.888 MW le 14 août 2024. La Tunisie s’est ainsi retrouvée face à une équation particulièrement dangereuse : une consommation en hausse constante, mais des capacités de production qui ne suivent plus le rythme.

    Le paradoxe est saisissant. Alors que les besoins énergétiques du pays augmentaient, les investissements censés sécuriser l’approvisionnement diminuaient drastiquement. Le système électrique tunisien a alors continué à fonctionner essentiellement grâce aux projets engagés plusieurs années auparavant, donnant l’illusion d’une stabilité qui masquait en réalité une fragilisation progressive.

    Le rapport de l’Observatoire tunisien de l’économie souligne d’ailleurs que la puissance installée nette entre 2021 et 2025 a été divisée par 3,2. Les quelques capacités ajoutées durant cette période ne traduisent pas une nouvelle dynamique d’investissement, mais correspondent principalement à des projets hérités des années précédentes et mis en service avec retard.

    Des projets prêts mais bloqués : les responsabilités derrière les délestages

    La situation est d’autant plus troublante que des solutions existaient déjà. Depuis 2018, plusieurs projets de production portés par la Steg ont été finalisés sur le plan des appels d’offres, mais demeurent toujours bloqués. La centrale à cycle combiné de Skhira, d’une capacité de 500 MW, le projet éolien de Jbel Tbaga de 80 MW ainsi que six centrales photovoltaïques totalisant 300 MW représentent près de 870 MW de capacités supplémentaires qui auraient pu renforcer le réseau national.

    Ces projets ne sont pas restés en suspens en raison d’un manque de besoin ou d’une absence d’urgence énergétique. Ils n’ont simplement pas pu passer à la phase d’exécution faute d’autorisation du ministère de l’Énergie, qui exerce la tutelle sur la Steg et valide ses décisions d’investissement.

    Cette réalité donne une dimension particulière à la crise actuelle. Car au moment où les citoyens étaient appelés à accepter les coupures d’électricité comme une conséquence presque inévitable de la chaleur estivale, des capacités potentielles de production demeuraient immobilisées depuis plusieurs années.

    Le rapport met également en lumière un choix stratégique qui semble avoir profondément transformé la politique énergétique tunisienne : la priorité accordée aux investissements privés et étrangers dans les énergies renouvelables, au détriment du renforcement des capacités propres de l’opérateur public.

    Le résultat est aujourd’hui visible par tous. Des familles privées d’électricité en pleine vague de chaleur, des activités économiques perturbées et des citoyens contraints de subir les conséquences de décisions prises loin de leurs préoccupations quotidiennes.

    Les délestages de cet été n’étaient pas seulement un problème météorologique. Ils sont le symptôme d’un déficit d’anticipation, d’un recul de l’investissement public et d’une politique énergétique dont les conséquences étaient prévisibles.

    N.J

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    Commentaire

    1. Mhammed Ben Hassine

      Répondre
      2 août 2026 | 19h41

      [simplement pas pu passer à la phase d’exécution faute d’autorisation du ministère de l’Énergie]
      Attendre lautorition de l’instance de tutelle pourquoi alors lancer ses appelés d’offres
      A qui ce jeux, et cette perte de temps d’énergies d’efforts d’argent pour les études et la préparation des cahiers de charges et appels d’offres sans être sûr d’être valider par le min ee tutelle
      Rire à en mourir

    Répondre

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