L’ancien ministre et avocat Mohamed Abbou a réagi, samedi 22 août 2026, à l’arrestation du militant du mouvement Nafas, Seifeddine Arfaoui, en s’attaquant frontalement au fondement juridique de la procédure, mais aussi au fonctionnement du ministère public.
Dans une publication particulièrement critique, Mohamed Abbou appelle d’abord le parquet à ne pas s’engager dans ce qu’il qualifie de « détention illégale ». Mais au-delà de la garde à vue de 48 heures annoncée par Nafas, l’ancien ministre soulève une question autrement plus sensible : que se passerait-il si la justice devait, dans le cadre de cette affaire, examiner publiquement la véracité d’une rumeur concernant l’état de santé du président de la République ?
Une question que le débat public évite soigneusement, et que Mohamed Abbou choisit, lui, de poser directement.
Une plainte pour menaces restée sans suite
Pour étayer sa critique du ministère public, Mohamed Abbou est revenu d’abord sur un épisode antérieur concernant Seifeddine Arfaoui.
Selon lui, le militant avait déposé, le 9 septembre 2025, une plainte après avoir fait état de menaces à son encontre. Il affirme avoir relancé le ministère public sans qu’aucune suite ne soit donnée à sa démarche.
Mohamed Abbou élargit alors son propos à la situation d’autres opposants, évoquant des menaces de mort dont ils ont fait l’objet et auxquelles, selon lui, le parquet n’aurait pas suffisamment réagi.
Dans ce raisonnement, l’affaire Arfaoui pose donc une question de traitement différencié : quelle célérité de la justice lorsqu’un militant est visé par une procédure, et quelle réponse lorsque ce même militant affirme être lui-même menacé ?
La santé du président au cœur du débat judiciaire ?
C’est toutefois sur le motif supposé de la procédure que Mohamed Abbou développe son argumentation la plus sensible.
Selon Nafas, l’arrestation de Seifeddine Arfaoui fait suite à une publication Facebook reprenant des slogans scandés lors de la manifestation organisée par le mouvement le 20 août.
Mohamed Abbou conteste l’analyse juridique qui pourrait assimiler les propos tenus par le militant devant une caméra dans la rue à une infraction commise « via les réseaux sociaux ». Il invoque notamment l’article 67 du Code pénal et l’article 24 du décret-loi 54.
Mais son argument va plus loin. Dans son message, il envisage l’hypothèse où la procédure porterait sur une publication ou des propos faisant référence à une rumeur concernant l’état de santé du président de la République.
C’est là que Mohamed Abbou pose une question rarement formulée aussi directement : si une juridiction indépendante devait réellement juger ces faits, pourrait-elle éviter de se pencher sur le fond de la rumeur elle-même ?
« Que Seifeddine reconnaisse avoir visé le président, qu’il le nie ou qu’il garde le silence, il appartiendrait à une juridiction indépendante de vérifier […] le caractère infondé de la rumeur relative à l’état de santé du président », écrit-il en substance, avant d’interroger directement les magistrats : les tribunaux seraient-ils prêts à examiner cette question et à entendre les arguments de l’accusation comme ceux de la défense, publiquement ou à huis clos ?
Mohamed Abbou ne présente donc pas cette question comme un fait établi concernant la santé du président. Il l’utilise comme une question de principe sur ce que devrait faire une justice indépendante lorsqu’une procédure pénale repose, directement ou indirectement, sur une information présentée comme une rumeur.
De l’injure à la question de la proportionnalité
Sur le terrain strictement pénal, l’ancien ministre estime que, dans l’hypothèse la plus sévère, les faits pourraient relever de l’injure, passible selon lui d’une simple amende en application du décret-loi 115.
Son intervention porte ainsi autant sur la qualification des faits que sur la proportionnalité de la réponse judiciaire.
Pour Mohamed Abbou, le dossier ne devrait pas conduire le ministère public à multiplier les qualifications pénales ou à prolonger une mesure de privation de liberté sans fondement juridique suffisamment solide. Il l’appelle explicitement à ne pas se rendre responsable d’une « détention illégale ».
Abbou élargit le cas Arfaoui au fonctionnement de la justice
Mohamed Abbou a finalement livré une critique beaucoup plus large de l’appareil judiciaire.
Il a dénoncé une situation dans laquelle, selon lui, « l’État de droit, la raison et la conscience » auraient disparu, accusant la justice d’être devenue un appareil soumis à la volonté d’une seule personne.
L’ancien ministre est également revenu sur les menaces visant des opposants et a reproché au parquet son silence dans ces affaires. Il a estimé que cette attitude revient à renoncer à son rôle dans l’application du droit pénal et contribue à installer un climat de « chaos ».
La réaction de Mohamed Abbou intervient au lendemain de l’annonce par Nafas du placement de Seifeddine Arfaoui en garde à vue pour 48 heures, après son interrogatoire à la brigade d’El Gorjani.
L’information de son arrestation avait commencé à circuler vendredi soir sur les réseaux sociaux, quelques heures après que le jeune militant avait participé à la manifestation de Nafas du 20 août, où il avait été vu avec un mégaphone, scandant des slogans pour mobiliser les participants. Nafas avait finalement confirmé son arrestation dans la soirée.
Pour Mohamed Abbou, cette affaire dépasse donc désormais le seul cas de Seifeddine Arfaoui. Elle pose, selon lui, la question de savoir jusqu’où la justice peut aller lorsqu’une parole critique touche au président, et jusqu’où elle doit aller lorsqu’il s’agit, à l’inverse, de protéger ceux qui affirment être menacés.
L’ancien ministre a conclu sa publication par une mise en garde contre la poursuite d’une situation qu’il juge incompatible avec l’État de droit, affirmant qu’elle ne pourrait perdurer même dans une société qui serait, selon ses propres termes, « la plus lâche des nations ».

N.J










