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Poulet : les étals se vident et les prix montent, mais pas de « pénurie » selon les professionnels

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Par Imen Nouira

    Le poulet manque dans certains points de vente et les consommateurs constatent une hausse des prix. Pour autant, le président de la Chambre nationale des commerçants de volailles et de viandes blanches relevant de l’Utica, Brahim Nefzaoui, refuse de parler de pénurie. Invité lundi 31 août 2026 au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, il a reconnu un déficit de production, mais estime celui-ci limité et gérable.

    La situation intervient après un été particulièrement difficile pour la filière, marqué par les fortes chaleurs, les pertes dans les élevages et les coupures répétées d’électricité. Autant de facteurs qui ont fragilisé une offre aujourd’hui inférieure aux volumes programmés.

    Un déficit de production jugé gérable

    Brahim Nefzaoui ne conteste donc pas le manque. Il en relativise plutôt l’ampleur. Selon les chiffres avancés durant son intervention, le volume annoncé pour septembre est de 13.600 tonnes de poulet contre 16.000 tonnes programmées. L’écart atteint 2.400 tonnes, soit 15% du volume prévu.

    Pour le président de la Chambre, ce déficit reste limité et gérable et ne permet pas, selon lui, de parler de pénurie.

    Il a également distingué la situation selon les circuits de commercialisation. Le manque serait davantage perceptible dans certains commerces, tandis que les circuits organisés et les grandes surfaces continueraient, selon lui, à être approvisionnés.

    Les œufs connaissent également un déficit par rapport aux volumes programmés : 157 millions d’unités contre 162 millions prévues, soit un écart de cinq millions d’œufs. Brahim Nefzaoui a indiqué que le prix d’une « hara » de quatre œufs démarre autour de 1,2 dinar.

    Le manque actuel intervient surtout après un été particulièrement éprouvant pour la filière. Le 22 juillet, Brahim Nefzaoui avait estimé que près de 13% de la production nationale, soit environ 2.100 tonnes, avaient été perdues sous l’effet des températures extrêmes et des délestages.

    Les difficultés se sont poursuivies en août. Salah Toumi, membre de la Fédération nationale de l’aviculture et président de l’Union locale de l’agriculture et de la pêche de Dar Chaâbane El Fehri, alertait encore, le 25 août, sur de nouvelles pertes dans les élevages de poulets de chair provoquées par la combinaison de la chaleur, d’une humidité très élevée et des coupures d’électricité.

    Dans les élevages, ventilation et refroidissement dépendent directement de l’alimentation électrique. Les interruptions prolongées ou répétées peuvent provoquer l’étouffement et la mort des volailles. Les tensions observées aujourd’hui sur l’offre interviennent ainsi après plusieurs semaines durant lesquelles les capacités de production ont été mises à rude épreuve.

    Dans les commerces, le manque se fait pourtant sentir

    Pour le consommateur, la distinction entre déficit de production et pénurie est moins évidente. Le manque se traduit dans certains points de vente par une disponibilité réduite, notamment de certains morceaux découpés, tandis que les prix restent sous tension.

    Brahim Nefzaoui a rappelé que le poulet entier est vendu à 8,95 dinars le kilogramme, soit le prix maximum fixé par le ministère du Commerce depuis le 19 août. L’escalope se situe, selon lui, entre 19,4 et 19,8 dinars le kilogramme et ne doit pas franchir la barre des vingt dinars.

    Il a également avancé un prix de douze dinars le kilogramme pour les cuisses de poulet et de quatorze dinars pour le blanc.

    Durant l’émission, des auditeurs ont toutefois signalé des prix supérieurs pour l’escalope : 21,5 dinars le kilogramme à Teboulba et 21 dinars au Kef. Ces témoignages ne constituent pas des relevés officiels et ne peuvent être généralisés à l’ensemble du marché, mais ils illustrent le décalage entre les niveaux avancés par la profession et ceux auxquels certains consommateurs disent être confrontés.

    La hausse ne peut toutefois être attribuée uniquement au recul de la production. Elle intervient également après la révision des prix décidée par le ministère du Commerce et entrée en vigueur le 19 août. Les plafonds ont été fixés à 5,3 dinars le kilogramme pour le poulet vivant, 7,9 dinars à la sortie des abattoirs et 8,95 dinars pour le poulet prêt à cuire vendu au public. Ce dernier était auparavant commercialisé à un prix maximum de 8,5 dinars, soit une hausse de 0,45 dinar.

    Le ministère avait parallèlement demandé aux opérateurs d’assurer un approvisionnement régulier du marché, de respecter les circuits organisés et de maintenir des quantités normales de poulet prêt à cuire, tout en conservant des proportions raisonnables dans la commercialisation des produits découpés et conditionnés.

    De 35 à douze abattoirs, tous déficitaires selon Nefzaoui

    Brahim Nefzaoui replace également les tensions actuelles dans une filière qu’il décrit comme financièrement fragilisée. Selon lui, le nombre d’abattoirs est passé de 35 à seulement douze et les établissements encore en activité seraient tous déficitaires.

    Il a cité le cas d’un abattoir de Siliana qui aurait accumulé vingt millions de dinars de pertes.

    Le responsable décrit ainsi une filière prise entre plusieurs contraintes : une production affectée par les conditions climatiques et les problèmes d’électricité, des professionnels qui disent accumuler les pertes et des consommateurs dont le pouvoir d’achat supporte de moins en moins les hausses.

    À l’approche de la rentrée scolaire, l’équilibre devient d’autant plus sensible que le poulet reste l’une des sources de protéines animales les plus accessibles aux ménages, alors que viande rouge et poisson pèsent déjà lourdement sur les budgets.

    Il n’y aurait donc pas, selon Brahim Nefzaoui, de pénurie de poulet : il y a un déficit de production qu’il juge limité et gérable. Sur le terrain, la distinction est moins évidente pour certains consommateurs, confrontés à des étals moins fournis et à des prix sous tension. À l’approche de la rentrée, c’est surtout cette réalité-là qui se mesure dans le panier.

    I.N.

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