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Chaleur et coupures de courant : le cri de détresse des éleveurs de volailles

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Par Imen Nouira

    La chaleur extrême, l’humidité et les coupures répétées d’électricité frappent durement les élevages de poulets de chair. Confrontés à des pertes de volailles, à une forte baisse du rendement et au coût croissant du recours aux groupes électrogènes, les professionnels réclament une stratégie permettant de préserver la filière.

    Membre de la Fédération nationale de l’aviculture et président de l’Union locale de l’agriculture et de la pêche de Dar Chaâbane El Fehri, Salah Toumi a lancé, mardi 25 août 2026, un cri de détresse au micro de Houda Werghemmi dans l’émission Menek Nesmaa sur Diwan FM.

    Le professionnel a décrit une situation particulièrement difficile dans les élevages de poulets de chair du gouvernorat de Nabeul. Il a expliqué que cette activité semi-industrielle dépend largement de l’électricité pour assurer la ventilation, le refroidissement et la régulation des conditions à l’intérieur des poulaillers.

    Des groupes électrogènes poussés jusqu’à leurs limites

    Les interruptions de l’alimentation électrique mettent directement en danger les volailles. Selon Salah Toumi, les éleveurs subissent des coupures pouvant durer deux, trois, voire quatre heures. À cela s’ajoutent leur répétition et leur accumulation au cours d’une même journée.

    Lorsqu’ils sont disponibles, les groupes électrogènes permettent de maintenir provisoirement les installations en fonctionnement. Leur utilisation prolongée représente cependant une charge lourde et comporte elle-même un risque de panne. M. Toumi a ainsi affirmé que son propre groupe électrogène avait dû fonctionner pendant quinze heures.

    « Je suis éleveur et j’ai des poulaillers. Mon groupe électrogène a fonctionné pendant quinze heures. À chaque instant, je craignais qu’il ne tombe en panne », a-t-il témoigné, décrivant une situation « très, très difficile ».

    Le problème est aggravé par la combinaison de températures élevées et d’une humidité particulièrement importante. Dans les élevages de la région de Nabeul, celle-ci peut, selon le professionnel, atteindre 100% à l’intérieur des bâtiments. Dans ces conditions, les volailles éprouvent de grandes difficultés à respirer, y compris lorsque les systèmes de refroidissement par évaporation et les groupes électrogènes restent opérationnels.

    Cette combinaison entraîne l’étouffement et la mort d’une partie des animaux, tout en faisant chuter fortement le rendement des élevages. Salah Toumi n’a toutefois avancé aucune estimation globale des pertes enregistrées durant cette deuxième vague de chaleur, se contentant d’évoquer des dommages considérables pour la profession.

    La filière avait déjà été durement touchée durant la canicule de juillet. Le président de la Chambre nationale des commerçants de volailles et de viandes blanches, Brahim Nefzaoui, avait indiqué, le 22 juillet, que près de 13% de la production nationale, soit 2.100 tonnes, avaient été perdues sous l’effet des températures extrêmes et des délestages.

    Le 30 juillet, il avait indiqué que la production mensuelle de viande de poulet ne dépassait plus 16.000 tonnes. Le 10 août, il faisait également état d’un recul de l’offre pouvant atteindre 40% à 50%, alors que la consommation estivale augmente traditionnellement, notamment sous l’effet de l’activité touristique.

    Des producteurs pris entre les pertes et la faiblesse de la demande

    Aux conséquences de la chaleur et des coupures d’électricité s’ajoutent les déséquilibres du marché. Salah Toumi a rappelé qu’après l’Aïd, les producteurs avaient été contraints de vendre le poulet à un prix inférieur à son coût de revient. L’écart atteignait, selon lui, environ 1,2 dinar par kilogramme, sans qu’un mécanisme ne soit activé pour retirer l’excédent du marché et soutenir les éleveurs.

    La filière est ainsi prise entre deux difficultés. Lorsque la production est abondante et que la demande recule, les prix ne permettent plus de couvrir les coûts. Lorsque la chaleur réduit la production et que la consommation estivale augmente, le marché risque, à l’inverse, de connaître des tensions sur l’approvisionnement.

    Le professionnel a particulièrement regretté la disparition du mécanisme de stockage régulateur qui permettait auparavant d’atténuer ces déséquilibres. En période d’excédent, l’État mobilisait des financements afin qu’une partie de la production soit retirée du marché, conservée dans des entrepôts frigorifiques sous contrôle sanitaire, puis remise en circulation lorsque l’offre diminuait ou que la demande augmentait.

    « Nous constituions un stock régulateur avec l’intervention de l’État et des financements mobilisés par le ministère des Finances. La production était conservée dans des conditions sanitaires contrôlées, puis utilisée pendant l’été pour approvisionner le marché et compenser le manque », a expliqué M. Toumi.

    Selon lui, ce dispositif ne fonctionne plus depuis trois à cinq ans. Son rétablissement permettrait de protéger les producteurs durant les périodes d’excédent, de préserver la production nationale et d’éviter de recourir aux importations lorsque l’offre devient insuffisante.

    Une stratégie réclamée face à la répétition des canicules

    Salah Toumi appelle désormais les autorités, les ministères concernés et les représentants de la filière à se réunir afin d’élaborer une stratégie claire. Celle-ci devrait, selon lui, garantir une alimentation électrique adaptée aux besoins des élevages, réactiver les mécanismes de régulation et préparer le secteur à la répétition des épisodes de chaleur extrême.

    « Le secteur n’est pas prêt à revivre la même situation si aucune stratégie claire n’est mise en place et si l’approvisionnement en électricité n’est pas assuré », a-t-il averti.

    Son intervention coïncide avec la poursuite des délestages, qui se multiplient depuis plusieurs jours dans différentes régions du pays. La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) a encore annoncé, mardi 25 août, de possibles coupures tournantes et intermittentes entre 13 et 17 heures, pour une durée pouvant atteindre deux heures par interruption. Dar Chaâbane figure parmi les zones du Cap Bon susceptibles d’être concernées.

    Ces coupures interviennent en pleine poussée de chaleur. Les températures maximales doivent atteindre entre 36 et quarante degrés Celsius près des côtes nord et dans le Cap Bon, et entre 41 et 47 degrés Celsius dans le reste du pays. Nabeul a été placé en vigilance jaune par l’Institut national de la météorologie.

    La Steg établit un lien entre les tensions sur le réseau et la hausse de la consommation, notamment en raison de l’utilisation intensive des climatiseurs. Le problème dépasse toutefois les seuls pics de demande. Le 24 juillet, Mohamed Atef Bouabdallah, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, indiquait que la demande atteignait alors environ 6.000 mégawatts, tandis que la Steg ne pouvait en fournir que 4.400.

    Dans les élevages avicoles, où la ventilation et le refroidissement conditionnent directement la survie des animaux, une interruption prolongée peut provoquer des pertes irréversibles. Pour Salah Toumi, la filière ne pourra pas affronter de nouvelles canicules sans alimentation électrique plus stable et sans réactivation des mécanismes destinés à réguler la production et le marché.

    I.N.

    *Photo d’illustration

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    4 commentaires

    1. jamel.tazarki

      Répondre
      25 août 2026 | 21h41

      C’est évident que les volailles meurent dans des poulaillers dont la toiture est constituée de tôles très minces et dont les murs latéraux en briques rouges ne bénéficient d’aucune isolation thermique. Une telle structure crée un véritable piège thermique mortel pour les volailles, en particulier lors des vagues de chaleur ou de froid extrême.

      A) Voici pourquoi ce type de bâtiment provoque une forte mortalité:
      –>
      a1) Le phénomène « four » en été
      – Tôles minces : Elles absorbent la chaleur du soleil et la rayonnent directement à l’intérieur du poulailler.
      – Briques rouges non isolées : Elles accumulent la chaleur toute la journée et continuent de la diffuser la nuit.
      – Absence d’isolation : La température interne peut rapidement dépasser les 40°C.
      ———————
      a2) La sensibilité des volailles à la chaleur
      – Pas de sueur : Les poules ne transpirent pas pour se refroidir.
      – Refroidissement limité : Elles halètent (respiration rapide bec ouvert) pour évacuer la chaleur, ce qui les épuise vite.
      – Coup de chaleur : Au-delà de 30°C à 32°C, leur organisme lâche, entraînant une mort par asphyxie ou arrêt cardiaque.
      ———————
      a3) Le problème inverse en hiver : Choc thermique : Sans isolation, l’intérieur devient un congélateur. Les briques laissent passer l’humidité et le gel, ce qui affaiblit les défenses immunitaires des oiseaux et favorise les maladies respiratoires mortelles.

      B) Contraste frappant entre l’élevage industriel et l’élevage traditionnel face aux crises climatiques et énergétiques. En Tunisie, les récentes coupures d’électricité ont transformé les grands poulaillers intensifs en véritables pièges, tandis que le modèle extensif des petits fermiers a prouvé sa résilience.
      –>
      b1) Les grands éleveurs : la dépendance totale à la technologie
      – Densité extrême : Les grands bâtiments abritent des milliers de volailles au mètre carré, ce qui génère une chaleur animale interne massive.
      – Système fermé : Ces poulaillers industriels dépendent entièrement d’une ventilation dynamique et de climatiseurs (systèmes pad cooling) pour maintenir les oiseaux en vie.
      – Rupture fatale : Lors d’une panne de courant, l’air cesse de circuler instantanément. En quelques minutes, la température et le taux d’ammoniac explosent, provoquant des asphyxies massives.
      ———————
      b2) Les petits fermiers : la résilience par le milieu naturel
      – Régulation naturelle : La cour extérieure permet aux volailles de se déplacer pour trouver l’endroit le plus frais.
      – Ombre végétale : Les arbres ne font pas que bloquer le soleil ; l’évapotranspiration de leurs feuilles crée un microclimat naturellement plus frais que l’air ambiant.
      – Comportement adapté : En liberté, la volaille peut gratter le sol pour trouver de la terre fraîche, s’y s’enterrer légèrement, et écarter les ailes pour évacuer sa chaleur corporelle.
      – Zéro dépendance : Aucune pièce mécanique ou électrique n’est requise, ce qui annule le risque lié aux pannes de la STEG (Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz).

      C) Un éleveur a ouvert les portes de son poulailler pour laisser sortir ses volailles, espérant qu’elles reviendraient le soir plutôt que de les laisser mourir à 45 °C à l’intérieur. Et, à sa grande surprise, les volailles sont revenues au poulailler au coucher du soleil !
      –>
      c1) C’est une excellente illustration du comportement naturel des animaux et de leur horloge biologique ! La surprise de l’éleveur est compréhensible, mais pas pour le fermier / agriculteur dans le voisinage!.
      ———————
      c2) 1. L’instinct de protection (Le perchoir)
      – La peur du noir : Les poules ont une très mauvaise vision nocturne. À la tombée de la nuit, elles deviennent vulnérables aux prédateurs (renards, chiens errants, rapaces).
      – Le réflexe du dortoir : Le poulailler, même s’il a été un enfer thermique la journée, reste associé dans leur mémoire à un lieu de sécurité pour passer la nuit.
      ———————
      C3) Le rythme circadien (L’horloge interne)
      – L’effet du coucher de soleil : La baisse de la luminosité déclenche automatiquement un signal hormonal chez la volaille qui lui indique qu’il est temps de s’abriter et de dormir.
      – La baisse des températures : Au coucher du soleil, la tôle arrête de rayonner et l’air extérieur se rafraîchit. Le poulailler redevient alors supportable pour elles.
      ———————
      C4) Sans le savoir, cet éleveur a appliqué les bases de l’élevage semi-intensif ou plein air
      – Sauvées par le bon sens : En ouvrant les portes, il a permis aux volailles de réguler elles-mêmes leur température à l’ombre dehors, évitant le coup de chaleur fatal.
      – Preuve de fidélité : Les volailles ne s’enfuient pas définitivement si elles ont l’habitude d’être nourries et logées à un endroit précis.
      – Cet événement montre qu’une gestion plus souple, qui combine un abri pour la nuit et un accès extérieur ombragé pour les heures chaudes, est une excellente alternative aux climatiseurs pour les structures moyennes.

      D) Leçons et solutions pour l’avenir en Tunisie –> Face à la multiplication de ces vagues de chaleur et des délestages électriques, le secteur avicole tunisien doit s’adapter :
      – Pour les grands élevages : L’installation de générateurs de secours automatiques (groupes électrogènes) fonctionnels est désormais une question de survie économique. L’isolation thermique passive (toitures isolées, peinture blanche) reste indispensable pour limiter l’urgence en cas de panne de climatisation.
      – Pour l’avenir du secteur : Le modèle des petits fermiers montre l’importance de transitionner vers des systèmes semi-extensifs ou des labels de « volailles fermières élevées en plein air », plus durables et mieux adaptés au climat méditerranéen.

      • Gg

        Répondre
        26 août 2026 | 9h35

        Bonjour Jamel!
        Comme cela fait du bien de vous lire.
        Vous parlez de bâtiments qui sont des fours ou des frigos selon la saison, vous parlez même d’oiseaux et d’arbres. Vous décrivez l’horreur concentrationnaire de ces élevages industriels.
        Vous expliquez pourquoi ce midi je vais manger une omelette aux patates, à base d’oeufs bio de poules élevées en plein air!
        En même temps, a t-on dit à ces éleveurs qu’une toile tendue 50cm sous le toit -un double plafond- abaisserait la temperature du local de plusieurs degrés ?
        Double plafond avec des orifices de ventilation sur les murs entre le toit et la toile, et peindre le toit et les murs en blanc…
        Bonne journée !

        • jamel.tazarki

          Répondre
          26 août 2026 | 14h29

          @Gg, Merci pour votre feedback.

          La Tunisie installée dans la caverne de Platon s’y attarde obstinément!

    2. Citoyen_H

      Répondre
      25 août 2026 | 17h21

      LE MAL EST FAIT,

      Prenez-en de la graine pour le futur en vous équipant de matériel adéquat et conforme pour faire face aux événements météorologiques intempestifs, qui seront probablement réguliers dans les années qui viennent.
      En attendant, Rabi m3akom.

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