Sahel, migration, sécurité et raccordement énergétique : plusieurs thèmes annoncés par Berlin et évoqués par le ministre allemand sont absents des comptes rendus officiels tunisiens de la visite.
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, était à Tunis lundi 31 août 2026, où il a rencontré le président de la République, Kaïs Saïed, ainsi que son homologue tunisien, Mohamed Ali Nafti. Si les autorités tunisiennes ont largement communiqué sur cette visite, plusieurs sujets mis en avant par la partie allemande n’apparaissent pas dans leurs comptes rendus officiels.
La comparaison entre la communication du ministère allemand des Affaires étrangères, les comptes rendus de Carthage et du ministère tunisien des Affaires étrangères, ainsi que les déclarations publiques de Johann Wadephul, fait notamment ressortir des différences autour du Sahel, de la migration, de la sécurité régionale et de l’énergie.
Le Sahel annoncé comme un sujet central, puis absent du récit tunisien
Avant même la visite, le ministère allemand des Affaires étrangères indiquait, sur son site officiel, que les discussions de Johann Wadephul avec Kaïs Saïed et Mohamed Ali Nafti porteraient notamment sur leurs « intérêts communs en faveur de la stabilité de la région et au Sahel ».
Pourtant, le sujet ne figure ni dans le compte rendu de Carthage consacré à la rencontre entre Kaïs Saïed et le ministre allemand, ni dans celui du ministère tunisien des Affaires étrangères consacré aux discussions entre Johann Wadephul et Mohamed Ali Nafti.
Interrogé par la chaîne ARD, le ministre allemand a présenté la migration comme l’un des thèmes de sa tournée en Afrique du Nord. Il a notamment évoqué le terrorisme et « l’islamisme » qui se propage, particulièrement dans la région du Sahel, et expliqué vouloir examiner avec ses partenaires les moyens de contribuer à la stabilité de cette région.
« Ce qui m’intéresse ici, c’est de savoir comment nous pouvons travailler ensemble pour assurer la stabilité au Sahel », a déclaré Johann Wadephul à Tunis lors d’une conférence de presse relayée par la presse internationale. Il a ajouté que « si les populations ne sont pas contraintes de fuir, elles ne fuiront pas ».
Le ministre allemand a également déclaré, d’après l’AFP, attendre des pays nord-africains qu’ils coopèrent avec l’Allemagne et qu’ils ne laissent pas simplement passer des personnes clandestinement, « comme cela aurait été le cas par le passé ». Une question qui s’inscrit plus largement dans la tournée nord-africaine de Johann Wadephul, qui le conduit également en Algérie, autre partenaire important de Berlin sur les questions énergétiques et sécuritaires.
Or, ni la migration ni la situation sécuritaire au Sahel ne sont mentionnées dans les communiqués tunisiens relatant les rencontres de lundi.
Un raccordement énergétique européen absent du communiqué tunisien
Le ministère allemand des Affaires étrangères avait annoncé avant la visite que les discussions avec la Tunisie porteraient notamment sur le raccordement de la Tunisie au réseau énergétique européen, ainsi que sur le développement des énergies renouvelables.
Le communiqué du ministère tunisien évoque bien la transition énergétique et environnementale, la lutte contre le changement climatique et la gestion des ressources hydrauliques. Il fait également état d’accords et de contrats de financement d’un montant proche de 100 millions d’euros, notamment pour accélérer les transitions énergétique, environnementale et numérique.
Mais le projet de raccordement de la Tunisie au réseau énergétique européen n’y apparaît pas.
Dans sa conférence de presse à Tunis, Johann Wadephul a de son côté insisté sur la volonté de l’Allemagne de renforcer sa coopération avec la Tunisie afin d’exploiter leurs « potentiels mutuels », notamment dans le domaine de « l’approvisionnement en énergie respectueuse du climat ».
L’accord avec l’UE et les prêts : les messages de Carthage
À l’inverse, le compte rendu de Carthage met en avant des sujets qui ne figurent pas dans les éléments de communication allemands transmis à l’issue de la visite.
Kaïs Saïed a notamment insisté sur la nécessité de revoir plusieurs accords conclus par la Tunisie, citant en particulier l’accord d’association avec l’Union européenne. Le président de la République a plaidé pour sa révision afin d’établir, selon ses termes, une relation « plus équilibrée et plus juste ».
Le chef de l’État a également soulevé la question des prêts accordés à la Tunisie, appelant à leur conversion en investissements. Selon le compte rendu de Carthage, il a estimé que « le peuple tunisien n’en avait pas suffisamment bénéficié » et affirmé qu’« une partie importante des fonds aurait été détournée de leur destination initiale, tandis que la population tunisienne en supporterait aujourd’hui le coût ».
L’Iran et le détroit d’Ormuz également absents
Un autre sujet apparaît dans la communication allemande : la guerre contre l’Iran et la situation dans le détroit d’Ormuz.
Johann Wadephul a estimé que les parties au conflit devaient « parvenir rapidement à un accord » afin de permettre le rétablissement de la liberté de navigation. Selon lui, les blocages menacent directement l’approvisionnement de nombreuses personnes dans le monde.
Ce sujet ne figure pas dans le compte rendu tunisien de la rencontre. Le ministère tunisien des Affaires étrangères mentionne en revanche les échanges sur la situation au Moyen-Orient et développe longuement la position tunisienne sur la question palestinienne.
Deux récits d’une même visite
Les deux communications ne racontent donc pas exactement la même visite.
Côté tunisien, les comptes rendus mettent en avant les relations historiques entre les deux pays, les investissements allemands, les quelque 320 entreprises allemandes présentes en Tunisie, le tourisme, la coopération dans les domaines de l’énergie, de l’environnement, du numérique et de la formation, ainsi que la nécessité d’établir avec l’Europe un partenariat « plus équilibré et d’égal à égal ».
Le récit tunisien donne également une place importante aux préoccupations de Kaïs Saïed concernant l’accord d’association avec l’Union européenne et les prêts accordés à la Tunisie, ainsi qu’à la signature d’accords et de contrats de financement d’une valeur proche de 100 millions d’euros, avec 40 millions d’euros supplémentaires de projets actuellement à l’étude.
Côté allemand, si le communiqué précédent la visite met également en avant les relations historiques entre les deux pays, Berlin présente la visite plus largement comme une occasion de renforcer les échanges commerciaux et les investissements, tout en abordant des enjeux de sécurité et de stabilité régionale. Le Sahel, la migration, l’énergie et le raccordement de la Tunisie au réseau énergétique européen y occupent ainsi une place qui n’apparaît pas dans les comptes rendus officiels tunisiens.
R.B.H











4 commentaires
raouf.mo
Il ne m’étonne pas que le diplomate allemand en ait pris pour son compte, même si le traducteur eut tout essayé pour arrondir les propos, pour passer d’un arabe classique va-t-en guerre en un allemand ich liebe dich. Notre ministre des AE a du rassurer à son tour son homologue pour lui expliquer que le président était tout à fait calme même s’il donnait un peu de la voix, il est un peu dur d’oreille, normal ! Quand on n’écoute pas les autres, on a tendance à gueuler …… Bon, soyons sérieux, au moment où les gens manquent de tout, où on flirte avec la famine, avec les maladies, la pauvreté, etc ….on a quelqu’un qui ose poser des conditions sur la façon de lui proposer une aide pour qu’il daigne l’accepter
Hannibal
affirmé qu’« une partie importante des fonds aurait été détournée de leur destination initiale, tandis que la population tunisienne en supporterait aujourd’hui le coût »
A la fin du règne de Monsieur Propre selon ses fans, ceux-ci vont tomber de leurs chaises puisqu’à cause d’eux que nous subissons aujourd’hui les conséquences de la citation ci-dessus qui s’auto-applique.
Fares
Je garde les cotes, vous me donnez des sous. La petite veut une BMW à 700 milles DT comme son frère, j’investis dans mes enfants.
Gg
C’est quoi » une relation « plus équilibrée et plus juste » selon K. Saïed?
L’Allemagne refuse de récupérer ses ressortissants venus clandestinement en Tunisie ?