Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Diplômés chômeurs : neuf mois après sa promulgation, la loi n°18 toujours en attente d’application

Article réservé aux abonnés

Par Myriam Ben Zineb

    Près de neuf mois après la promulgation de la loi n°18 de 2025 relative à l’intégration des diplômés du supérieur au chômage de longue durée dans la fonction publique et le secteur public, ses modalités d’application restent attendues. La coordinatrice nationale des diplômés chômeurs de longue durée, Yosra Néji, a réclamé, mercredi 2 septembre 2026, des décisions claires concernant le décret d’application et la plateforme d’inscription prévue pour identifier les bénéficiaires.

    Intervenant dans l’émission Ecomag sur Express FM, Yosra Néji a rappelé que la loi avait été promulguée le 23 décembre 2025. Elle a notamment invoqué son article 8 qui prévoit, d’après elle, son entrée en vigueur dès sa publication, ainsi que l’article 57 de la loi de finances 2026 relatif à la priorité accordée aux personnes concernées en matière de recrutement direct.

    « Neuf mois, ce n’est pas peu dans la vie d’un chômeur de longue durée », a-t-elle lancé, dénonçant les reports et les promesses qui se sont succédé depuis l’adoption du texte.

    Le décret d’application et la plateforme toujours attendus

    Yosra Néji a expliqué que les diplômés concernés s’attendaient initialement à une intégration étalée sur les années 2026, 2027 et 2028. Or, le décret permettant l’application concrète du dispositif n’a toujours pas été publié et la plateforme destinée à enregistrer les candidatures n’a pas encore été lancée.

    La coordinatrice a précisé que le texte de loi prévoit notamment des critères liés à l’âge et à la durée du chômage, évoquant les personnes âgées de quarante ans et plus et comptant au moins dix années de chômage.

    Elle a toutefois distingué le contenu de la loi des modalités qui seront retenues dans le décret d’application. C’est ce dernier, a-t-elle expliqué, qui permettra de déterminer précisément les personnes effectivement concernées par le dispositif.

    « Aujourd’hui, nous demandons le décret d’application et la plateforme », a-t-elle résumé.

    Yosra Néji a également affirmé avoir reçu, au cours des derniers mois, plusieurs assurances concernant l’avancement du dossier. Elle a notamment indiqué qu’une représentante de la cheffe du gouvernement lui avait annoncé, lors d’une rencontre, le lancement d’une plateforme en mars et la remise des décisions d’affectation au cours du premier semestre, au plus tard en juin. Des échéances qui, a-t-elle relevé, n’ont pas été respectées.

    Une rencontre avec Kaïs Saïed en juin

    La coordinatrice est également revenue sur une rencontre tenue le 15 juin 2026 avec le président de la République.

    D’après son récit, Kaïs Saïed avait alors indiqué avoir reçu du gouvernement un projet de décret d’application et estimé que celui-ci ne répondait pas suffisamment aux attentes des chômeurs concernés ni aux objectifs de justice sociale recherchés. Il se serait engagé à revoir le texte ou à le reformuler.

    Yosra Néji a regretté qu’environ deux mois et demi après cette rencontre, aucune clarification suffisante n’ait été apportée sur l’état d’avancement du dossier.

    Elle a également rappelé que le chef de l’État avait assuré, à plusieurs reprises, que cette loi serait appliquée et qu’elle ne connaîtrait pas, selon les propos qu’elle lui attribue, le même sort que la loi n°38.

    Cette référence reste particulièrement sensible pour les diplômés chômeurs. Yosra Néji a expliqué que certains craignaient désormais de voir se reproduire un scénario d’attente prolongée, alors que nombre d’entre eux cumulent déjà de longues années sans emploi.

    Entre 20.000 et 30.000 personnes concernées ?

    La question du nombre réel de bénéficiaires reste elle aussi en suspens.

    Yosra Néji a évoqué le chiffre d’environ 64.000 demandeurs d’emploi inscrits auprès des bureaux de l’emploi, tout en soulignant que celui-ci ne correspondait pas au nombre de personnes répondant aux critères de la loi. Les listes des bureaux de l’emploi comprennent en effet également des diplômés récents.

    Elle estime que le nombre de diplômés du supérieur âgés de quarante ans ou plus et au chômage depuis au moins dix ans pourrait se situer entre 20.000 et 30.000 personnes. Il s’agit toutefois d’une estimation, en l’absence de recensement définitif des bénéficiaires.

    Pour Yosra Néji, la mise en place de la plateforme permettrait précisément de disposer de données fiables et de déterminer le nombre réel de personnes éligibles.

    Elle considère par ailleurs qu’une intégration de 20.000 à 30.000 personnes étalée sur trois années ne constituerait pas une charge impossible à supporter pour les finances publiques. Une appréciation qu’elle oppose aux interrogations formulées depuis l’adoption de la loi sur la capacité financière de l’État à mettre en œuvre un tel dispositif.

    La dispersion du sit-in de la Kasbah dénoncée

    L’intervention a également porté sur la dispersion, la veille, d’un sit-in de diplômés chômeurs à la Kasbah.

    Yosra Néji a condamné toute forme de violence et demandé à la présidence de la République et au pouvoir exécutif de fournir des explications sur les circonstances de la dispersion du rassemblement.

    Elle a défendu le caractère pacifique des mouvements organisés par les diplômés chômeurs et estimé que leur exaspération était compréhensible après des années de chômage, d’attente et de promesses non concrétisées.

    La coordinatrice a insisté sur les conséquences sociales de cette situation, évoquant des personnes ayant aujourd’hui cinquante ans ou davantage et qui, faute de revenus stables, n’ont parfois pas pu construire leur vie familiale comme elles le souhaitaient.

    « Nous ne renoncerons pas à notre droit »

    Yosra Néji a enfin assuré que les diplômés concernés poursuivraient leurs mobilisations par des moyens pacifiques et dans le cadre de la loi.

    Elle a appelé le président de la République à « prendre les choses en main » et à apporter une réponse définitive sur le sort de la loi n°18.

    Pour la coordinatrice, la revendication ne porte pas sur l’octroi d’un privilège mais sur le droit au travail et à une vie digne. Elle a ainsi réclamé une nouvelle fois la publication des textes nécessaires à l’application de la loi et le lancement de la plateforme d’inscription.

    À défaut, a-t-elle prévenu, les diplômés du supérieur au chômage de longue durée continueront à revendiquer l’application d’un texte déjà adopté et promulgué, sans renoncer à leurs mouvements de protestation.

    M.B.Z

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Commentaire

    1. Gg

      Répondre
      2 septembre 2026 | 19h05

      Il faut souhaiter pour l’économie que cette loi ne soit jamais appliquée.

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *