La rédaction d’Al Qatiba a réclamé, lundi 7 septembre 2026, la libération immédiate de son rédacteur en chef, Mohamed Yousfi, dont la garde à vue a été prolongée de 48 heures. Elle dénonce une détention qu’elle juge « injuste et injustifiée » et affirme que le dossier ne comporte, à ses yeux, aucun élément permettant de justifier son maintien en détention.
Dans un long communiqué intitulé « Libérez Mohamed Yousfi immédiatement… Libérez la parole libre », la rédaction affirme avoir constaté « l’absence dans son dossier de tout indice, fait ou même simple soupçon » susceptible, selon elle, de justifier la poursuite de sa privation de liberté.
Alqatiba met également en avant l’état de santé du journaliste. D’après la rédaction, celui-ci s’est dégradé au point de nécessiter une intervention chirurgicale urgente et délicate. Le média tient les autorités responsables de toute complication qui pourrait en découler.
« Chaque jour supplémentaire que Mohamed Yousfi passe en prison est un jour arraché à sa liberté, à sa famille et à son métier », affirme la rédaction.
Elle précise ne réclamer ni privilège ni immunité particulière pour les journalistes, mais invoque la présomption d’innocence et le principe selon lequel « la liberté est la règle et la détention l’exception ».
« La presse n’est pas un crime »
Al Qatiba estime que l’arrestation de son rédacteur en chef ne peut être dissociée du climat dans lequel évolue actuellement la presse indépendante.
La rédaction considère que les journalistes qui « interrogent, enquêtent, vérifient, révèlent et demandent des comptes » paient désormais un prix particulièrement élevé pour l’exercice de leur métier.
Elle dénonce un message adressé, à ses yeux, à l’ensemble de la profession et de la société : « Taisez-vous ou assumez les conséquences ».
Al Qatiba inscrit ainsi l’affaire Mohamed Yousfi dans ce qu’elle qualifie de politique visant à « museler les voix », affaiblir la presse indépendante et intimider ceux qui refusent d’être « un simple écho du discours officiel ».
« La presse n’est pas un crime, poser des questions n’est pas un crime, enquêter n’est pas un crime, l’indépendance n’est pas une accusation », martèle la rédaction, qui refuse que l’exercice du journalisme puisse devenir un élément à charge contre un journaliste.
Al Qatiba défend la légalité de son fonctionnement
La rédaction insiste toutefois sur le fait qu’Al Qatiba « n’est pas au-dessus de la loi » et ne revendique aucun statut particulier.
Elle affirme que le média s’est engagé, depuis sa création, à respecter la déontologie journalistique, à vérifier ses informations et à assumer la responsabilité de ses publications devant son public comme devant la loi.
Le communiqué revient également sur l’association Takalem pour la liberté d’expression et de création, qui gère Al Qatiba. La rédaction assure que celle-ci a toujours respecté la législation régissant les associations, notamment le décret-loi n°88 de 2011.
Elle affirme également que l’association a veillé à déposer ses rapports ainsi que ses documents administratifs et financiers auprès des organismes concernés dans les délais prévus par la législation.
« Nous ne craignons pas la loi lorsqu’elle constitue une garantie des droits et des libertés », affirme Al Qatiba, qui refuse en revanche que celle-ci puisse devenir, selon ses termes, « un instrument de soumission de la presse ».
« Nous continuerons »
La rédaction remercie par ailleurs les organisations nationales et de défense des droits humains, les syndicats, partis politiques, journalistes, avocats, intellectuels et militants ayant exprimé leur solidarité avec Mohamed Yousfi.
Elle appelle « toutes les consciences vives et les voix libres » à se mobiliser en faveur de sa libération et de son droit à un procès équitable, estimant que son incarcération dépasse désormais son cas personnel et celui d’Al Qatiba.
Le média assure enfin qu’il poursuivra son travail. « Nous continuerons », affirme à plusieurs reprises la rédaction, revendiquant une presse « indépendante, sérieuse » et déterminée à rechercher la vérité.
« Nous n’abandonnerons pas notre journalisme, et nous n’abandonnerons pas notre collègue », conclut-elle, en réclamant le retour de Mohamed Yousfi au sein de la rédaction.
Mohamed Yousfi avait été interpellé vendredi 4 septembre devant les locaux d’Express FM, où il devait participer à une émission consacrée à la politique de l’eau. Sa garde à vue a été prolongée lundi de 48 heures supplémentaires.
Si le SNJT et Al Qatiba relient son interpellation à son activité journalistique, une source judiciaire citée par l’agence Tap avait indiqué que l’enquête portait notamment sur des soupçons d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent.
M.B.Z











